Revisiter un mythe reste un exercice délicat et périlleux, sauf si la nouvelle version perpétue l'esprit du modèle original en y ajoutant de l'innovation, de l'exclusivité et un prix très aiguisé pour le marché.
WORLDTEMPUS – 7 décembre 2011
Louis Nardin
Le chronographe Speedmaster d'Omega appartient aux modèles légendaires de l'horlogerie contemporaine. Sélectionné au hasard dans un magasin de Houston en 1962, il résista à tous les tests imposés de la NASA. Retenu pour faire partie de l'équipement de base des astronautes américains, il sera la première montre portée sur la surface de la lune le 21 juillet 1969 au poignet de Buzz Aldrin. Le mythe venait de naître.
Depuis, la Speedmaster a toujours figuré au catalogue Omega et on ne compte plus les déclinaisons, éditions spéciales et autres séries limitées qui auront donné mille et un visages au modèle original. Ceci sans compter l'introduction progressive et laborieuse depuis 1999 du système d'échappement co-axial développé par le génial horloger autodidacte Georges Daniels, par ailleurs décédé cette année.
Contenu dense et aboutiCependant, ce printemps, Omega levait le voile sur une nouvelle Speedmaster. Reste que cette fois, l'exercice a largement dépassé la réinterprétation. Affichant un généreux diamètre de 44,25mm, la nouvelle version abrite le calibre 9'300 (9'301 dans sa version avec ponts en or rose), un mouvement chronographe intégré que l'on retrouve également dans la nouvelle Seamaster Planet Ocean.
Observée sous n'importe quel angle, cette Speedmaster deuxième génération dévoile un contenu dense et abouti. Mieux, elle est totalement en phase avec son époque. De quoi raviver l'Histoire.
Esthétiquement les codes sont maintenus avec un cadran noir et des aiguilles bâtons. Mais comme l'ordonnancement des indications a été modifié, le nombre de microcompteurs passe de 3 à 2. La forme de la boîte reste globalement similaire également. Mais encore une fois, vue de profil, elle présente une carrure métallique enserrant une cage de verre. En effet, glace et le fond en saphir sont chacun taillés en « glass box » ou verres «cheminée». Du coup, la masse oscillante semble flotter comme en apesanteur en dehors de la montre, révélant au passage les Côtes de Genève en arabesques (remarquables compte tenu du prix de vente) du calibre.

Le calibre 9'300 - ici dans les version 3'901 avec masse oscillante et pont de balancier en or - dispose d'un échappement co-axial avec spiral en silicium. © Omega
Techniquement, le calibre 9'300 tient de la machine optimale. Ayant nécessité 6 ans de recherche et développement, il offre la fonction chronographe et la date en plus des heures, minutes et secondes. Détail important: son confort d'utilisation a été étudié en profondeur. Les boutons poussoirs s'avèrent remarquablement agréables à l'usage par exemple, tandis que l'aiguille des heures peut être déplacée sans stopper la marche du calibre – idéal lorsqu'il s'agit de sauter quelques fuseaux horaires rapidement. Conçu ex-nihilo, il a été bâti autour de l'échappement co-axial doté d'un spiral en silicium garanti 4 ans.
Mais la force de cette nouveauté réside aussi et très certainement dans son positionnement commercial ainsi que dans l'infrastructure industrielle dont elle dépend. En effet, dans sa version la plus chère avec bracelet acier, la Speedmaster chronographe co-axial est vendue 7'900 francs taxes comprises. De quoi en faire l'un des chronographes avec calibre manufacture exclusif les plus avantageux du marché.
Côté industriel, une chaîne de production a été spécialement développée pour ce calibre. Située à Granges, elle est destinée à compléter l'offre commerciale en assurant la production. En procédant ainsi, Omega s'est mise à l'abri des habituels goulets d'étranglements pénalisant l'envol de certaines nouveautés. A voir désormais si la stratégie mise en place réussira à ravir à la concurrence quelques parts de marché si convoitées, avec Rolex comme principal challenger.

LA SÉLECTION 2011
Marque