Alors que les prix de l’or poursuivent leur hausse incessante, les fabricants de montres de luxe sont confrontés à un dilemme bien connu : comment préserver l’attrait du métal précieux sans faire grimper les prix de vente au-delà de la portée d’une clientèle de plus en plus prudente. Mais pour Bvlgari, la réponse est claire et a été conçue dans une philosophie de design adoptée il y a plusieurs décennies.
Bien avant le récent retour des montres bicolores, la Maison romaine expérimentait déjà l’association de l’or et de l’acier. Alors que de nombreuses marques suisses ont historiquement utilisé la construction bimétallique comme un moyen de créer des niveaux de prix intermédiaires entre les modèles en acier et ceux entièrement en or, Bvlgari a abordé cette combinaison comme une véritable déclaration de design. Il en résulte un ensemble de créations dont la pertinence est aujourd’hui plus grande que jamais, à une époque où les métaux précieux sont devenus considérablement plus coûteux, et qui englobe aussi bien les racines joaillières de la Maison que son savoir-faire horloger.
Les origines de cette philosophie remontent aux années 1970. Lorsque Bvlgari a progressivement étendu son activité de la joaillerie à l’horlogerie, la Maison a transposé un langage esthétique inspiré de l’architecture romaine, des formes géométriques affirmées et d’une volonté constante de bousculer les conventions. Aujourd’hui, alors que l’ensemble de l’industrie du luxe redécouvre l’attrait des métaux associés, Bvlgari occupe une position singulière : non pas celle d’un suiveur, mais celle de l’un des premiers défenseurs de cette approche, et sans doute l’un de ses plus fidèles ambassadeurs.
Le lancement, lors du dernier salon Watches and Wonders, de la collection capsule Serpenti Tubogas Studs, composée de quatre modèles, a confirmé plus clairement que jamais l’importance que Bvlgari accorde à cette alliance entre matériaux nobles et plus accessibles. Présentée en parallèle des nouvelles créations de joaillerie Tubogas Studs – parmi lesquelles un spectaculaire collier ras-du-cou souple en acier et or, orné de clous – ainsi que de déclinaisons bimétalliques des emblématiques bagues B.zero1, cette collection illustre à la fois la force du design et une expression luxueuse de l’ingéniosité romaine.
Le lancement de la montre Bvlgari Bvlgari en 1977 a parfaitement incarné cette philosophie. Sa lunette gravée, inspirée des monnaies de la Rome antique, se démarquait des codes dominants de l’horlogerie suisse de l’époque. Au fil des années, la collection s’est déclinée en de nombreuses associations d’acier et d’or. Encore cet été, deux nouvelles versions mêlant ces deux métaux ont été dévoilées : l’une en acier et or jaune, dotée d’un cadran en marqueterie de nacre verte, l’autre en acier et or rose avec un cadran en nacre rose.
Le même esprit a animé la collection Diagono, aujourd’hui abandonnée, tout au long des années 1980 et 1990. Plus sportive dans son expression, mais tout aussi distinctive, elle associait fréquemment l’acier inoxydable à l’or jaune ou à l’or rose, donnant naissance à des montres conciliant luxe et praticité sans rien perdre de leur impact visuel. Avec le recul, ces modèles apparaissent remarquablement visionnaires, ayant anticipé de plusieurs décennies l’engouement actuel pour les expérimentations autour des matériaux.
Aujourd’hui, les principales collections horlogères de la marque racontent deux histoires distinctes. L’Octo Finissimo, sans doute la collection qui a propulsé Bvlgari au premier plan de la haute horlogerie contemporaine, est surtout connue pour ses déclinaisons en titane, en acier, en céramique ou en métaux précieux. Autant de versions monomatériau qui mettent parfaitement en valeur l’architecture et l’ingénierie ultrafines qui caractérisent cette ligne.
C’est toutefois la collection Serpenti qui entretient le lien le plus direct avec l’héritage bimétallique de la Maison. Les modèles de la ligne Serpenti Seduttori continuent d’associer l’acier inoxydable à l’or rose, démontrant que le dialogue entre matériaux précieux et non précieux demeure au cœur de l’identité de Bvlgari.
Le dilemme des matériaux
Les arguments économiques en faveur de ces montres deviennent de plus en plus convaincants. Au cours des dernières années, le cours de l’or a connu une hausse spectaculaire, enchaînant les records sur fond d’incertitudes géopolitiques, d’achats massifs des banques centrales et d’une forte demande des investisseurs en quête de valeurs refuges. Dans ce contexte de hausse du coût des matières premières, les montres bimétalliques occupent une position intermédiaire de plus en plus séduisante. Elles offrent une grande partie de la chaleur visuelle et du prestige associés aux métaux précieux, tout en nécessitant beaucoup moins d’or qu’une montre entièrement réalisée en or, boîtier et bracelet compris.
Pour les consommateurs, elles constituent une façon plus accessible d’accéder à une montre en métal précieux. Pour les marques, elles permettent de préserver leurs marges sans devoir appliquer les hausses de prix parfois spectaculaires qui accompagnent souvent les modèles entièrement en or.
L’association des métaux présente également un véritable intérêt sur le plan stylistique. À une époque où une montre doit pouvoir accompagner aussi bien une tenue de ville qu’une tenue décontractée ou de soirée, le mariage de l’acier et de l’or offre une polyvalence que les modèles exclusivement réalisés en métal précieux ne procurent pas toujours. Le contraste entre les tonalités chaudes et froides renforce cette versatilité, tout en permettant aux marques de conserver une véritable impression de luxe sans compromettre le confort et la facilité de porter leurs montres au quotidien.
Chez Bvlgari, cet équilibre s’impose avec une évidence toute particulière. À la croisée de la joaillerie et de l’horlogerie depuis toujours, la Maison n’a jamais eu recours à l’association de l’acier et de l’or pour des raisons uniquement pragmatiques. Ce choix relève avant tout d’une vision esthétique et architecturale profondément ancrée dans son identité romaine. Les matériaux sont ainsi devenus un élément essentiel de son langage créatif, aussi emblématiques que la lunette gravée de la Bvlgari Bvlgari ou les courbes sensuelles de la Serpenti.
Et si l’avenir passait par le titane ?
Cette position est d’autant plus intéressante que l’ensemble de l’industrie nourrit un intérêt croissant pour le titane. Longtemps considéré comme un matériau de niche, apprécié avant tout pour sa légèreté et ses qualités techniques, il est devenu l’un des métaux les plus prisés de l’horlogerie contemporaine. Bvlgari s’est d’ailleurs imposée comme l’une de ses plus grandes spécialistes, en relevant le défi de concevoir les Octo Finissimo détentrices de records du monde dans ce métal aussi exigeant que complexe à travailler.
Ces dernières années, certaines marques ont franchi une nouvelle étape en expérimentant l’association du titane et de l’or précieux, donnant naissance à un petit nombre de montres bimatières qui conjuguent la chaleur de l’or au confort et au caractère sportif du titane. Jusqu’à présent, Bvlgari semble toutefois résister à cette tendance. Alors, quelles sont les marques qui montrent la voie ?
Parmi les pionniers figure Audemars Piguet, dont la Royal Oak Offshore Chronograph 43 mm de 2024, en or rose avec une lunette en titane, explore cette alliance de matériaux. Hublot a également démontré le potentiel esthétique du mariage entre le titane et le King Gold à travers plusieurs références de la collection Big Bang, notamment l’Unico. Autres exemples de cette combinaison originale : la Seamaster Diver 300M Titanium, Tantalum and Sedna Gold d’Omega, lancée en édition limitée en 2018, ou encore la RM 11-03 Rose Gold Titanium de Richard Mille.
Bvlgari, en revanche, est jusqu’à présent restée fidèle à sa ligne de conduite. Si la Maison a parfois intégré des touches d’or rose à certaines versions en titane de l’Octo Finissimo – au niveau de la couronne, des aiguilles, des index ou encore de certains composants du mouvement –, elle n’a jamais adopté l’association du titane et de l’or comme une véritable proposition bimétallique, contrairement au duo acier-or qu’elle défend depuis de nombreuses années.
Pour l’heure, cette retenue semble pleinement justifiée. Le titane appartient avant tout à l’univers de l’horlogerie sportive contemporaine : un matériau technique, léger et résolument tourné vers la performance. L’association de l’acier et de l’or, à l’inverse, s’inscrit dans une approche plus naturellement liée à la joaillerie, en parfaite adéquation avec l’héritage romain de Bvlgari et son expertise historique de joaillier avant d’être horloger.
Alors que certaines de ses concurrentes explorent avec prudence le potentiel du duo titane-or comme nouvelle frontière des associations de matériaux, Bvlgari demeure fidèle à sa vision traditionnelle du bimétallisme. Mais la Maison s’étant forgé une réputation en surprenant régulièrement son public, il n’est pas exclu que cette combinaison fasse son apparition dans un avenir finalement assez proche.
Cependant, rester fidèle à l’association « traditionnelle » de l’or et de l’acier pourrait s’avérer particulièrement avantageux pour Bvlgari. Contrairement aux marques qui redécouvrent aujourd’hui le style bicolore, la Maison n’a nul besoin de réinventer ce concept ni de le présenter comme un retour nostalgique. L’or et l’acier font partie de son vocabulaire esthétique depuis des décennies, et ce qui constituait un choix audacieux dans les années 1970 apparaît aujourd’hui comme une intuition remarquablement visionnaire.
Les créations en acier et or de Bvlgari se suffisent à elles-mêmes. Elles puisent leur légitimité non pas dans les tendances ou les considérations économiques, mais dans une histoire du design, un savoir-faire joaillier et une conception du glamour profondément ancrée dans l’identité romaine de la Maison. Cette fidélité de longue date aux associations de métaux a peut-être, sans le vouloir, dessiné les contours de l’avenir de l’horlogerie de luxe. Et même lorsqu’elle s’inspire de son propre héritage, Bvlgari conserve, comme souvent, une longueur d’avance.
FAQ
Q : Comment prononce-t-on Bvlgari ?
R : Bvlgari se prononce « Boul-GA-ri ». La maison de joaillerie romaine écrit son nom avec un V à la place d'un U (parfois orthographié Bulgari) afin d'évoquer l'alphabet latin antique, en référence à ses racines dans l'architecture et le design romains.
Q : Qu'est-ce qu'une montre bicolore ?
R : Une montre bicolore associe deux matériaux, généralement l'acier et l'or, au sein d'un même boîtier et d'un même bracelet. Bvlgari utilise cette combinaison depuis les années 1970 comme un véritable parti pris esthétique, et non comme une alternative plus abordable à une montre entièrement en or.
Q : Qu'est-ce que la collection Bvlgari Serpenti ?
R : Serpenti est la ligne de bijoux et de montres inspirée du serpent de Bvlgari, lancée pour la première fois dans les années 1940. Des créations récentes, comme les Serpenti Tubogas Studs et Serpenti Seduttori, associent l'acier inoxydable à l'or rose ou à l'or jaune, perpétuant ainsi l'héritage de la Maison en matière de métaux mixtes.
Q : Qu'est-ce que la montre Bvlgari Bvlgari ?
R : Bvlgari Bvlgari est une collection de montres lancée en 1977, reconnaissable à sa lunette gravée inspirée des monnaies de la Rome antique. Elle a depuis été déclinée dans de nombreuses combinaisons d'acier et d'or, dont de nouvelles éditions dévoilées cet été.