L' art et la matière

Image
Big Bang Unico Summer 2025 © Hublot
4 minutes read
La haute horlogerie n'existe qu'en tant que creuset, celui qui réunit l'esthétique et la technique, le fond et la forme, la manière et la matière. L'année 2025 a vu y arriver nombre de matériaux tantôt inédits par leur matière, tantôt par leur usage. Pour savoir qui fait quoi et anticiper l'avenir de l'horlogerie, suivez le guide!

Céramique, haute en couleur

La céramique est une habituée des établis horlogers. On l'apprécie pour son homogénéité, sa résistance, son poids contenu, sa douceur et sa température modérée. Mais son champ chromatique était jusqu'il y a peu restreint. Passé le noir et le blanc introduits au tournant du millénaire sur la J12 de Chanel, la palette était vite épuisée. Deux acteurs en ont depuis repoussé les limites. 

D'abord, Hublot. La manufacture de Nyon ne semble plus avoir de véritable contrainte. La Big Bang Unico Summer Edition dévoilait récemment une lunette bleu ciel, qui suivait deux modèles de 33 mm en bleu et vert menthe. A Watches and Wonders, le rouge intense était de mise. Autant de couleurs qui ouvrent le champ à d'infinies variantes d'inserts, de lunettes, de carrures, etc. En février, la manufacture a également révélé la première montre avec deux céramiques intégrées l'une dans l'autre, une prometteuse céramique multicolore. Chez Audemars Piguet, la démarche est plus monochromatique. La manufacture privilégie une exploration de la céramique parfaitement unie. 

En parallèle, Chanel, lacte 2. La maison a présenté, durant le salon précité, une nouvelle édition de son inusable J12... en bleu! En soi, la céramique bleue n'a rien de révolutionnaire, mais celle de Chanel possède l'étonnante faculté de changer de nuance au gré de l'éclairage. La J12 BLEU peut littéralement passer du bleu clair au bleu nuit en fonction de l'incidence de la lumière. Une propriété rare, appelée métamérisme, qu'il faut voir pour y croire. 

Plus récemment, il y a quelques semaines, IWC a rappelé avec justesse qu'elle était l'une des premières marques à avoir introduit la céramique en horlogerie, dans les années 1980. La toute nouvelle Montre d'Aviateur Chronographe Staffel 11 vient l'évoquer avec pertinence.

J12 Bleu © Chanel

Titane un jour, titane toujours

Le titane est réputé pour être, à l'état naturel, résistant aux chocs, aux rayures comme à la corrosion. Son usage en horlogerie n'est pas nouveau: Citizen a célébré cette année les 55 ans de sa X8 Chro-nomètre, première montre réalisée en titane en 1970, qui donnera naissance aux modèles en Super Titanium, à la surface renforcée. La marque vient d'ailleurs tout juste d'annoncer son évolution, le titane recristallisé, obtenu par un procédé à haute température qui dévoile des motifs cristallins, comme des empreintes naturelles, impossibles à reproduire. 

Mais différentes voies se sont récemment signalées pour le faire progresser. D'abord, en le soumettant à divers traitements. Chopard a révélé cette année une Alpine Eagle utilisant le titane céramisé, obtenu par oxydation du titane par électro-plasma. Développé dans le cadre de la construction aérospatiale et automobile, il revêt une couleur gris anthracite qui ne se ternit pas avec le temps. Ce développement se place dans la lignée de ce que Chronométrie Ferdi-nand, appartenant au groupe Chopard, avait employé pour sa FB 1.

Alpine Eagle 41SL Cadence 8HF © Chopard

Le titane peut aussi voir son grade évoluer. Pour simplifier, il est pur en Grade 2, en alliage au-delà. Le plus courant en horlogerie est le Grade 5, enrichi en vanadium et aluminium. Cette année, dans sa collection Fifty Fathoms, Blancpain a fait un usage remarqué du Grade 23 souvent utilisé dans les applications médicales et aérospatiales. Ce grade combine les propriétés du titane pur avec des niveaux d'impuretés extrêmement faibles, ce qui lui permet d'offrir une résistance supérieure à la corrosion et aux sollicitations extérieures. 

Enfin, ArtyA a récemment innové en abordant le titane comme de l'acier de Damas: bienvenue au TiDamas, une première en horlogerie. Chez De Bethune, la nouvelle DB28xs s'habille de titane jaune, une autre première. Pour y parvenir, la manufacture a dû traiter tous les composants du boîtier et du mouvement individuellement, en fonction de la typologie du métal, de sa forme et de sa masse. C'est la poursuite de la coloration du titane que l'on connaissait déjà en bleu, depuis les variations «Kind of » présentes en collection depuis 2018.

DB28xs Yellow Tones © De Bethune

Acier et or : valeurs sûres

Paradoxalement, le vieil acier tient la rampe plutôt efficace-ment. Pourquoi? Pour deux raisons. La première se trouve dans les marques qui n'en font presque jamais usage. Fatalement, lorsqu'une série limitée sort en acier, elle est exceptionnelle, et donc très recherchée. Patek Philippe ou A. Lange & Söhne sont coutumières de l'exercice. 

Seconde raison: il existe un acier... pas comme les autres. C'est la carte jouée par Chopard, qui dispose de sa recette exclusive d'acier recyclé. Ce Lucent Steel est élaboré avec son partenaire Voestalpine, situé en Autriche. Il est composé de 80 % d'acier recyclé. L'objectif est d'atteindre 90% d'ici 2028. Il est fabriqué à partir de déchets industriels de montres suisses, ainsi que d'acier médical, aérospatial ou automobile. Chopard ajoute ainsi une dimension responsable à chacune de ses montres en acier propriétaire. La marque ID Genève, avec sa collection Circular, travaille dans la même dynamique. 

L'or reste aussi au sommet, mais pour deux autres raisons. La première est son cours, en progression de 50% en un an. La montre en or s'est donc naturellement imposée comme valeur refuge. Seconde raison: l'or est toujours l'objet de développements inédits. En 2025, pour son 250° anniversaire, Breguet a élaboré son propre alliage aurifère, l'or Breguet. Il est composé de 75% d'or, enrichi d'argent, de cuivre et de palladium. Ce nouveau développement vient en parallèle de ceux effectués par Hublot (Magic Gold, King Gold), Omega (or Sedna, or Moonshine), Rolex (Everose), Chanel (or beige), A. Lange & Söhne (Honeygold), Panerai (Goldtech) ou Audemars Piguet (sand gold). Cette dernière continue d'ailleurs d'offrir à l'or son traitement «Frosted», dont la surface micro-martelée rappelle une couche de givre, d'où son nom.

Code 11.59 by Audemars Piguet Tourbillon Volant © Audemars Piguet
« Violet, rose, bleu et jaune sont les dernières colorations en date, la difficulté étant toujours de les avoir parfaitement homogènes et translucides. »

Saphir, la couleur en transparence

Hublot s'est imposé comme le principal acteur dans l'évolution du saphir. La formule du matériau étant stable, c'est sur les couleurs que la manufacture de Nyon continue d'innover. Violet, rose, bleu et jaune sont les dernières colorations en date, la difficulté étant toujours de les avoir parfaitement homogènes et translucides. Zenith - qui appartient au même groupe que Hublot - a repris ces innovations à son compte sur deux itérations inédites de la Defy Zero G, mais c'est pour le moment la maison Cvstos qui propose les modèles les plus abordables. 

De son côté, ArtyA a développé un saphir qui a la propriété de changer de couleur en fonction de son exposition - pas une simple variation de nuance, mais bel et bien une couleur qui mute du tout au tout. Son nom? Chameleon, naturellement. On la trouve au sein des Curvy Purity Tourbillon, mais beaucoup d'autres pièces uniques ont été faites avec ce matériau.

Defy Zero G © Zenith

Cœur de pierre

C'est probablement la plus forte tendance de l'année 2025: le retour des cadrans minéraux. Ils ne sont pas nouveaux en tant que tels - Piaget et Jaquet Droz les utilisent depuis des décennies, Louis Moinet également. Mais des modèles contemporains à des prix parfois imbattables leur ont redonné un coup de fouet et, surtout, une diversité inattendue, à la fois sur les types de pierre et sur les marques qui en font usage. 

Pour les types, on a vu arriver de la moissanite (pierre de l'espace) chez ArtyA, du marbre chez Bulgari et une panoplie hors norme chez H. Moser & Cie., dans la collection Endeavour. Pour la diversité des acteurs, Dennison qui renaît en tant que marque indépen-dante, avec le designer Emmanuel Gueit, a mis des cadrans minéraux au poignet d'un nombre incommensurable de collectionneurs. D'autres se sont engouffrés dans la brèche, à l'instar de Tissot avec sa RockWatch. Audemars Piguet, pour sa part, a révélé des Code 11.59 parées de sodalite, malachite verte, racine de rubis ou opale. Et chez Zenith, qui porte le bleu comme étendard chromatique, le lapis-lazuli a naturellement trouvé sa place sur le cadran de nombreuses révélations récentes, comme sur la Chronomaster Original, la Defy Zero G ou encore la G.F.J. Calibre 135.

RockWatch © Tissot

En bref

Le carbone s'invite chez TAG Heuer, pour le spiral. La marque travaille depuis dix ans sur le sujet comme alternative au spiral en silicium aujourd'hui largement répandu. C'est l'étape de l'industriali-sation, la plus délicate, qui vient d'être franchie. Deux modèles ont été présentés aux Geneva Watch Days. D'autres devraient suivre d'ici la fin de l'année. 

Chez Jaquet Droz, un métier d'art peu commun est apparu : le sertissage de perles de verre Murano. Ce savoir-faire est visible sur une pièce unique, la Tourbillon Skelet Sapphire Bushidô. 

Le bronze, enfin, reste un matériau tendance, même s'il n'occupe plus nécessairement le devant de la scène. Tout dernièrement, Franck Muller a dévoilé une très belle Vanguard Alquimiamc qui valorise l'irrégularité et le naturel de ce métal qui, au fil des ans, va se patiner. D'autres exemples ont été vus récemment chez Bremont et Omega.