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2007, l'année des chronos

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Il y a eu la folie du tourbillon, il y aura la vague des chronographes

Il y a eu la folie du tourbillon, il y aura la vague des chronographes. Mais pas n'importe lesquels: des mouvements de manufacture développés dans l'optique d'un usage exclusif à la marque. Histoire de se distinguer de la concurrence.

M e suré à l'aune des années passées, la déferlante du chronographe est un véritable tremblement de terre pour le monde horloger. Que l'on se souvienne: il y a quelques années seulement, parmi les quelque 400 marques horlogères recensées en Suisse – dont une trentaine de références dans le haut de gamme – moins de cinq manufactures disposaient de leur propre mouvement de chronographe mécanique. Pratiquement toute l'horlogerie suisse se fournissait chez ETA (notamment pour le Valjoux 7750, lancé en 1973, et qui continue d'équiper l'immense majorité des chronographes du marché) ou chez Frédéric Piguet, deux sociétés deSwatch Group. Hors de ces fournisseurs, Rolex venait de développer son propre mouvement pour son légendaire Cosmograph Daytona pendant queZenith faisait évoluer son calibre El Primero, premier mouvement chronographe automatique intégré, présenté en 1969.

En dépit de l'arrivée de nouveaux acteurs dans l'univers du chronographe, rares sont encore les manufactures fabriquant elles-mêmes leurs mouvements. L'immense majorité des chronographes mécaniques proposés sous les marques les plus diverses abritent toujours un mouvement ETA 7750 Valjoux, plus ou moins retravaillé, et vendu avec des différences de prix que le consommateur averti a toujours davantage de mal à saisir…

Les choses sont heureusement en train de changer, les salons horlogers viendront le confirmer. Les acheteurs sont toujours mieux informés. Les connaisseurs veulent bien mettre le prix pour un chronographe de grande marque, mais à la condition qu'il s'agisse d'un mouvement exclusif, ou du moins un tant soit peu original. Toujours davantage de marques l'ont compris. Depuis deux ans, on voit d'ailleurs se multiplier les mouvements de chronographe maison, assortis de solutions novatrices. Pour ce faire, les sociétés investissent dans le développement de nouveaux calibres, entre 1,5 et 3 millions en moyenne par mouvement. Et, pour la La majorité d'entre elles étendent leur outil industriel pour pouvoir produire les composants à l'interne.

Dernier mouvement chronographe en date, tout frais présenté et révélateur de cette tendance, le calibre P. 2004 d'Officine Panerai (groupeRichemont) qui vient compléter, avec deux autres nouveaux calibres, l'offre de la marque et renforcer son image de manufacture. Un calibre chronographe monopoussoir roue à colonnes à remontage manuel qui intègre une seconde complication, la fonction GMT, et qui dispose, avec ses trois barillets, de 8 jours de réserve de marche affichée en mode linéaire.

Richemont en force

Profitant du renouveau complet de sa collection Da Vinci, IWC (groupe Richemont) a également levé le voile ce printemps sur son premier mouvement chronographe maison: le calibre 89360 automatique, doté d'une fonction flyback, disposant de 68 heures de réserve de marche. Nouveau brevet à la clé pour le système Pellaton, propre à IWC, mais encore amélioré pour l'occasion et qui a permis d'augmenter l'efficacité de remontage de quelque 30%. Autre caractéristique marquante, l'enclenchement du mouvement du chronographe par rouage à connexion classique qui permet d'afficher les temps mesurés – heures et minutes – sous une forme analogique à deux aiguilles dans un compteur à 12 heures. Ce système apporte assurément un confort de lecture largement supérieur à l'ordinaire. Si la production de ce nouveau calibre montera peu à peu en puissance à Schaffhouse, il ne faut évidemment pas s'attendre à ce qu'il vienne équiper à court terme tous les chronographes maison.

Confirmant la volonté des marques Richemont de verticaliser leur production, et de gagner en indépendance, une troisième société du groupe a présenté un mouvement chronographe en ce début d'année. Après de nombreux autres développements, Piaget vient de lancer le calibre 880P, premier mouvement chronographe mécanique conçu, développé et produit produit par la manufacture. Ce calibre automatique à deux barillets avec grand balancier à vis, roue à colonnes et embrayage vertical, affiche une réserve de marche de 52 heures en mode chronographe enclenché. Il se singularise par la présence d'un second fuseau horaire sur 24 heures, une fonction additionnelle qui vient remplacer avantageusement le compteur d'heures chronographe, ainsi que d'une fonction flyback.

Diversité au menu

D'autres acteurs actifs dans le haut de gamme horloger posent également de nouveaux jalons dans ce domaine. C'est le cas notamment de la jeune marque DeBethune. Elle présente un Maxichrono doté d'un mouvement développé à l'interne. Ce chronographe monopoussoir à trois roues à colonnes cumule performances et innovations, dont un spiral isochronique breveté, un nouveau système oscillant et des ponts en titane ultraléger avec triple parachute. Sans oublier un double barillet assurant une réserve de marche de plus de 120 heures. L'originalité de ce mouvement se reflète également par l'affichage à cinq aiguilles coaxiales, dont trois bleuies pour les indications chronographe. A noter que les secondes effectuent leur rotation en 30 secondes pour offrir une graduation plus claire.

Parmigiani Fleurier entre également de plain-pied dans l'univers de la mesure des temps courts avec son modèle Kalpagraph. Une montre abritant le calibre PF 334, nouveau mouvement chronographe automatique développé et produit par le manufacturier, de construction modulaire, avec grande date à guichet et disposant de 55 heures de réserve de marche.

Après une première sortie peu remarquée, le calibre 139 d'Ebel vient équiper cette année l'un des modèles forts du renouveau de la marque, la 1911 BTR Chronographe automatique. Cette pièce se singularise notamment par l'affichage de ses fonctions chronographes. Le compteur des minutes du chronographe généralement situé à 3 heures est remplacé à 12 heures par une fenêtre ouverte sur 120° que vient traverser une aiguille tripale; autre guichet à 6 heures avec indication par disque pour les heures du chronographe.

Un an plus tôt, c'est la prestigieuse manufacture genevoise Patek Philippe qui créait l'événement en présentant son chronographe à quantième annuel Réf. 5960P, doté du premier mouvement de chronographe automatique entièrement conçu et développé dans ses ateliers. La société en profitait pour introduire dans ce calibre plusieurs innovations ou particularités intéressantes. Grâce à un système d'embrayage à disques fonctionnant presque sans frottement, donc avec un minimum d'usure, la grande trotteuse centrale de chronographe peut également être utilisée en continu pour l'affichage des secondes. Côté design, ce garde-temps doté d'un «quantième annuel» breveté se distingue par son grand monocompteur regroupant les totalisateurs des heures et des minutes.

Premier mouvement maison

L'automne dernier, Chopard a fêté les 10 ans de sa manufacture L. U. C en lançant également son premier mouvement de chronographe, le calibre L. U. C 10 CF. Ce mouvement automatique intégré, avec roue à colonnes, système d'embrayage vertical, fonction flyback et réserve de marche de 60 heures, fait l'objet de trois demandes de brevets. Le poussoir à 4 heures permet notamment la remise à zéro de la petite seconde, une fonction très utile pour une mise à l'heure précise. Ce calibre certifié chronomètre (COSC) a été présenté en première dans un modèle L. U. C Chrono One Concept Watch, limité à 100 pièces numérotées, mais trouvera d'autres utilisations à l'avenir.

Du côté de Saignelégier, Maurice Lacroix a confirmé son virage mécanique haut de gamme en présentant en 2006 dans la Masterpiece Le Chronographe – dont une nouvelle version est présentée cette année – son premier mouvement maison; ce calibre chronographe ML 106 à roue à colonnes et remontage manuel possède notamment un système novateur de levier pour le démarrage et la remise à zéro.

Quant à F. -P. Journe, en attendant de lever le voile sur son Centigraphe Souverain au 100e de seconde, il propose dans sa collection Octa le premier chronographe automatique conservant sa précision pendant cinq jours sans être porté – avec un cadran de type régulateur typique de la marque genevoise.

Chez Jaeger-LeCoultre, l'innovation la plus spectaculaire a vu le jour en 2006 avec l'AMVOX2 Chronograph Concept, créé dans le cadre de sa coopération avec Aston Martin. Par ce modèle qui abrite une évolution du premier mouvement chronographe automatique de la maison, présenté un an plus tôt, la manufacture du Sentier a tout simplement réinventé la manière d'activer les commandes du chronographe; les poussoirs traditionnels ont été supprimés et remplacés par un système de carrure pivotant légèrement autour d'un axe 9-3 heures. Pour activer le chronographe, il suffit d'exercer une légère pression sur la partie supérieure de la glace; de même pour le stopper; la remise à zéro s'effectue d'une simple pression sur la partie inférieure. Un système totalement inédit.

Depuis 1969, la palme de la précision pour un chronographe mécanique était détenue par le fameux El Primero de Zenith, capable de mesurer les temps au 10ede seconde grâce à sa fréquence à 36 000 alternances par heure.

En 2005,TAG Heuer a frappé un grand coup en présentant le prototype du Calibre 360 Concept Chronograph, le premier chronographe-bracelet mécanique précis au 100ede seconde. Une performance obtenue par la fusion de deux mouvements indépendants, dont le second (celui destiné au chronographe) bat à une fréquence de 360 000 alternances par heure. Ce mouvement d'avant-garde a été proposé en 2006 dans une édition limitée en or rose du modèle Carrera, un chronographe de légende né en 1964.

L'arrivée de près de douze nouveaux mouvements chronographes en deux ans – et ce n'est pas fini – alors qu'il en était sorti moins de cinq en vingt ans, relève d'une dynamique nouvelle dans l'horlogerie suisse. Et d'un renforcement des bases industrielles de ce secteur. Et pour le chronographe, comme pour les mouvements de base ou pour les autres complications, la capacité pour les marques de haute horlogerie de pouvoir présenter des calibres maison deviendra toujours davantage une nécessité.

 

 

Bilan / Michel Jeannot / www.bilan.ch

 

 

Après l'ère des tourbillons, voici celle des chronos «maison»

En cette année 2007, on assiste à une croissance du nombre de calibres de manufacture. Les grandes marques veulent répondre aux attentes d'un marché plus mature et se laissent tenter par la fabrication de mécanismes leur étant strictement destinés. Après avoir résisté aux charmes du tourbillon, certaines d'entre elles se sont laissé séduire par le potentiel du calibre de chronographe, la plus utile des complications et la plus accessible.

Depuis deux ans, tous les indicateurs sont unanimes: un revirement dans la perception de la complication de chronographe semble s'amorcer. Produit culte, symbole viril, il cumule les qualités et les chiffres des ventes démontrent, si nécessaire, combien ses fonctionnalités augmentent son intérêt auprès du public. Angelo Bonatti, CEO de Panerai, le confirme, en rappelant que les quelques références proposées par l'entreprise «réalisent près de 20% du volume des ventes». Il est tentant, dans ces conditions, d'occuper ce secteur avec une pièce de manufacture très qualitative. D'autant, ajoute-t-il, que «les garde-temps disposant de ce type de mouvement s'imposent actuellement au catalogue de toutes les maisons sérieuses». Voilà qui explique peut-être l'engouement soudain pour cet instrument «fait maison» manquant dans la panoplie de bien des grandes signatures. Mais on peut attribuer ce changement de politique à d'autres facteurs. Tout d'abord, à la demande des clients: ayant acquis une vraie culture horlogère, ils exigent des marques qu'elles fassent un effort en matière de développement produit, ne serait-ce que pour continuer de les satisfaire. Enfin, les entreprises haut de gamme, pour se distinguer du lot des marques «mainstream», utilisant les mêmes calibres qu'elles ou pour marquer leur territoire face à la montée en puissance de l'univers de la mode, sont pratiquement dans l'obligation de se lancer dans la fabrication du mouvement préféré des amateurs. Cette démarche peut aussi avoir pour fondement l'annonce faite par ETA, à l'aube du troisième millénaire, d'envisager de limiter ses livraisons de mouvements. Dans l'absolu, il est difficile de savoir lequel de ces événements fut déterminant, et il faut envisager la globalité des éléments incitatifs comme ayant donné le ton d'une tendance dont on peut mesurer l'ampleur par le nombre de réalisations actuellement sur le marché.

Le renouveau d'une complication utile

L'an passé, en 2006, Patek Philippe avait ouvert le bal d'une nouvelle compétition en proposant son calibre chrono automatique fly-back et monocompteur conçu et fabriqué à l'interne. Cette prise de conscience de la nécessité d'offrir aux amateurs fortunés et connaisseurs des calibres très élaborés, développés par soi et pour soi seulement, n'a pas été un acte isolé. La direction de Maurice Lacroix ressentait la même nécessité et décidait de passer à la vitesse supérieure en dévoilant une version très classique et manuelle d'un «chronographe maison» cal. ML 106.8 édité en une série limitée de 250 exemplai res. Le plébiscite général a renouvelé l'engouement du public pour un mécanisme compliqué et complexe à fabriquer, dont la ba nalisation de ces derniè res années, née de l'emploi sans discernement de mouvements génériques, avait presque annihilé la magie.

Face à cette évidence, une puissante entreprise, susceptible de vendre ses créations à prix élevé, comme Chopard, s'est aussi lancé dans l'aventure, profitant de la commémoration des 10 ans de la manufacture L.U.C, installée à Fleurier, pour dévoiler aux collectionneurs un calibre innovant, le L.U.C Chrono One. Un mouvement qui a demandé

16 000 heures de travail, soit près de seize mois de labeur pour une équipe regroupant 25 personnes. Cet instrument automatique, doté de la fonction fly-back, tout comme la version de Patek Philippe, a ouvert une nouvelle voie de recherche: celle de l'amélioration des fonctionnalités de chronométrage. A ce propos, Jean-Frédéric Dufour, Product Manager chez Chopard, souligne le dépôt de trois brevets. Les deux premiers concernent l'amélioration de la fonction de chronographe équipé d'un embrayage vertical, le troisième couvre le rendement par remontage automatique du calibre offrant une réserve de marche de près de 65 heures. Chez Patek Philippe, le nouveau calibre intégré CH 28-520 IRM, plus classique en apparence dans son approche mécanique, concentre son attention sur la qualité de lecture des informations relevées et sur les moyens de les transmettre sans affecter le rendement du calibre. Le ton est donné: les grandes maisons, contraintes pour des raisons d'image à produire leur chronographe de façon intégrée, en ont profité pour revisiter l'univers des temps chronométrés et apporter quelques améliorations à un concept dont personne n'avait révisé le mode de fonctionnement depuis presque un siècle… Il était temps!

Seulement, bien des marques disent ne pas avoir les moyens de développer leur propre calibre. Comme le laissait entendre récemment Jean-Claude Biver, le CEO de Hublot, certaines capitalisent sur des motorisations ayant fait leurs preuves et dont les modifications mineures, d'ordre esthétique plus que purement fonctionnelles, ont redoré le blason. On pense à un calibre comme l'incontournable ETA 7750, dont on sait la robustesse mais dont l'identification aisée a fini par lasser les amateurs à la recherche d'éléments visuels confirmant la qualité du calibre embarqué dans leur montre préférée. Avec les versions HUB 44 de La Joux-Perret (anciennement Jaquet) établies dans les chronographes Hublot Big Bang et celle d'ETA Valgranges, Cal. A07 211 de 16 ½'' précis (Etachron) élargis et endurants, dont sont dotés les chronographes Mille Miglia de Chopard, les amateurs vont reprendre goût, pour un prix acceptable, comme le soulignait encore Jean-Claude Biver, «aux calibres de chronographes intégrés, finis avec soin et dont les pièces de service après vente existent en grande quantité partout dans le monde».

S'inscrire dans la continuité

Comme le dit Georges Kern, le CEO de la manufacture IWC, «l'installation du premier calibre chronographe de manufacture dans la collection Da Vinci procure une vraie légitimité à l'entreprise et lui ouvre d'autres perspectives mais ne remet pas en cause l'exploitation de mouvements génériques fournis par des sociétés extérieures». Si le coût de développement de cet intéressant calibre est gardé secret, le CEO laissait entendre avoir consenti un investissement compris entre 4 et 5 millions de francs suisses. Difficile dans ces conditions de proposer ce «moteur» 100% manufacture à un prix tel qu'il soit possible de l'installer dans des pièces à grand tirage.

C'est malheureusement le lot de tous les mécanismes de grande valeur édités en petite quantité et nécessitant, en raison de leur mode de fabrication intégrant un grand nombre de pièces différentes finement usinées, le recours à une importante main-d'œuvre qualifiée. Exemple type: le calibre IWC 89360 contemporain dans son dessin d'ensemble et visuellement proche de celui de l'Ingenieur cal. 80110. Son prix de revient élevé s'explique sans doute de ce qu'il use (et abuse?) d'une certaine complexité mécanique qu'apprécient tout particulièrement les hommes. Ambivalent en un sens, ce moteur de nouvelle génération, dont l'enclenchement de chronographe à roue à colonne se fait par pignon oscillant et une originale bascule à coulisse, est dans la lignée des développements actuels. L'est également l'innovant calibre chronographe Piaget développé par la manufacture. Intégré à la ligne Polo, ce nouveau «moteur» intitulé cal. 880P, joyau mécanique à embrayage vertical et roue à colonne de 5,6 mm d'épaisseur, serait le plus fin du marché. Il contribue à renforcer l'expertise de Piaget dans l'art de fabriquer des calibres extraplats. «Nous avons développé de nombreux nouveaux mouvements en six ans, l'objectif étant de n'utiliser à terme que nos propres calibres», souligne Philippe Léopold-Metzger, administrateur délégué de Piaget International SA. Il aura fallu plus de deux ans à la manufacture pour développer ce mouvement. L'un des buts est notamment de séduire une clientèle européenne, qui apprécie particulièrement cette complication «utile», surtout lorsqu'elle est dotée d'un moteur «maison». Quant au choix du boîtier Polo, il est stratégique: «Nous réalisons 30% de notre chiffre d'affaires avec cette ligne», confie Philippe Léopold-Metzger.

La haute horlogerie veut maîtriser la mesure des temps courts

Les observateurs feront remarquer qu'avec la présentation d'un calibre chronographe mono-poussoir «in house» chez Panerai et du très intéressant et complexe Duomètre à Chronographe chez Jaeger-LeCoultre – doté d'un seul bouton-poussoir et d'un mécanisme inédit permettant de se passer d'embrayage pour la mise en route du chronographe – le groupe Richemont semble décidé à rafler la mise dans le secteur de la mesure des temps courts.

Par chance, ces marques de prestige ne sont pas les seules à croire en l'évolution technique de ce type d'instrument. Breguet, «horloger de la marine» dans le passé, lance une bordée de semonces en direction de la concurrence en présentant son calibre de chronographe à remontage manuel référence cal. 554.3. doté pour la circonstance d'un échappement tourbillon. Mais d'autres suivent en force. On pense à Ebel, dont la communication se concentre sur le calibre 137 et ses variantes intégrées à la collection BTR, à Maurice Lacroix, bien décidé à rhabiller en tenue plus contemporaine son calibre de chrono et en passe de devenir une référence, et à Parmigiani Fleurier, qui lance, avec le Kalpagraph, son premier calibre chrono automatique trois compteurs-date avec 55 heures de réserve de marche, développé à l'interne.

Pendant ce temps, François Paul Journe repense avec le Centigraphe cette complication, restée figée trop longtemps selon lui. Son calibre intégré permettant de mesurer des temps chronométrés à la précision du 1/100° de seconde ne possède qu'un seul échappement. Le maître horloger tient à préciser qu'un pourcentage du prix de vente sera reversé à l'ICM, institut du cerveau et de la moelle épinière.

Totalement différent sur le plan de la construction: le Cal. 360 de TAG Heuer associant, lui, deux calibres en un. Par ailleurs, dans le secteur des hautes performances, la manufacture japonaise Seiko semble réveiller sa «révolution silencieuse» menée avec le Spring Drive en proposant, dans un boîtier au dessin très contemporain, le premier calibre chronographe mû par ce mouvement révolutionnaire intégralement mécanique et régulé par un échappement magnétique de nouvelle génération. Gageons que cette dernière pièce, recourant à la solution modulaire, compte également au nombre des éléments déclencheurs qui favorisent une saine compétition dont sauront profiter les amateurs à la recherche de technicité.


 

Quelques définitions utiles

Chronographe: mécanique, il s'agit d'une montre possédant un mécanisme additionnel rapporté du côté des ponts et permettant, grâce à un système d'embrayage, de mesurer des temps courts sans affecter la lecture de l'heure.

Il se trouve quelques fabricants produisant des chronographes à partir d'un calibre de montre simple, auquel ils assujettissent un module de fonction spécifique côté cadran. Toutefois, les évolutions du marché semblent démontrer que les amateurs avertis n'adhèrent pas à ces «chronos hybrides» et restent foncièrement attachés à la construction intégrée de ce calibre. Il est considéré comme étant la plus utile des complications mais aussi la plus accessible.

Chronographe monopoussoir: sans hésitation le plus ancien des systèmes d'enclenchement après la lecture de l'heure par dépose d'une goutte d'encre sur le cadran par pression sur une aiguille portant un petit réservoir. Ce type d'enclenchement, inspiré de celui des montres de gousset, est tombé en désuétude à partir de l'invention par Breitling du second poussoir, en 1934. Cependant,

ce mode d'enclenchement est encore employé par les marques voulant entretenir l'esprit du dandysme (Blancpain, Cartier, Panerai, Jaeger-LeCoultre).

A savoir toutefois: la présence d'un seul poussoir ne permet pas la reprise de chronométrage après l'arrêt de l'aiguille. Les fonctions s'activent dans l'ordre suivant: enclenchement, arrêt et remise à zéro.

Chronographe automatique: l'automatisme pour les chronographes est arrivé très tardivement dans l'industrie horlogère. Le calibre Zénith développé avec Movado et le calibre 11 du groupe de travail regroupant Heuer, Léonidas, Büren et Breitling devaient sortir l'un et l'autre en 1969.

La roue à colonne: ce mécanisme simple et désuet mais identifiable même par un débutant est une sorte d'interrupteur permettant la mise en marche ou l'arrêt des fonctions de chronographe. Cet organe, nécessitant un grand nombre d'usinages et de rectifications, reste, visuellement, un gage de qualité que seuls quelques constructeurs comme Ebel, Lémania et ETA, avec le 7750, osent supprimer au profit de solutions plus contemporaines ou moins onéreuses.


 

Les grands axes de l'innovation chronographique

Ces deux dernières années, on notera que les acteurs du renouveau mécanique se sont particulièrement penchés sur le mode de transmission de la force motrice en direction de l'organe de mesure des temps chronométrés. Tous les nouveaux calibres intégrés proposent des systèmes «d'embrayage» ou de nouvelles approches de fonctionnement. C'est le cas du Duomètre à Chronographe de Jaeger-LeCoultre, qui permet

de limiter ou tout bonnement de supprimer les sauts de départ et les déperditions énergétiques résultant d'une habitude prise par les porteurs de ce type d'instrument de laisser tourner la grande aiguille de chrono en permanence. Par ailleurs, et dans la foulée du chrono Patek Philippe de l'an passé, les pièces d'IWC, d'Ebel, de Jaeger-LeCoultre avec le Duomètre à chronographe, y compris celles à quartz, comme le calibre S de TAG Heuer, tentent de solutionner les problèmes de lecture des temps chronométrés en proposant une saisie simple des informations affichées.

 

Le Temps / Vincent Daveau, Collaboration: Isabelle Cerboneschi / www.letemps.ch