Au cœur des vallées jurassiennes, Louis-Joseph Baume crée un comptoir horloger en 1830 au Bois, dans le canton de Berne. Ses fils, Louis-Victor et Célestin produisent des montres-gousset, fidèles à la devise de leur père, «Ne fabriquer que des montres de la plus haute qualité». Ils introduisent des calibres Lépine dans la plupart de leurs montres – parmi les premiers horlogers à les intégrer et à les démocratiser dans le Jura Suisse. La construction Lépine (qui se trouve aujourd'hui dans la plupart des montres mécaniques) leur permet de réaliser des montres deux à trois fois plus fines. En 1892, le chronomètre de poche avec échappement à détente de poche des frères Baume décroche le meilleur score de précision (91,9/100) de l’observatoire de Kew. Cette prouesse restera inégalée pendant 10 ans. A l'époque, la maison est par ailleurs très présente dans l’Empire britannique, à Londres, Bombay ou Melbourne.
Par ailleurs, anecdote significative, la tradition de « gift watch », qui reste toujours importante aujourd’hui pour la marque, s’ancre déjà dans l’histoire familiale. En 1869, Louis-Victor Baume offre une montre à sa fille cadette, Melina, un présent qui est une belle façon de «cultiver un riche échange émotionnel entre l’horloger et le porteur », souligne le service Patrimoine de la maison.
L’heureuse association d’un esthète et d’un horloger (années 1920-1940)
Paul Mercier rencontre William Baume en 1912. Ils s’entendent et se complètent à merveille, fondant Baume & Mercier en 1920. La révolution est lancée, combinant la sensibilité artistique de l’un avec l’inventivité horlogère de l’autre. Montres-bijoux haute fantaisie pour femmes, qui souhaitent porter du style au quotidien, et montres extra-plates pour hommes s’imposent. Le ton du style de la maison est donné! L’approche d’esthète de Paul Mercier impose la maison en matière d’horlogerie féminine. Elle se présente dès lors comme spécialisée en «Fantaisie pour dames. Montres plates et extra-plates pour hommes». L’offre comprend de nombreuses pièces serties, de différentes formes – également chez les hommes, avec par exemple un chronographe dans une montre carrée, même si les montres masculines restent plus traditionnelles.
Une Marquise et des chronos (années 1940-60)
En 1937 et jusqu’à 1968, Ernesto Ponti – bijoutier et consul d’Italie à Genève – et Constantin de Gorsky prennent la tête de la maison. de Gorsky, Président et amateur d’art, jouera un rôle important dans son développement. La Marquise, dévoilée en 1946, incarne l’équilibre parfait souhaité par Paul Mercier et William Baume entre style et de l’expertise horlogère. Cette montre-bijou mise sur un bracelet articulé aux extrémités, un design innovant (en version sertie ou avec cadran ajouré), et est équipée d’un calibre Lépine ou savonnette. Succès commercial, il s’agit de la montre féminine la plus vendue de la marque jusque dans les années 1960. La maison continue à produire des montres aux formes variées, dès lors de tendance Art Déco.
Quant aux montres pour hommes, les chronographes élégants deviennent très demandés : après le rachat de C. H Meylan Watch SA Meylan en 1952, la manufacture passe de 8 à 40 employés. Elle augmente sa production d’instruments des intervalles de temps courts – à l’image du chronographe calendrier complet «Cornes de vaches» (photo de couverture)
Les seventies : entre mouvement à diapason et design iconique
En 1964, Piaget rachète Baume & Mercier, associant important réseau de distribution et puissance industrielle. Dès lors, le Phi grec s’impose comme logo, reflet de la proportion, de la pureté, de l'équilibre, et d’une esthétique rigoureuse. Les collections Symbol, de 1967 aux années 1990, incarnent ce design. Baume & Mercier se positionne dans l’exploration de formes variées, très créatives, sur les montres féminines. Ainsi, les modèles Galaxie et Stardust, avec un cadran d’onyx et un sertissage de diamants.
Les modèles masculins se mettent en quête de précision. La Tronosonic (1971) adopte le mouvement à diapason, pré-automatique, avant même que le quartz explose. En 1973, la Riviera, dessinée par Jean-Claude Gueit surprend et prouve l’esprit novateur de la maison: acier sport-chic, lunette dodécagonale, elle devance la Royal Oak et la Nautilus.
Diversité des formes: Linea, Catwalk, Capeland
Racheté par Cartier en 1988, tout comme Piaget, Baume & Mercier conserve son identité créative: la Hampton, bijou rectangulaire inspiré des années 1930-60, devient un classique. La Linéa séduit avec son boîtier rond épuré et ses bracelets interchangeables. Le Catwalk catalyse une montre-bracelet féminine-manchette. Et la Capeland incarne l’esprit voyageur, chronographe et GMT, liant élégance et aventure. En 1998, les trois marques intègrent le groupe Vendôme du groupe Richemont.
Renaissances modernes: Classima, Clifton et Baumatic
Dans les années 2000, la créativité de la maison est incarnée par le Studio Design, avec Alexandre Peraldi à sa tête. Celui-ci pense le design de pièces emblématiques à travers la notion de ratio du nombre d'or, véhiculée par la notion d’équilibre symbolisé par le Phi.
La maison revient à ses classiques: Classima (1996) devient Executive en 2004, affinée, 42 mm, automatique ou quartz. En 2013, Clifton incarne l’élégance urbaine, inspirée des gentlemen des années 1950. En 2018, le calibre Baumatic, technique et fiable, révolutionne la mécanique maison: anti-magnétique (1 500 Gauss), 120 heures de réserve de marche et 8 ans de garantie.
Entre pépites vintage et collections contemporaines, Baume & Mercier écrit son histoire, placée sous le sceau de sa devise fondatrice, «Ne fabriquer que des montres de la plus haute qualité», et de l'alliance historique de la créativité et de l’expertise technique.
Illustration de couverture : Chronographe Calendrier Perpétuel Baume & Mercier avec « Cornes de vaches ».