Les murs tombent. C’est un fait. La propension des artisans du marketing et du web à classer toute création contemporaine dans des menus déroulants n’a plus beaucoup de sens. Certaines marques, comme Zenith, ont été parmi les premières à briser la distinction entre montre homme et femme. Le choix n’est pas que pragmatique. Il est profondément politique. Avouons-le : philosophique. Quelle est la légitimité d’un être humain, fut-il CEO, pour imposer à ses semblables des archétypes genrés ?
Le constat sonne aujourd’hui comme une évidence. Nous en voulons pour preuve qu’avec le retour des montres vintage, une écrasante majorité d’hommes collectionneurs porte des montres de 38 à 39 mm. Que les mêmes marques qui les fabriquent aujourd’hui classaient toutes en « montre dame » il y a 25 ans !
Lame de fond
Espérons qu’il ne s’agisse pas là d’un phénomène isolé, mais d’un mouvement de fond. Car au-delà des montres genrées, il peut en aller de toutes les catégories usuelles du lexique horloger. À commencer par les montres classiques, traditionnelles, ou sportives. Et l’exemple de la nouvelle Overseas de Vacheron Constantin l’illustre. La pièce vacille d’une catégorie à une autre, parce qu’elle les recouvre toutes. Par sa collection, Overseas, c’est une montre sport-chic. Par sa complication, une montre traditionnelle. Mais Traditionnelle, c’est aussi, chez Vacheron Constantin, une autre collection. L’appellerait-on Classique ? Qui n’est autre qu’une collection...Breguet ?
Si la solution ne s’impose pas d’elle-même, c’est que le problème est mal posé. L’Overseas Quantième Perpétuel Ultra-Plate le montre et le démontre. Avec ses 41,5 mm, la pièce en impose plus que les canons féminins habituels, mais avec à peine 8 mm d’épaisseur, elle peut aisément convenir à tous les poignets. Avec ses deux nouveaux cadrans (or rose avec cadran doré, or blanc avec cadran bordeaux), la confusion des genres est assumée : il n’y a pas, par nature, de couleur pour hommes, ni de couleur pour femmes. Juste des combinaisons plus ou moins heureuses. Celles proposées ici par Vacheron Constantin sont simples et efficaces, car universelles. C’est précisément ce que l’on demande à une montre conçue pour traverser les cultures et les océans - ne s’appelle-t-elle pas...Overseas ?
Du bon usage d’un QP
On pourra objecter en dernier lieu que le calendrier perpétuel, ou QP, n’est pas adapté à la montre de voyage. Il sera délicat de répliquer. Le perpétuel n’aime rien moins que l’absence de changement - c’est même son essence. Par conséquent, passer son temps libre à sauter d’un jour à l’autre, d’un fuseau à l’autre, d’une date à l’autre, semble difficilement compatible avec cette délicate mécanique conçue pour cheminer sans accro jusqu’en 2100. Mais l’objection n’est que de surface : si l’Overseas n’avait pas son QP, combien de collectionneurs l’auraient réclamé ?
Un nombre insaisissable, en réalité, car le « client type » n’existe pas. Pas plus que ses besoins, qui sont tout, sauf rationnels. L’essence même du client est de vouloir tout...et son contraire. Ainsi, il y a bientôt 20 ans, Blancpain introduisait une montre de plongée (la Fifty Fathoms) dotée d’un tourbillon. Les puristes ont poussé des cris d’orfraie envers le contresens technique. Aujourd’hui, elle se négocie à prix d’or. Même chose pour le spiral en silicium, passé dans les usages. Devons-nous parler du quantième éternel d’IWC, valable pour 45 millions d’années, qui n’a proprement aucun sens pour l’humanité, mais qui fut loué à la hauteur de sa prouesse technique ?
Ces débats sont bien évidemment stériles. Rendons donc hommage à l’Overseas Quantième Perpétuel Ultra-Plate non pas pour ce qu’elle représente (un style, un sexe, en genre, une époque, un goût), mais pour ce qu’elle est : l’un des plus beaux QP de la haute horlogerie contemporaine.