Le plus disruptif : Jaquet Droz
Lorsque l’on parle de métier d’art, difficile de ne pas commencer avec Jaquet Droz. L’atelier de La Chaux-de-Fonds ne réalise à présent que des pièces uniques dont le cadran est façonné à la main par une myriade d’artisans qui donne vie à l’imaginaire de chaque client, lui aussi unique. L’une des dernières créations en date, la Petite Heure Minute Or Rouge « Jardin Japonais » est aussi l’une des plus spectaculaires. La gravure sur nacre est d’une finesse incomparable. Chaque élément de la balustrade du temple japonais est visible, placé en arrière-plan de l’aide à 25 appliques apposées à la main. La lanterne paraît littéralement émerger du cadran, grâce à un micro-cabochon en nacre. Le moindre mouvement de l’eau est reproduit à la perfection. Les branches du cerisier façonnées en or semblent s’agiter sous la brise. Un travail d’un réalisme hors norme.
Le plus historique : Breguet
Il faut rendre à César ce qui est à César, dit l’adage. Et à Breguet ce qui est à Breguet. Il y a 250 ans, le grand horloger mettait au point des finitions qui étaient autant de métiers d’art, dont le nom n’existait pas à l’époque. Aujourd’hui, la manufacture poursuit ce travail en restant fidèle à la démarche d’Abraham-Louis Breguet, mais en réinventant toujours son approche. La nouvelle Marine Équation Marchante 5887, avec peinture luminescente sur saphir, en atteste. Avec cette technique, couplée par exemple à la signature du maître au pantographe telle qu’on la voit sur la Montre de Souscription, installe Breguet comme immuable gardien du temple de la bienfacture artisanale.
Le plus discret : Chopard
Chopard parle peu de métiers d’art. Une discrétion qu’il faut peut-être rapprocher de celle de son CEO, Karl-Friedrich Scheufele. Il n’empêche : régulièrement, la marque invente des motifs inédits pour ses cadrans, détourne des savoir-faire séculaires. En un mot : innove. C’est particulièrement visible sur la L.U.C Quattro Spirit 25 – Édition Marqueterie de Paille, dévoilée lors du dernier salon Watches and Wonders. Chaque brin de paille de seigle est travaillé à la main, assemblé en dessin nid d’abeille, puis teint et stabilisé. Éblouissant.
Le plus démonstratif : Vacheron Constantin
« Métiers d’Art » est le nom d’une collection de Vacheron Constantin. Difficile d’affirmer plus fort son attachement à cette longue tradition artisanale. Les pièces utilisant des métiers d’art sont, chez Vacheron Constantin, innombrables. On retiendra l’une des plus récentes, Hommage aux Grandes Civilisations, réalisée en partenariat avec le Louvre. On y note particulièrement l’usage de la glyptique. Il s’agit de la gravure des matériaux durs comme de la pierre, du cristal ou des gemmes afin de créer des décors en creux (intailles) ou en relief (camées). Cette technique rare s’ajoute à la sculpture, à la micro-mosaïque, à la marqueterie (notamment cloisonnée), à l’émaillage, à la peinture miniature, à la gravure, à la dorure. Pour cet Hommage aux Grandes Civilisations, la liste est sans fin. Les quatre garde-temps rendent hommage à la Grèce antique (800 à 146 av. J.-C.), au Nouvel Empire égyptien (env. 1550 à 1077 av. J.-C.), à l’Empire néo-assyrien (911 à 612 av. J.-C.) et à l’Empire romain (27 av. J.-C. à 476 apr. J.-C.), chacun entrant en dialogue avec l’une de ces grandes civilisations. Avec, au final, une promesse tenue : porter de véritables œuvres d’art muséales au poignet.
Le plus innovant : De Bethune
Aucun Top 5 ne saurait être, par nature, exhaustif. Il eut été impossible de finir cette liste sans mentionner les pièces uniques ni les expositions réalisées par Patek Philippe, entièrement dédiées aux métiers d’art. Sans les pièces uniques, souvent des montres de poche, de Louis Vuitton. Ni sans les cadrans de plus en plus démonstratifs présentés depuis quelques années par Rolex. Mais laissons la dernière place à un acteur plus discret mais non moins innovant : De Bethune. La marque adulée des collectionneurs de belle horlogerie indépendante défriche inlassablement de nouveaux territoires artistiques. Elle a développé son propre langage artistique. Dans sa collection Starry Varius, De Bethune a notamment inventé une nouvelle représentation du ciel nocturne, à base de goupilles d’or chassées une à une dans la nuit étoilée. Une œuvre patiente et rigoureuse, construite pour durer.