Lorsque l’on tutoie régulièrement les sommets, difficile de discerner celui qui se détache, légèrement plus haut que les autres. Ainsi, ni la répétition minutes, ni le calendrier perpétuel ne sont inhabituels chez A. Lange & Söhne. Bien que la manufacture en produise excessivement peu - quelques dizaines par an - ce sont des complications en collection courante. Il faut donc savoir lire entre les lignes pour y voir...ce qui ne se voit pas au premier regard.
La création d’un nouveau mouvement fait partie de ce que l’amateur non averti ne verra pas. Surtout si le cadran, lui, ne change pas véritablement des canons habituels de la maison. Une subtilité renforcée chez A. Lange & Söhne par un minimalisme assumé : loin des coups d’éclat et des cadrans exubérants, la marque cultive une épure qui cache bien son jeu - et son mouvement.
Livraisons au compte-gouttes
Pourtant, arrivent aujourd’hui en boutique les premiers exemplaires de la nouvelle Répétition Minutes Perpétuelle. Certes, la répétition minutes existait déjà (notamment dans la Zeitwerk), et le quantième perpétuel aussi (dans la quasi-totalité des collections : Richard Lange, Tourbograph, Datograph, Lange 1 et 1815). Mais l’union des deux complications est presque inédite : jusqu’à présent, seule la 1815 Grand Complication les avait réunies. Avec la Répétition Minutes Perpétuelle, la manufacture de Glashütte affirme son intention de maintenir de binôme à long terme dans ses collections. Raison pour laquelle un nouveau mouvement lui est dédié.
De prime abord, on pourrait se demander pourquoi la nouvelle Répétition Minutes Perpétuelle ne reprend pas le mouvement de son aînée, la 1815 Grand Complication. La réponse est simple : cette dernière comptait certes en son mouvement une répétition minute et un QP...mais également une petite et une grande sonnerie, ainsi qu’un chronographe. Difficile, dans ces conditions, d’en extraire simplement deux complications et de laisser toutes les autres de côté, car tous les mouvements A. Lange & Söhne sont intégrés. En cela, ils ne se composent jamais de modules assemblés les uns aux autres. Le mouvement est, au contraire, un ensemble unique, cohérent, homogène, où chaque complication est finement interfacée à l’ensemble du calibre. Comme un puzzle dont on ne pourrait ôter deux pièces sans altérer l’ensemble de l’image. Le développement d’un nouveau calibre, dit L122.2, était donc une nécessité.
Subtilités mécaniques
Ce dernier comporte quelques subtilités. Comme toute répétition minutes, il sonne les heures (note grave), les quarts (double note) et les minutes (note aiguë). Mais un blanc risque de survenir si l’heure sonnée ne comporte pas de quart, comme à 11h05. Pour éviter un blanc entre « 11h » et « 05 », la manufacture a développé un système qui permet de passer directement des heures aux minutes en « enjambant » les quarts invisibles, sans temps mort. La technique est connue - on la trouve de longue date chez Jaeger-LeCoultre - mais c’est une première en série chez A. Lange & Söhne.
Autre subtilité : le verrouillage breveté des marteaux, qui les bloque dans leur position de départ, l’espace d’une seconde, juste après avoir frappé les timbres. Cette sécurité les empêche de rebondir et de frapper à nouveau les timbres par erreur. Une précaution parmi d’autre qui fait monter à 194 le nombre de composants uniquement dédiés à la répétition minute, sur un total de 640 au sein du calibre L122.2.
Rappelons enfin la spécificité de la manufacture de Glashütte : chaque calibre, compliqué ou non, est entièrement assemblé, testé, puis démonté et assemblé une seconde fois, avant d’être livré. L’une des raisons pour lesquelles A. Lange & Söhne ne pourra produire que 50 exemplaires de sa Répétition Minutes Perpétuelle, entre 2025 et 2026, pour un prix « sur demande » mais qui devrait tutoyer les 700'000 CHF. Le prix de l’excellence.