De l’idée géniale aux « Oscars de l’horlogerie »

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Fondé par deux entrepreneurs en 2001, le Grand Prix d'Horlogerie de Genève (GPHG) a connu plusieurs étapes majeures pour atteindre une stature institutionnelle et une consécration internationale.

Si l’on peut considérer que l'évolution du GPHG s'est effectuée d'édition en édition au fil des cérémonies, des adaptations du règlement et de la composition du jury, deux virages stratégiques sont intervenus à l'issue de chaque décennie. 

2001: AND THE WINNER IS... 

En 2001, le tandem Gabriel Tortella et Jean-Claude Pittard crée le Grand Prix d'Horlogerie de Genève et cofonde avec 22 grandes marques le site d'actualités horlogères WorldTempus (intégré depuis 2014 à GMT Publishing). Ce lancement dans une ambiance bon enfant, sous la houlette d'un duo charismatique (qui éditait aussi la Tribune des Arts), rallie les plus grandes marques dès les premières éditions : Vacheron Constantin remporte la première Aiguille d'Or en 2001, Patek Philippe en 2002 et 2003, F.P.Journe en 2004, Richard Mille en 2007. Tous les groupes horlogers et les marques indépendantes les plus en vue y participent, et l'événement prend ses quartiers au Grand Théâtre de Genève. Un impressionnant parterre de CEO peuple les premiers rangs pendant la cérémonie de remise de prix, qui est suivie d'un dîner de gala très couru et de l'after festif organisé par GMT. L'ensemble fonctionne plutôt bien et la notoriété du GPHG progresse, mais de plus en plus de voix s'élèvent contre le manque de transparence dans l'attribution des prix et le manque d'indépendance du jury.

2011: FONDATION RECONNUE D'UTILITÉ PUBLIQUE 

En 2009, les fondateurs du GPHG vendent les entreprises qu'ils avaient créées au groupe Edipresse. Conscients du problème de l'indépendance du jury, les dirigeants du groupe média décident alors d'instaurer une fondation reconnue d'utilité publique, patronnée par le canton et la ville de Genève. Cofondateur de GMT (avec le soussigné) dont il vient de céder les droits, Pierre Jacques est nommé directeur du GPHG et accompagne cette transition de 2009 à début 2011. Sous sa houlette, le GPHG s'internationalise et expose la sélection de montres finalistes à Singapour, chez The Hour Glass. Pour la première fois également, les détaillants emblématiques du monde entier montent sur scène afin d'y remettre les prix. Pierre se remémore aussi le 10° anniversaire du GPHG, auquel il avait convié les danseuses du Lido : « Elles étaient magnifiques sur scène avec leurs grandes plumes brésiliennes, c'était une période exceptionnelle ! » Une fois la fondation du GPHG lancée, sa présidence est confiée à l'ancien président du Conseil d'État de Genève, Carlo Lamprecht, qui lui donne une nouvelle dimension (jusqu'en 2017). À ses côtés, Carine Maillard (déjà employée par le GPHG depuis 2004) en devient la directrice. Elle commente ce tournant clé : « Tout le fonctionnement du Grand Prix a été repensé dès cette date, afin d'assurer sa pérennité, son indépendance, son internationalisation. Dans ce même objectif, l'Académie a été créée en 2020. J'ai appris qu'en plus d'une vision, il fallait du temps et de la persévérance pour mener à bien un tel projet, qui grandit et évolue sans cesse, heureusement. »

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2020 : ET L'ACADÉMIE FUT 

Avec l'arrivée de Raymond Loretan en tant que président de la fondation en 2018, un nouvel essor se profile. Ancien ambassadeur, homme d'affaires et de réseaux, il entend renforcer encore la crédibilité et l'influence du GPHG, et il s'inspire de l'académie des Oscars pour lancer l'Académie du GPHG : « Il s'agit d'amplifier son champ de promotion et d'action, en invitant tous les acteurs de la branche qui croient en la communauté du destin de l'horlogerie dans le monde à prendre part aux différentes étapes de la sélection des montres. » Pari réussi puisqu'aujourd'hui, l'Académie du GPHG rassemble plus de 1100 Académiciens du monde entier. Carine Maillard va plus loin : « Au-delà d'une compétition, le GPHG est un instrument de promotion fédérateur, qui met en lumière la créativité, la vitalité et l'excellence de l'horlogerie dans son ensemble, tout en soulignant sa dimension culturelle internationalement. Ouvert à tous, il récompense les marques les plus nouvelles comme les plus établies, offrant un panorama unique sur la production contemporaine, notamment au travers de ses expositions qui présentent les finalistes aux quatre coins du monde. »

En plein Covid, la cérémonie a été maintenue mais sans public ©GPHG

QUE LES MEILLEURES GAGNENT 

Aujourd'hui, personne ne peut nier que le GPHG fait partie des rendez-vous incontournables du calendrier horloger, et que son palmarès compte plus que celui de n'importe quel autre prix horloger initié par d'autres entités. À tel point que le succès d'une marque passe par la case GPHG ? C'est tout le dilemme du GPHG à l'heure actuelle : de plus en plus de « petites » marques y participent, et gagnent, ce qui dissuade certaines marques établies qui ne souhaitent pas risquer de voir leurs montres nominées « perdre » devant des candidates de moindre envergure. Au contraire, certaines marques ne se laissent pas décourager par un ou plusieurs revers. Bovet (2018) et IWC (2024) ont participé et obtenu des nominations pour leurs montres pendant des années, sans jamais devenir lauréates. Jusqu'au jour où les membres du jury leur ont attribué l'Aiguille d'Or ! En plus d'elles, depuis 2011, les marques qui ont décroché la récompense suprême sont (par ordre chronologique) : De Bethune, TAG Heuer, Girard-Perregaux, Breguet, Greubel Forsey, Ferdinand Berthoud, Chopard, Audemars Piguet (2019 et 2023), Piaget, Bvlgari et MB&F. Sur le podium des marques les plus titrées depuis 2011 (toutes catégories confondues) figurent trois marques horlogères-joaillières : Van Cleef & Arpels avec 13 prix, Bvlgari et Piaget récoltant 10 prix et faisant ex-aequo avec le surprenant Voutilainen, juste devant Tudor (9 prix) et deux grandes marques indépendantes, Audemars Piguet et Chopard (7 prix). Il paraît cohérent d'affirmer que la diversité horlogère s'illustre ici. Vive le prochain quart de siècle du GPHG !

DE NOS JOURS 

En 2025, le Great Magazine of Timepieces et le Grand Prix d’Horlogerie de Genève célèbrent chacun leur 25° anniversaire. Autant d’années d’émotion, de précision et de narration horlogère. Pour marquer ce jalon, ils ont décidé de créer ensemble un moment à part : GPHG Off - L'Autre Scène by GMT. Un rendez-vous imaginé pour celles et ceux qui ne pourront pas assister à la cérémonie officielle, mais souhaitent en vivre l’esprit autrement. Dans une ambiance élégante et complice, GMT et le GPHG réunissent leurs invités privilégiés autour d’une retransmission sélective, de conversations horlogères inspirées, de bulles choisies... et d’un regard affûté sur la création contemporaine. À suivre dans notre numéro des fêtes de fin d’année.

Lauréat de l'Aiguille d'Or en 2018, le CEO de Bovet, Pascal Raffy, entouré de Raymond Loretan et Carine Maillard ©GPHG