Durant les 55 années qui séparent ces deux montres, la technologie a évolué de manière foudroyante et TAG Heuer a intégré la manufacture de la totalité de ses mouvements. On peut se demander si, dans ce cas, la réédition ne serait pas plus «authentique» que l’originale de 1968. Gageons que ce banc d’essai puisse y répondre.
L'habillage
La collection Carrera a été lancée en 1964 par Edouard Heuer. Relancée dans les années 1990 après un long sommeil, la collection n’a depuis plus quitté le catalogue de la marque. Mieux, elle en est devenue le fer de lance. Le boîtier est donc connu et maîtrisé. La Skipper reprend les 39mm de diamètre des modèles originels et arbore les arêtes vives des cornes emblématiques de la collection. Le boîtier est aujourd’hui équipé d’une somptueuse glass box en saphir qui, en plus de la lisibilité et de la résistance offerte par ce matériau, confère une élégance certaine à l’ensemble. Le cadran s’approprie quant à lui fidèlement l’aspect et les couleurs de l’original, bien qu’on y trouve en plus une petite seconde et une date à 6h. Seul le «0» du compteur des minutes a été remplacé par un «15». Précisément sur ce compteur dont la graduation inversée en fait la spécificité: elle est dédiée aux courses en mer et aux régates. Les navigateurs devant franchir la ligne de départ à partir d’une heure précise, le compte à rebours de la graduation leur permet d’anticiper les manœuvres précédant le départ pour franchir la ligne au plus près de l’heure fixée. Les graduations des compteurs sont passées du blanc au noir. Une «infidélité» qui apporte un gain de lisibilité évident. Il en est de même pour les aiguilles bâtons des heures et des minutes qui ont gagné en largeur et sont désormais finement ajourées. Enfin, le boîtier est désormais équipé d’un fond saphir et son étanchéité a été portée à 100m, ce qui n’est pas anodin pour un modèle baptisé Skipper !
Le mouvement
Le tout nouveau calibre TH20-06 est une version améliorée du calibre TH02. Les fonctions sont orchestrées par une roue à colonnes et la masse oscillante est désormais bidirectionnelle. Malgré sa fréquence de 4Hz (2,5Hz pour le modèle 1968), le mouvement développe une confortable réserve de marche de 80 heures. Pour cette Skipper, il affiche un compteur 15 min afin de correspondre à l’original et de respecter la fonction dédiée à cette montre. La base TH20 sera, dans le reste de la gamme, disponible avec un compteur 30min plus conventionnel. Techniquement, ce mouvement a déjà fait ses preuves en termes de chronométrie et de fiabilité. Les modifications qui y ont été apportées ne peuvent qu’en améliorer les performances. Esthétiquement, ce nouveau calibre est une réussite. Il rassure par son aspect robuste et sportif et ne manque pas d’élégance et d’un certain raffinement.
Les tests
Le diamètre du boîtier et le bracelet synthétique sur boucle déployante contribuent à l’excellent confort au porté de la Skipper. Le bracelet résiste à l’eau, s’entretient facilement et respecte l’esthétique et le design originel. Malgré le patchwork coloré du cadran, la lisibilité est surprenante de clarté quelle que soit la position des aguilles. Côté technique, les commandes du chronographe sont franches et vives. Nos mesures de réserve de marche ont toutes excédé les 80h annoncées par TAG Heuer et la chronométrie, comme en atteste notre tableau, se révèle simplement exemplaire!
Soyons honnêtes, l’histoire horlogère est parsemée de rééditions souvent douteuses, égarant parfois toute leur substance. Pour répondre à l’interrogation de notre introduction, la Skipper n’appartient définitivement pas à cette catégorie. Son étanchéité, sa glass box, la décalque noire des compteurs ou les aiguilles redessinées sont des améliorations qui s’inscrivent parfaitement dans la vocation et l’essence du modèle de 1968. Il en va de même pour la motorisation de cette nouvelle Skipper. Calibre manufacture, automatique (bidirectionnel), roue à colonnes, affichage de la date et de la petite seconde: un lot considérable d’améliorations dans le respect absolu de l’original. Il est plaisant de voir les efforts de TAG Heuer afin de se concentrer sur ses fondamentaux historiques (les chronographes, la précision, la fiabilité) pour atteindre la maturité de cette Skipper qui marque peut-être déjà un nouveau jalon dans l’épopée de la marque.