Watches and Wonders : le bilan

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Chiffres records, présence massive de presque tout le paysage horloger, visiteurs venus des quatre coins du monde : une fois encore, l’exception devient la règle avec Watches and Wonders Geneva. L’année 2026 sera délicate, mais la volonté d’aller de l’avant est manifeste.

Il faut parfois se rappeler d’où l’on vient. À ses débuts, Watches and Wonders mobilisait une quinzaine de marques, en quasi-totalité du groupe Richemont. Aujourd’hui, c’est le quadruple qui s’était réuni à Palexpo, dont les murs n’en finissent pas d’être poussés. Et c’est sans compter un nombre faramineux de maisons indépendantes qui s’était rassemblé dans les hôtels alentour, propulsant le total d’exposants à près de 250 marques. 

Chiffres clés

Tous les vents contraires s’étaient pourtant ligués contre l’événement : conjoncture économique déplorable, soubresauts tarifaires américains, deux guerres (Iran et Ukraine), un monde à court d’essence, des médias supplantés par des influenceurs sans expérience, IA et deep fakes en embuscade, etc. Certains visiteurs du Moyen-Orient n’ont d’ailleurs pas pu venir à Genève. 

Malgré tout, Watches and Wonders a tenu ses promesses, réunissant 65 marques, près de 60'000 visiteurs uniques, dont 1'750 journalistes et 6'000 détaillants pendant 7 jours. Le grand public a quant à lui représenté 25'000 visiteurs répartis sur les trois jours, souvent présents pour découvrir les animations prévues dans la ville de Genève. 

Lange 1 Tourbillon Quantième Perpétuel « Lumen » © A. Lange & Söhne

Célébration commune 

Le message est clair. Dans un monde fracturé, le public a besoin de deux choses : d’être réuni, et de partager un imaginaire commun. C’est exactement ce que propose Watches and Wonders. Un lieu, une semaine, un univers partagé, une parenthèse hors du temps dont  il est, paradoxalement, la juste mesure et le centre de toutes les attentions. 

Certes, Watches and Wonders ne reflète pas le monde réel : des montres rares, précieuses, des prix inabordables pour la plupart des terriens, un cadre exceptionnel, une organisation proche de la perfection. Mais c’est ce qui a fait la force du salon : cette capacité à s’extraire du quotidien pour esquisser la projection d’un vivre-ensemble fluide et harmonieux, où l’on s’agrège autour de valeurs partagées que sont le raffinement, l’exigence et la créativité. On objectera que c’est peut-être ici une vision hors-sol du monde en 2026. Mais c’est précisément ce dont ce monde a besoin, aujourd’hui, pour construire ses lendemains. 

Big Bang One Click Joyful Steel Purple © Hublot

Près de 250 exposants cumulés à Genève

Si le Swatch Group reste l’absent le plus regretté (Breguet, Blancpain, Jaquet Droz, Omega, Longines, parmi d’autres) aux côtés de Richard Mille, Breitling ou Bell & Ross, presque toute l’horlogerie était présente durant cette « watch week ». Trois manifestations adjacentes ont complété le salon de Palexpo : Time to Watches, à quelques mètres de Palexpo, avec 87 marques et 10’450 visiteurs ; Chronopolis, 20 marques ; et le Beau-Rivage, hôtel emblématique de la cité de Calvin qui s’est imposé au fil des ans comme un lieu d’exposition à part entière, avec 48 exposants. Soit un total, en additionnant les autres marques ventilées aux environs, de 250 exposants réunis dans la semaine. 

Tout l’enjeu était donc de préserver leur accessibilité, leur proximité, et de fluidifier le trafic entre ces différents pôles. Pari tenu avec les incontournables navettes desservant la ville, opportunément servies par une météo radieuse. S’il n’y a pas eu de synergie, à proprement parler, entre le vaisseau amiral Watches and Wonders, et ses satellites genevois, on a pu observer un fonctionnement en bonne intelligence, où chacun garde ses prérogatives différenciantes. 

J12 28 mm © CHANEL

Rassurer le marché

En termes de contenus, il reste délicat d’unifier toutes les présentations de Palexpo en un seul résumé, unique et cohérent. On en dégagera néanmoins un mot-clé : la prudence. Les marques ont joué leurs cartes les plus évidentes, leurs collections phares : Nautilus et Métiers d’Art chez Patek Philippe, Streamliner chez H. Moser & Co., Alpine Eagle et L.U.C chez Chopard, Big Bang chez Hublot, Tank chez Cartier, Lange 1 chez A. Lange & Söhne, Royal Oak chez Audemars Piguet, J12 chez Chanel, Luminor chez Panerai. Objectif : rassurer le marché, contenir les coûts. Il n’y eut aucune nouveauté extravagante, peut-être à l’exception d’une SuperFreak chez Ulysse Nardin. Chacun a joué la partition qu’il connaissait le mieux. Par forte houle, le navire horloger réduit la voilure. Il eut été inconcevable d’envisager toute autre option. 

Que demander de plus ? Les facteurs de progrès du salon lui sont pour la plupart exogènes. On lui souhaite une stabilisation de l’environnement géopolitique, un retour à un commerce international libre, à une paix durable. Bien sûr, l’influence de Watches and Wonders sur ces variables sera nulle. Mais le salon n’en demeurera pas moins ce qu’il a toujours été : un phare d’élégance et de créativité dans un monde qui n’en a jamais autant eu besoin.