Watches and Wonders transforme l’essai

Image
Watches and Wonders Geneva - Public days © Watches and Wonders
6 minutes read
L’édition 2025 a conquis les professionnels et le public

Il s’agissait plus de F1 et de football que de rugby dans les allées de Watches and Wonders, mais le ton était donné dès les deux premiers jours du salon genevois : cette édition 2025 foisonnait d’enthousiasme, parvenait à fédérer les égos et les marques de toutes tailles, s’avérait bien organisée, stimulait l’envie des visiteurs par des stands spectaculaires et des créations très variées autant que celle des 60 exposants dans un grand élan de communauté horlogère.

Pop Collection © H.Moser & Cie.
Endeavour Small Seconds Concept POP © H.Moser & Cie.

Les chiffres avant les lettres

Certes, l’annonce délirante des 31% de taxes sur les droits de douane américains visant la Suisse fut le seul bémol dans ce joyeux concert de garde-temps, mais sans parvenir à briser sa dynamique. Les organisateurs avaient fait le pari d’ouvrir le salon au public un jour de plus, le lundi, permettant une augmentation de 21% des billets vendus au public (23000 billets). La hausse concernait d’ailleurs toutes les catégories de visiteurs, dont les 6000 détaillants (+5%) et les 1600 journalistes (+7%), soit un total de 55'000 visiteurs (+12%). Un record pour Watches and Wonders, à mettre en perspective avec le record de Baselworld de 2014 qui en avait comptabilisé 150'000, avant de subir une érosion définitive. Mentionnons encore la portée du hashtag #watchesandwonders2025 estimée à plus de 700 millions à la fermeture (+17%).

Indéniable, le succès de Watches and Wonders profitait au plus modeste Time to Watches qui le juxtaposait tout en faisant partie intégrante de ce cocktail de diversité très réussi. Le salon de la Villa Sarasin réunissait 77 exposants (parfois micro-exposants) et 9500 visiteurs (+35%). Autre ingrédient déterminant de ce millésime 2025, la soirée In the City du jeudi permettant au public de découvrir les exposants par le biais de leurs boutiques un verre à la main, avec un parcours à la fois éducatif et ludique dans tout le centre-ville de Genève. 

Pour Cyrille Vigneron, président de la Watches and Wonders Geneva Foundation : « Watches and Wonders s’affirme, non seulement comme rendez-vous interprofessionnel incontournable, mais comme une plateforme d’expression pour les Maisons horlogères. Le Salon permet à chacune d’exprimer visuellement son univers propre, voir et porter des créations sublimes, et partager une passion commune. Media, médium et médiateur ». Suffisamment pour convaincre un grand absent tel que Breitling d’y adhérer ? Contacté, son CEO Georges Kern ne l’exclut pas du tout, mais pas avant le printemps 2027, pour autant qu’il puisse y associer également ses deux autres marques Universal Genève et Gallet, et que « toutes les conditions soient réunies ».

In the City © Watches and Wonders
In the City © Watches and Wonders

Tendances et marques incontournables

Malgré une conjoncture poussive depuis l’an passé, la puissance créatrice de l’horlogerie était palpable tant dans l’immense variété de ses acteurs que dans la force de proposition des montres exposées. Difficile dès lors de parler de tendances bien définies, mais au fil des présentations se dessinaient tout de même certaines convergences : sur les boîtiers, une réduction des tailles ; sur les cadrans, une appétence pour le squelette et l’émergence des pierres de couleur ; sur les grandes complications, une domination du quantième perpétuel.

Dès lors, comment se distinguer ? Rendons à César ce qui lui revient, en l’occurrence le géant à la couronne ne se distinguait pas seulement par son stand statutaire forgé dans le blanc et le vert, mais également par une nouvelle collection ayant nécessité 7 ans de R&D et le dépôt de 41 brevets : la Rolex Oyster Perpetual Land-Dweller à bracelet intégré, doté d’un nouveau mouvement battant pour la première fois à haute fréquence. 

Juste en face de ce stand, Patek Philippe s’imposait comme la marque ayant le mieux exploité la double exposition, à Palexpo et à « Watches and Wonders in the City ». Graal des collectionneurs du monde entier, Patek Philippe dévoilait une quinzaine de nouveautés très variées, dont une stupéfiante Quadruple Complication Référence 5308 (dont les 799 composants sont contenus dans un boîtier de 42mm !), mais également plus de 80 pièces de haut artisanat exposées dans ses salons de la rue du Rhône jusqu’au 26 avril sur le thème « Rare Handcrafts ».

Autre acteur incontournable de la haute horlogerie, Vacheron Constantin marquait indéniablement des points avec sa pièce Les Cabinotiers Solaria Ultra Grande Complication, dont les 41 complications l’érigeaient en montre bracelet la plus compliquée de l’industrie. Quoi de mieux pour souffler les 270 bougies de la plus ancienne manufacture du monde sans interruption d’activités et dignement fêté lors du salon ? 

Solaria Ultra Grande Complication – La Première © Vacheron Constantin
Les Cabinotiers Solaria Ultra Grande Complication © Vacheron Constantin

Parmi les nombreux anniversaires, une autre grande et belle manufacture célébrait ses 160 ans (sans discontinuité et toujours dans les mêmes murs) tout en créant une nouvelle collection et faisant revivre un mouvement de légende : Zenith présentait sa G.F.J (les initiales du fondateur George Favre-Jacot) équipée du célèbre calibre 135 à qui elle donnait une nouvelle jeunesse. 

G.F.J. © Zenith
G.F.J. © Zenith

Toujours dans le groupe LVMH, Bulgari faisait également partie des marques incontournables, à double titre : pour sa première participation à Watches and Wonders, la marque affichait un 10e record du monde de finesse avec son Octo Finissimo Ultra Tourbillon (1,85mm). Par ailleurs, elle annonçait que son CEO Jean-Christophe Babin prenait également les rênes de la division horlogère de LVMH. Sous sa houlette, TAG Heuer et son CEO Antoine Pin enfonçaient le clou de son grand retour en F1 et soulignaient que le spectacle devait faire partie de Watches and Wonders en exposant deux F1 de légende à l’entrée de son stand, et Hublot rappelait à l’occasion des 20 ans de la Big Bang que le rendez-vous genevois a toujours été synonyme de fiesta, son CEO Julien Tornare organisant la seule grande soirée people de la semaine à l’Arena en y accueillant plus de 700 invités. 

Très attendu également, le CEO de Jaeger-LeCoultre (auparavant à la tête de tout le groupe Richemont et encore auparavant déjà à ce poste) accordait ses toutes premières interviews (à commencer par GMT et WorldTempus) et prouvait que la Grande Maison du Sentier n’avait rien perdu de son savoir-faire horloger et en métiers d’art avec un véritable défilé de Reverso, impressionnant de diversité et de talent. Au sommet de la pyramide Richemont, Cartier poursuivait sa conquête des collectionneurs de montres avec le grand retour de sa Tank à guichet, unanimement saluée.

Octo Finissimo Ultra Tourbillon © Bulgari
Octo Finissimo Ultra Tourbillon (1,85mm) © Bulgari

Chez les indépendants, la couleur et les complications faisaient la différence. Ainsi, la céramique bleue de Chanel coïncidait de manière aussi heureuse que fortuite avec les 25 ans de sa J12. Les tonalités pastel de Parmigiani séduisaient autant que les multiples déclinaisons de fonctions de ses collections Tonda et Torric, à commencer par la pureté presque excessive de son QP. Parvenant sans cesse à se réinventer et à surprendre, H. Moser & Cie est sorti du lot avec les pierres ornementales de sa collection Pop, très gaie et pourtant parfois compliquée.

J12 BLEU © Chanel
J12 Bleu © Chanel

Gageons que cet élan de volontarisme et de passion permette à l’industrie horlogère de surmonter les nombreux obstacles conjoncturels qui se dressent de par le monde, et que les fans de belles montres y soient suffisamment sensibles pour continuer à se faire plaisir en s’offrant ces concentrés de créativité et d’ingéniosité.

Comment les dirigeants de ces marques ont vécu cette semaine horlogère et qu’en retiennent-ils de leur côté ? Découvrez-le dans notre article exclusif à paraître lundi.