Depuis ses débuts l’année dernière avec la collection Le Temps en Équilibre, Akhor explore ce qui constitue sa signature : un disque supérieur qui semble léviter au centre du cadran, tandis que les aiguilles tournent autour d'un axe central. Avec sa nouvelle déclinaison À Deux Mesures, la maison pousse le concept un cran plus loin. Le cadran devient un jeu à deux niveaux : un disque inférieur et un disque supérieur, deux couleurs, deux finitions, que le client compose à sa guise. « Akhor ne décline pas. Akhor compose », résume la Maison. Mais derrière cette liberté affichée se cache une architecture extrêmement rigoureuse. Décryptage.
L'enjeu paraît simple sur le papier : donner l'impression qu'un disque flotte. Dans les faits, il s'agit de réconcilier deux exigences qui se contredisent. « La difficulté principale réside dans l'équilibre entre esthétique, légèreté visuelle et contraintes mécaniques extrêmement strictes », explique Riccardo Monfardino. « Il fallait garantir une parfaite stabilité et une précision de lecture irréprochable, tout en donnant l'impression que le disque flotte librement dans l'espace. » Le diable se loge dans l'infiniment petit. « Chaque micron compte, non pas seulement pour la précision de marche, mais pour l'impression que le disque crée. Un écart infime dans l'alignement, une variation de masse imperceptible, et l'illusion s'effondre. » Tenir simultanément ces deux impératifs aura demandé deux ans et demi de développement. C'est aussi de là qu'est née la devise maison : bien ou rien.
Comment le disque tient-il en l'air ? « Le disque supérieur se fixe sur l'axe du mécanisme grâce à un système que nous avons créé et breveté », détaille le COO. Un système qui « laisse tous les éléments libres, chacun tournant indépendamment. » Toute l'astuce tient dans ce qui ne se voit pas. « Cette sensation de lévitation est le résultat d'une architecture entièrement intégrée dans le cœur du mouvement, pensée pour disparaître à la vue. Ce qu'on voit, ou plutôt ce qu'on ne voit pas, a nécessité autant de travail que ce qui est visible. » Et Riccardo Monfardino glisse une indication qui en dit long sur les ambitions de la Maison : « À l'avenir, nous pourrions même faire tourner le disque suspendu. » Il semblerait que le disque flottant d’Akhor n’ait pas encore livré tous ses secrets.
4,08 mm seulement sépare la platine du disque supérieur. « Cet espace a été défini avec une précision extrêmement fine, car quelques dixièmes de millimètre suffisent à modifier complètement la perception visuelle de la pièce », précise Riccardo Monfardino. Cette contrainte a directement dicté l'architecture de la boîte coussin de 39 mm qui affiche 11 mm d'épaisseur. « Nous ne voulions ni d'un boîtier trop épais, qui aurait alourdi la pièce, ni d'une construction trop plate, qui aurait réduit l'effet de lévitation du disque. » Le format coussin s'est imposé naturellement en offrant assez d'espace pour exprimer cette tridimensionnalité, tout en conservant des proportions raffinées au poignet.
Cette architecture exige davantage du mouvement, et mobilise plus d'énergie qu'il n'y paraît. « Un système de disque de cette nature impose davantage de contraintes énergétiques qu'une architecture traditionnelle », reconnaît le COO. « Le défi n'était pas seulement de faire fonctionner le mécanisme, mais de préserver à la fois la stabilité chronométrique, la fluidité d'affichage et l'autonomie du mouvement sur la durée. » La règle a été fixée dès le départ : le disque ne devait rien coûter à la précision. Tout le travail d'optimisation en a découlé : réduction des frictions, allègement ciblé de certains composants, amélioration de la transmission d'énergie à chaque étage du mouvement. Résultat : le calibre AK10 conserve une réserve de marche de 60 heures et décroche la certification COSC, doublé du Poinçon de Genève. Un mouvement à remontage manuel de 117 composants équipé d'un balancier-spiral à masselottes et d'une fonction stop-seconde.
Au-delà de l'énergie, l'architecture devait résister au porté quotidien. « Durant les différentes phases de développement, nous avons accordé une attention particulière à la stabilité du système face aux mouvements du poignet, aux variations de position et aux micro-chocs de la vie quotidienne », indique Riccardo Monfardino. Une vigilance cruciale dès lors que la moindre dérive d'alignement ruinerait l'effet recherché.
Quant au motif nid d'abeilles, sa réalisation est tout sauf anodine. « Ce décor est réalisé à travers un procédé de guillochage et de finition extrêmement minutieux », explique le COO en détaillant les étapes successives : usinage des cadrans en plusieurs pièces, décoration des fonds, traitement galvanique, puis laquage final. « Chaque disque est travaillé individuellement afin d'obtenir une profondeur, une régularité et une réflexion de lumière parfaitement homogènes. » La complexité géométrique du motif exige une précision extrême tant dans l'exécution technique que dans les finitions.
L'introduction du sertissage soulève une difficulté supplémentaire en bousculant l'équilibre du système. « Le sertissage influence naturellement l'équilibre général du disque, car chaque ajout de matière et chaque pierre ont un impact direct sur la répartition des masses et l'inertie du système », souligne Riccardo Monfardino. Sur les versions pavées, le travail consiste à produire un rendu esthétique harmonieux mais également à préserver un équilibre mécanique extrêmement précis, garant de la stabilité, de la fluidité de rotation et des performances chronométriques.
Le disque offre également la possibilité d’explorer différents matériaux. Interrogé sur l'avenir, le COO évoque le saphir, la céramique, l'émail ou encore certaines pierres dures. « Chacun apporte une relation différente à la lumière, à la profondeur et à la perception du mouvement. » Mais le choix n'est jamais purement esthétique : « Chaque matériau modifie également les contraintes mécaniques, le poids, l'équilibre et la manière dont le disque "vit" dans l'espace. » De quoi laisser entrevoir, à terme, un disque transparent qui amplifierait encore l'effet de lévitation ?
Conçu comme une plateforme évolutive, le calibre AK10 a été pensé dès l'origine pour accueillir phases de lune, grande date, tourbillon et indication jour/nuit. Reste à les faire cohabiter avec le disque sans trahir l'épure. « L'enjeu principal est justement de faire dialoguer ces complications avec l'architecture tridimensionnelle de la pièce, sans perturber la pureté et la sensation de légèreté qui caractérisent le concept Akhor », résume Riccardo Monfardino. Le tourbillon, en particulier, cristallise les attentes. « Il partage avec le disque cette idée de mouvement en suspension et de spectacle mécanique », note le COO sans en cacher la difficulté : préserver l'harmonie visuelle, la stabilité mécanique et l'illusion de lévitation tout en intégrant une complication par nature très expressive.
Ce fameux disque flottant est né de la rencontre de plusieurs expertises. Côté design, Laurent Davoli, passé par Piaget, Cartier et enseignant à la HEAD, a dû apprivoiser un support inédit. « Le disque n'est pas simplement un élément décoratif ou un cadran classique : il devient un volume en mouvement, presque un objet suspendu dans l'espace, qui change constamment selon l'angle de lumière et la position du regard », explique Riccardo Monfardino. Toute la difficulté est de créer quelque chose de spectaculaire visuellement tout en conservant une grande sensation de légèreté. Chez Akhor « aucune décision esthétique n'est prise indépendamment des contraintes mécaniques, et inversement ».
Côté industrialisation, Riccardo Monfardino a joué « un rôle central dans la transformation du concept Akhor en une pièce techniquement réalisable et industrialisable à un niveau de haute horlogerie ». Matérialiser une architecture aussi complexe, avec des tolérances infimes et un niveau de finition élevé, supposait un partenaire de production d'exception : ce fut la manufacture Clamax, spécialiste de l'usinage de précision, dont le savoir-faire s'est révélé déterminant. Le tout coordonné avec Daniel Martinez, constructeur en charge du mouvement, et porté par la vision d'Anissa Bader, fondatrice et CEO de la maison. De cette alchimie est né un objet rare : une illusion qui fonctionne, un cadran qui se construit et qui, visiblement, n'a pas fini de surprendre.