Inventé en 1816, le chronographe a un peu plus de deux siècles. 207 ans précisément, et toujours autant de collectionneurs, de modèles phares, de calibres mythiques. Pourquoi ? Parce qu’il s’adapte à son temps. À sa naissance, il était presque exclusivement professionnel : Breitling mesurait les courses de vélos, Longines les distances par télémètre, Tissot les rythmes cardiaques, pour caricaturer à grands traits. Au mitan du XXe siècle, les attentes du public changent. Le chronographe aussi. Difficile de dire quel mouvement entraîne l’autre, mais quelques marques et modèles emblématiques ancrent le chronographe dans une nouvelle dimension. La Breitling Premier (1943) porte bien son nom, posant les fondations d’un chronographe toujours technique et précis, mais plus habillé, plus urbain. Ce ne sera pas la seule, avec notamment des modèles signés Universal (Tri-Compax, 1943), Angelus (Chrono-Datolux, 1948), Eberhard & Co. (Contodat, 1957). Pour toutes ces pièces, et les milliers d’autres qui allaient suivre, on invente une nouvelle catégorie: le sport-chic. Un classement quelque peu fourre-tout qui, aujourd’hui, commence à sérieusement dater, avec 80 ans au compteur. Quels sont actuellement les nouveaux visages du chronographe?
Le chronographe horloger : le clan des puristes
Le collectionneur averti recherche l’essence du chronographe, autant sur sa partie technique que sur son esthétique originelle et telle qu’elle a pu évoluer selon des canons bien maîtrisés. En ces terres, point d’extravagance, mais la révérence à un patrimoine horloger qui a su préserver son âme. Le chronographe signe son appartenance à une communauté savante, férue de belle mécanique. Parmi les pièces de choix: les éditions Minerva telles que ponctuellement rééditées par Montblanc, les derniers chronographes Angelus et Patek Philippe, la modernité d’un Chronor signé Parmigiani, la technicité d’une Odysseus d’A. Lange & Söhne.
Le chronographe lifestyle : l'esprit chrono avant tout
Sa fonction chronométrique première a cédé le pas à l’esprit qu’il incarne. Son propriétaire se projette dans une époque, un style de vie, une manière d’être. On pense ici au gentleman driver qui s’entiche de la nouvelle TAG Heuer Carrera ou de la Vintage Rally de Frédérique Constant, voire à la loupe d’orme de la collection Automotive de Ralph Lauren. Autre témoin d’une ère phare du design horloger : le modèle Sixties de Glashütte Original, furieusement rétro.

Le chronographe ultramoderne : 100% disruptif
C’est un chronographe de rupture. Il assume sa différence de l’héritage horloger : le passé est le passé, allons de l’avant ! Ce chronographe offre quelque chose de nouveau à l’homme du XXIe siècle. C’est une pièce d’avant-garde. Parmi les modèles de prédilection: la très complexe Sequential de MB&F, le double chrono DICE de Cyrus, la Track1 de Singer Reimagined et la Streamliner de H. Moser & Cie. avec affichage central, ou encore l’hyper horlogerie Roger Dubuis inspirée des bolides Lamborghini.

Le chronographe conquérant : tout pour le statut
Il traduit la conquête, l’ambition et sa réussite associée. C’est le chronographe statutaire par excellence, porté aussi bien pour la complication elle-même que pour les valeurs de la marque qui y appose sa signature. Il s’impose de lui-même, comme le Cosmograph Daytona de Rolex ou la Royal Oak d’Audemars Piguet. La pure talking piece.

Le chronographe passion : l'instrument d'excellence
Certains chronographes voient leur histoire associée à une discipline à laquelle le propriétaire voue sa passion. Ce que porte ce collectionneur traduit, sans le dire, ce qui fait battre son cœur : la Breitling Navitimer, la BR 03-94 de Bell & Ross et la Zenith Pilot pour l’aviation, la RM 70-01 Prost pour le vélo, l’Omega Moonwatch pour la conquête de l’espace, une Hublot Big Bang e «UEFA» pour le football, parmi d’autres.

Le chronographe de ville : montre d'abord, chronographe ensuite
Ici, le chronographe est une complication additionnelle et qui doit le rester. Dans cette perspective, l’esthétique de la montre prime, le chronographe doit s’y plier. Il doit se fondre dans le cadran, dans la boîte, apporter une note sportive mais derrière celle de l’élégance. On pense ici à la dernière H08 Chronographe de Hermès ou à la Reverso Chronographe de Jaeger-LeCoultre dont la complication peut même s’occulter, ou encore à l’Octo Finissimo Chronographe de Bulgari, où seuls comptent l’architecture ultraplate et le design à la romaine, dans lesquels le chronographe se coule.
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