Jean-Christophe Babin, CEO de Bvlgari et de la division horlogère de LVMH

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Jean-Christophe Babin, CEO de Bvlgari et de la division horlogère de LVMH © Bvlgari
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Vous présidez les Geneva Watch Days dont la 6e édition réunit 66 exposants tels que TAG Heuer ou de nouvelles micro-marques, aucun risque de confusion pour les visiteurs ?

Nous sommes dans le même ordre de grandeur que Watches and Wonders, qui est le salon des grandes marques et des acteurs en majorité très connus. Les Geneva Watch Days offrent diversité et découverte en mettant en lumière quelques grandes marques et de très nombreuses marques émergentes. Ces micro-marques ont rarement l’occasion de bénéficier d’une visibilité collective et, sans les GWD, elles resteraient souvent dans l’ombre. L’événement leur ouvre l’accès à plus de 300 détaillants, 500 médias et 1900 collectionneurs. Ces derniers adorent découvrir – et si possible acquérir en avant-première – des pièces qu’ils jugent innovantes, excitantes et complémentaires à leur collection. Pour de jeunes marques, il s’agit donc d’un formidable accélérateur de notoriété, renforcé par la crédibilité que leur apporte la présence d’exposants mondialement reconnus tels que Bvlgari, Breitling, TAG Heuer ou Zenith. ”

Vous présidez aussi la division horlogère de LVMH qui est venu en force cette année, avec quel objectif principal ? 

En effet, Bvlgari a longtemps été la seule marque du groupe à participer aux GWD, mais ce n’est qu’une coïncidence. Nos marques étant indépendantes, elles avaient déjà soumis leurs candidatures avant ma nomination. Elles avaient pris connaissance des bons résultats obtenus par Bvlgari à cette occasion et compris la complémentarité avec d’autres événements horlogers. Elles avaient aussi compris la valeur relationnelle de ce rendez-vous , en particulier le contact direct avec de grands collectionneurs, juste avant une période de forte consommation comme la Golden Week ou le Nouvel An chinois. Bien sûr, je m’en réjouis, car je souhaitais justement rassembler davantage d’exposants cette année, afin de renforcer les GWD. 

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Les Geneva Watch Days sur le pont du Montblanc © Geneva Watch Days
Les Geneva Watch Days sur le pont du Montblanc © Geneva Watch Days 

Vous fixez-vous une limite quant au nombre d’exposants ? 

Nous recevons des candidatures chaque année et nous les étudions attentivement. Notre priorité est de rester une organisation exemplaire en matière de transparence et d'authenticité. C’est pourquoi nous nous réservons le droit de refuser des marques qui ne correspondent pas aux standards de sérieux et de confiance attendus par les clients. Les conditions de participation sont claires et équitables : cinq formules bien établies, sans négociation possible, les grandes marques contribuant davantage afin de donner aux plus petites une visibilité qu’elles n’auraient pas ailleurs. Pour elles, c’est une opportunité précieuse de gagner en notoriété. D’ailleurs, ce sont souvent des jeunes marques qui nous encouragent à exporter le concept des GWD à l’étranger. Mais pour l’instant, notre priorité reste de consolider et d’améliorer encore l’édition genevoise, sans chercher à la dupliquer, d’autant qu’il existe déjà d’autres formats ailleurs.

Après une décennie de records techniques chez Bvlgari, qu’est-ce qui vous fait vibrer dans cette marque aujourd’hui ? 

Suite à cette séquence de records à la fois inattendus et soigneusement planifiés, je souhaite capturer l’essence du succès. Car ce n’est qu’un début pour l’Octo Finissimo, devenue en une décennie une véritable icône. Elle a maintenant une légitimité horlogère qui n’existait pas encore en 2013, quand j’ai pris les commandes de la marque. Nous l’aurions acquise tôt ou tard, mais beaucoup plus lentement sans cette démonstration d’innovation en profondeur, sur les fondamentaux de la chaîne horlogère. Nous avons dû la revoir complètement, la réinventer, afin de réduire son volume et de la mettre dans une boîte ultra-plate, offrant ainsi aux clients une élégance contemporaine qu’aucune autre marque ne propose. Les autres acteurs de l’extra-plat proposent des montres plus classiques. Bvlgari, elle, est pionnière et moderne. Elle s’adresse à l’homme d’aujourd’hui, celui qui s’habille en slim-fit et vit dans un appartement orné d’art contemporain, baigné de lumière grâce à de grandes baies vitrées. L’Octo Finissimo est immédiatement reconnaissable, même à dix mètres. Tout le monde la connaît, mais peu la possèdent encore : son potentiel est immense. Selon moi, seules deux véritables icônes horlogères ont émergé au XXIe siècle : la Big Bang d’Hublot et l’Octo Finissimo. À nous de hisser cette dernière encore plus haut. D’ailleurs, nous sommes en train de créer la même chose avec Serpenti. Il est en effet très rare pour une maison de faire table rase de ses modèles précédents et de repartir de zéro. Or, Bvlgari a réussi ce pari : créer depuis 2009 des montres devenues pièces de collection, qui suscitent autant chez la femme que chez l’homme un désir intense et une forte reconnaissance. Des créations à la fois différentes, élégantes et sophistiquées. 

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L’Octo Finissimo blue marble © Bvlgari
L’Octo Finissimo blue marble © Bvlgari 

Comment donner envie aux clients de s’offrir de nouvelles montres dans le climat complexe que nous traversons ? 

Je crois que l’innovation et la nouveauté ont toujours suscité le désir chez l’être humain, et il existe de multiples façons d’innover. Cela peut passer par les matériaux, comme le marbre utilisé dans l’Octo Finissimo. Sa déclinaison en bleu est un véritable exploit : il est extrêmement complexe de couper le marbre en tranches très fines, et seule la plus haute qualité de pierre peut être utilisée, sans quoi elle devient translucide. Ici, l’innovation réside de l’utilisation d’un matériau rare, qui renforce la différenciation de la montre tout en affirmant sa romanité. Idem avec le bronze qui habille maintenant notre Octo Aluminium, avec un traitement de surface lui conférant une évolution homogène. Mais l’innovation peut aussi venir de la collaboration. L’exemple de l’artiste sud-coréen Lee Ufan est emblématique : connu pour ses sculptures associant miroirs et minéraux aux réverbérations extraordinaires, il a créé pour nous un cadran miroir, pur et lisible, inspiré de sa technique. Il a surtout réussi à « minéraliser » le titane, un fait exceptionnel, donnant à la pièce une identité absolument unique et une dimension artistique rare. En parallèle, nous apportons de l’innovation dans les points de vente, avec des services inédits. Nous avons par exemple installé des petits systèmes de démagnétisation, rapides et gratuits, qui permettent d’éviter 30 % des retours en SAV. C’est un gain de temps et d’argent pour tout le monde. Nous offrons aussi un service de polissage des montres confiées par le client, qui peut découvrir les nouveautés en boutique pendant que sa pièce est traitée.

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L'Octo Finissimo Lee Ufan x BVLGARI dans son écrin © Bvlgari
L'Octo Finissimo Lee Ufan x BVLGARI dans son écrin © Bvlgari 

Si vous deviez choisir un modèle 2025 chez Bvlgari, Hublot, TAG Heuer et Zenith ? 

Chez Hublot, j’opterais pour la Big Bang des 20 ans, parce que c’est une évolution astucieuse de la Hublot originale, qui reste pour moi l’une des deux ou trois icônes nées au XXIe siècle, une pièce fascinante à posséder. Du côté de Zenith, je trouve la Defy Skyline extrêmement contemporaine et réussie ; elle témoigne de la maîtrise de la maison en matière de mouvements. Son design, antérieur à celui de la plupart des montres de sport, remonte aux années 1960. Il ne doit rien à Gerald Genta, ce qui rend la pièce d’autant plus intéressante. Mon autre choix serait la Chronomaster Sport Météorite, à propos de laquelle j’ai lu des articles qui, vu son cadran, la présentent comme une alternative à la Daytona. Elle l’est sans aucun doute, mais en version plus contemporaine, avec le cadran météorite qui lui confère une valeur intrinsèque supplémentaire. Sans oublier le calibre El Primero qui, d’ailleurs, équipait la Daytona par le passé. Quant à TAG Heuer, je choisirais le chronographe Monaco Rattrapante. La collection évolue de manière remarquable, conservant un fort ancrage vintage lié à la montre légendaire, tout en offrant une vision d’avenir à travers des déclinaisons très contemporaines et des mouvements sophistiqués, le tout habillé de façon inattendue. 

Où en sont les projets d’industrialisation de calibres que vous aviez évoqués en début d’année, durant la LVMH Watch Week ? 

Le projet avance et nous adoptons une approche pragmatique quant aux bénéfices que peuvent retirer les marques en utilisant des mouvements du groupe. Cependant, les calibres exceptionnels doivent rester la propriété de chaque marque. Aujourd’hui, Hublot est déjà un client important de Zenith, et elle le deviendra encore davantage, par exemple avec le calibre Elite. Zenith possède une expertise considérable dans la conception de mouvements et de composants, que nous allons mettre davantage à profit. L’Unico de Hublot est un mouvement tout à fait original, que l’on pourrait imaginer équiper l’Octo Roma, et le Piccolissimo Solo Tempo automatique de Bvlgari s’avérerait très pertinent pour certains modèles du groupe. Notre philosophie est claire : renforcer la valeur de nos montres dans l’intérêt du client.

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Mouvement de l’Octo Finissimo © Bvlgari
Mouvement de l’Octo Finissimo © Bvlgari 
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