Petit mais costaud. Réduit mais lourd. Discret mais efficace. En horlogerie, choisir un micro-rotor, c’est demander bien des choses et leur contraire à ce petit palet. On exige qu’il ait la même efficacité qu’une masse oscillante de quatre fois son envergure. Même si la R&D progresse, les limites de la physique sont infranchissables.
Il existe aujourd’hui des micro-rotor taille S (2,5 mm de diamètre en moyenne) ou XL (3,5 mm). Leur profil n’est pas linéaire : comme pour une masse oscillante, leur périphérie est plus épaisse, donc plus lourde que leur centre, ce qui en favorise la rotation. Techniquement, le micro-rotor est optimal lorsqu’il est placé en ligne à côté du barillet et du balancier.
Il est parfait pour alimenter un premier niveau de complications (GMT, date), mais peine à aller au-delà. Impulsions SA l’avait doublé dans la sonnerie au passage de Louis Moinet, procédé repris par Tec Ébauches, mais le principe du double micro-rotor n’a pas été exploité plus avant.
Le plus évident : Laurent Ferrier
La marque Laurent Ferrier s’est créée en 2010, et sa première pièce s’appelait « Galet Micro-Rotor ». Difficile de clamer plus fort son parti pris. L’horloger éponyme, 30 ans de Patek Philippe au compteur, a privilégié le précieux organe pour sa discrétion et, surtout, ne rien masquer de ses mouvements. Patek Philippe avait été, dès 1977, un acteur essentiel du micro-rotor avec son calibre 240 (pour 2,4 mm d’épaisseur). Le micro-rotor est toujours exploité par la manufacture genevoise.
Le plus technique : Renaud Tixier.
La masse en platine placée au centre de la masse oscillante est « assistée » par un ressort central qui en amplifie l'énergie, lui permettant ainsi d'atteindre un rendement supérieur à celui d'un micro-rotor classique. Ce système, en cours de brevet, équipe la première montre de la marque, fondée en 2024. Son inventeur, Dominique Renaud, le désigne sous les noms de « spinner-thruster » ou de « dancer ». Selon lui, cette architecture permettra également d'alimenter des complications plus gourmandes en énergie que ce que les micro-rotors rendaient possible jusqu'à présent.
Les plus fins : Piaget et Bvlgari
Initialement, le micro-rotor a été développé parce qu’il apporte au mouvement un gain d’épaisseur assez considérable. Il se dispense de la coiffe extérieure d’une masse oscillante, intégrant le rotor directement dans l’épaisseur du calibre. Ce gain en finesse est son objectif depuis ses premières itérations au mitan des années 1950, et la principale raison pour laquelle Piaget en est encore l’un des défenseurs. Aujourd’hui, le micro-rotor est exploité par la gamme des calibres Piaget 12XX (1290, 1270, 1205, 1255, etc.). Le principe est le même pour l’Octo Finissimo de Bvlgari, dont le motoriste Concepto s’est lui aussi appuyé sur le micro-rotor pour produire les montres automatiques les plus plates du joaillier romain.
Le plus démonstratif : Roger Dubuis
Roger Dubuis a atomisé non seulement la technique du micro-rotor, mais aussi ses codes esthétiques. La marque genevoise l’a inscrit dans des mouvements squelettés à l’extrême, dessiné en forme d’étoile, en contrepoint de balanciers multiples ou de divers tourbillons. Un exercice de style unique et très abouti qui, comme pour les montres extra-plates, a démontré la diversité des cas d’usage du micro-rotor.
Le plus moderne : Speake-Marin
Speake-Marin est l’une des rares marques 100% indépendantes qui possède son propre motoriste, également mis à disposition d’autres marques : le Cercle des Horlogers. Il s’est spécialisé dans l’usage du micro-rotor. On retrouve donc ce dernier dans de nombreux modèles de la marque, mis en évidence dans des designs ultra contemporains et riches en couleurs. C’est un micro-rotor que l’on repère dans le best-seller de Speake-Marin, la Ripples, mais aussi dans de multiples autres modèles à tourbillon.
Au-delà, le micro-rotor est ponctuellement usité chez Chopard, Girard-Perregaux, Richard Mille, Hermès, Parmigiani Fleurier, Panerai, Cartier (Santos Dumont), Bell & Ross (base Vaucher), et l’indépendant Romain Gauthier.