Les six pièces maîtresses de Blancpain et la rébellion mécanique des années 1980

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Au plus fort de la crise du quartz, Blancpain a tout misé sur l’horlogerie mécanique. Le résultat, six complications élégantes de 34 mm, a contribué à redéfinir l’avenir de la haute horlogerie.

Les historiens de l’horlogerie de luxe évoquent souvent la crise du quartz des années 1970, période durant laquelle l’arrivée de montres-bracelets japonaises à pile, peu coûteuses, a fortement ébranlé l’industrie mécanique suisse. Si cette crise est généralement associée aux années 70, le début des années 80 s’est révélé, à certains égards, encore plus difficile. À cette époque, personne ne semblait vraiment savoir comment le secteur pourrait se relever.

Ou presque.

Jacques Piguet, fabricant de mouvements, et Jean-Claude Biver, spécialiste du marketing et des ventes, ne partageaient pas le pessimisme général. En 1981, ils décidèrent d’acquérir la prestigieuse marque suisse Blancpain. Fondée en 1735 dans le village de Villeret, la maison traversait alors une période délicate depuis plusieurs années. Profitant de cette opportunité, les deux entrepreneurs rachetèrent la marque pour une somme estimée à environ 16 000 dollars, avec l’ambition de concrétiser une vision résumée par une phrase devenue célèbre : « Depuis 1735, il n’y a jamais eu de montre Blancpain à quartz. Et il n’y en aura jamais. »

Pour les sceptiques, convaincus que l’avenir appartenait au quartz, cette stratégie paraissait irréaliste. Pourtant, Piguet et Biver restèrent déterminés. Selon Jeff Kingston, collectionneur, expert horloger et consultant indépendant pour Blancpain, la marque défendait l’idée qu’une montre mécanique et une montre à quartz relevaient de deux univers totalement distincts. Les montres mécaniques incarnaient la tradition, le savoir-faire artisanal et la qualité des finitions. Elles représentaient des objets chargés d’émotion et de romantisme, des qualités qu’une montre à quartz ne pourrait jamais offrir.

Montres Ultraplate & Calendrier Perpétuel © Blancpain

En 1983, Blancpain réaffirme son attachement à l’horlogerie mécanique en lançant le Calendrier Complet Phase de Lune, une montre élégante de 34 mm proposée dans des boîtiers en or et en platine. Selon Jeff Kingston, cette création représente un lancement marquant pour la marque et un moment important pour l’ensemble de l’industrie horlogère. Elle démontrait en effet que l’horlogerie traditionnelle, avec son savoir-faire, ses finitions soignées et sa dimension émotionnelle et romantique, restait essentielle et précieuse pour les amateurs de montres.

À la fin des années 1980, la Phase de Lune fut rejointe par cinq autres montres-bracelets à complications, toutes présentées dans des boîtiers de 34 mm en métal précieux : l’Ultra-Plate en 1984, le Calendrier Perpétuel en 1986, la Répétition Minutes en 1988, le Chronographe ainsi que le Chronographe à Rattrapante en 1988 et 1989, et enfin le Tourbillon Volant en 1989. Ensemble, ces modèles constituent ce que les collectionneurs appellent aujourd’hui les célèbres « six chefs-d’œuvre » de Blancpain.

Pour le collectionneur Andrea Casalegno (@iamcasa), ces montres représentent bien plus que des prouesses techniques : elles symbolisent à la fois un exemple remarquable de haute horlogerie, la renaissance d’une maison historique et le début d’une nouvelle dynamique entrepreneuriale dans l’industrie, tout en affirmant une forte identité esthétique.

Montres Split-Seconds Chronograph & Phases de Lune © Blancpain

Aujourd’hui, alors que l’intérêt pour les montres des années 1980 et 1990, souvent qualifiées de « néo-vintage », ne cesse de croître, les six montres compliquées de Blancpain séduisent une nouvelle génération de collectionneurs. C’est ce qu’explique Tim Green, directeur commercial de Subdial, une plateforme londonienne spécialisée dans le commerce de montres de collection.

« Le néo-vintage devient progressivement une catégorie particulièrement intéressante et recherchée dans notre offre », explique Green. « Les collectionneurs semblent de plus en plus attirés par ces montres des années 80, 90 et du début des années 2000, produites en très petites séries et marquées par une grande créativité ainsi qu’une véritable passion pour l’horlogerie. Les Blancpain figurent clairement parmi les plus remarquables, notamment l’ensemble des “six pièces maîtresses”. J’ai eu la chance de manipuler chacune d’elles, du tourbillon au chronographe à rattrapante en passant par la répétition minutes. Je porte actuellement le chronographe référence 1185 avec cadran bleu : c’est une montre extrêmement rare, mais qui reste très discrète. Toutes ces pièces sont de petite taille, parfaitement équilibrées et réalisées avec une grande maîtrise. »

Si cette collection est restée si marquante, c’est aussi parce qu’elle est apparue presque de manière inattendue. Bien que Blancpain ait eu le savoir-faire et l’héritage nécessaires pour produire des montres compliquées, la marque était surtout associée aux montres sportives depuis le lancement en 1953 de sa célèbre montre de plongée, la Fifty Fathoms.

« La popularité de la Fifty Fathoms a fini par faire oublier ce que Blancpain avait accompli et ce que représentait réellement la marque », explique Kingston. « La marque ne s’est pourtant jamais éloignée de l’univers des complications, mais cet aspect de son identité a longtemps été éclipsé par la Fifty Fathoms. »

La Répétition Minutes lancée en 1988 en est un bon exemple : elle obligea les amateurs d’horlogerie à porter un nouveau regard sur la marque. « C’était la plus petite répétition minutes jamais produite », précise Kingston. « Environ un an plus tard, Blancpain a même présenté une répétition minutes associée à un calendrier perpétuel dans un boîtier de 34 mm. »

Green abonde dans ce sens : « Je me souviens qu’A. Lange & Söhne avait présenté la Richard Lange en 39 mm et insistait sur la difficulté d’intégrer une répétition minutes dans un boîtier en platine de cette taille », raconte-t-il. « Et je me disais : Blancpain avait déjà réussi cela trente ans auparavant, et les gens oublient à quel point cette prouesse était, et reste, impressionnante. »

Les chronographes, le modèle à embrayage vertical (réf. 1185) et sa version à rattrapante (réf. 1186), étaient tout aussi remarquables. « Le chronographe à embrayage vertical 1185 a été fourni à plusieurs grandes maisons telles qu’Audemars Piguet, Breguet, Vacheron Constantin, Cartier ou encore Chopard », explique Kingston. « Il est ainsi devenu le chronographe de référence pour de nombreuses manufactures horlogères suisses. »

Montres Tourbillon & Répétition Minutes © Blancpain

À une époque où le tourbillon restait une complication particulièrement rare, Blancpain réalisa une avancée majeure. La marque collabora avec l’horloger Vincent Calabrese pour développer non seulement le premier tourbillon volant intégré à une montre-bracelet, mais également le tourbillon volant le plus fin jamais réalisé.

« Les six chefs-d’œuvre, tous réalisés en platine, étaient proposés sous forme d’ensemble », explique Kingston. « Pour les acquérir, il fallait acheter un coffret de présentation complet. Puis, pour aller encore plus loin, Blancpain a dévoilé en 1991 la 1735 Grande Complication, une montre réunissant dans une seule pièce toutes les complications des six chefs-d’œuvre. La 1735 associait un calendrier perpétuel, un chronographe à rattrapante, un tourbillon volant et une répétition minutes, tout en restant, malgré cette complexité, remarquablement fine. »

Pour les collectionneurs de montres néo-vintage, l’attrait principal réside peut-être dans le fait que ces six chefs-d’œuvre circulent encore discrètement sur le marché secondaire, attendant d’être redécouverts. « On peut par exemple trouver un tourbillon volant en platine autour de 16 000 livres », souligne Green. « Essayez de dénicher un autre tourbillon volant en platine qui ne soit pas fabriqué en Chine : le rapport valeur est tout simplement incroyable. »

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