Konrad Koch
Il abolit la gravité quand, avec son engin de voltige aérienne, il s'élève en vrille droit vers le ciel, décroche par la queue au zénith, bascule sur le dos, pique vers le sol, puis disparaît aux yeux de l'observateur après un quart de looping suivi d'une série de tonneaux. Max Vogelsang pilote en toute maîtrise le Votec 452 Propjet qu'il a lui-même construit. Avec des accélérations de plus ou moins 10 g, la force qui s'exerce sur l'appareil et le pilote est plus élevée que pour un F/A 18 des forces aériennes suisses. Pour protéger matériel et pilote, la version helvétique de ces chasseurs déconnecte l'électronique dès 7,5 g.
Pour supporter l'énorme sollicitation sans combinaison pressurisée, le pilote de voltige comprime et raidit la musculature des jambes et de l'abdomen en inspirant et expirant par saccades. C'est à ce prix qu'il évite que le sang contenu dans le cerveau ne descende dans les jambes, ce qui le conduirait d'abord à une perte de la vision des couleurs («greyout») puis à la perte de conscience.

LA F1 DES AIRS
Lorsque, à mi-février, Max Vogelsang a positionné le Propjet prêt à décoller sur l'aérodrome de Birrfeld en Argovie, des passagers inhabituels avaient pris place sur le siège du copilote: les montres mécaniques pour aviateurs Breguet Type 21, Breitling Navitimer, Bell & Ross Héritage et IWC Grosse Fliegeruhr. A bord, Max Vogelsang porte toujours au poignet gauche son chronomètre-tachymètre personnel, un chronographe automatique Hamilton Aviation. La marque du groupe Swatch sponsorise le pilote du Swiss Aerobatic Team Roland Primus, qui défend les couleurs de Hamilton dans la catégorie «Sportsmen» avec son Votec 322.

DES PILOTES ET DES MONTRES
L'histoire des montres pour aviateurs est née dans un esprit sportif mais non sans élégance. Noceur réputé, le Brésilien Alberto Santos-Dumont, qui vivait à Paris et s'était financé plus d'une dizaine d'aéroplanes grâce à la fortune héritée des plantations de son père, constata qu'il était ardu, pendant un vol, de consulter sa montre de poche tout en pilotant l'appareil. En 1904, il pria son ami horloger et joailler Louis Cartier de lui construire une montre qu'il pourrait porter au poignet. Une légende était née: la Santos-Dumont, qui figure toujours dans la collection Cartier. En 1906, Santos-Dumont homologua près de Paris le premier vol public en aéroplane d'Europe.

La plus grande des montres d'aviateurs de la manufacture schaffhousoise arbore un diamètre de 46,2 mm. Le calibre de manufacture à remontage automatique et affichage de la date dispose d'une réserve de marche de sept jours. En acier, à partir de 15'400 francs.
Mais ce premier vol en aéronef à moteur fut aussi le premier vol d'une montre d'aviateur. Les frères Wilbur et Orville Wright, eux, portaient durant leurs vols un chronomètre signé Vacheron & Constantin, Genève, fixé sur la cuisse à l'aide d'une lanière de cuir. Des pionniers comme Edmond Jaeger, horloger de la Marine française et cofondateur de Jaeger-LeCoultre, développèrent eux aussi une montre pour aviateur. A l'instar de leur successeur Breguet, lui-même constructeur d'avions, qui construisait des garde-temps pour les pilotes.

Fondée en 1992, la marque de La Chaux-de-Fonds produit des chronographes robustes dont le design s'inspire des instruments de bord. Le modèle Héritage est pourvu d'un mouvement automatique ETA. En acier noir, dès 4'300 francs.
Avec l'avènement des vols long-courriers, la montre devint, tout comme dans la navigation maritime, un instrument important pour déterminer le degré de longitude. C'est Charles Lindbergh, héros de la traversée de l'Atlantique, qui conçut le premier un instrument capable d'indiquer l'angle horaire et la longitude. En 1927, à Saint-Imier, Longines construisit sur la base de plans de Lindbergh une pièce comportant les caractéristiques toujours actuelles des montres d'aviateur: lunette tournante, grande couronne, chiffres très luminescents. Des sociétés comme Breitling, à Granges, International Watch Company (IWC) à Schaffhouse, Omega, à Bienne, et Hamilton, aux Etats-Unis, sont devenues des spécialistes de la mesure du temps en aéronautique.

C'est la montre culte des pilotes. Ce chronographe est en production continue depuis 1952. Sa lunette tournante permet de calculer toutes les données essentielles d'un vol. La dernière génération du Navitimer est pourvue du mouvement de manufacture Breitling 23.
En acier, dès 9'300 francs.
L'instrument utilitaire civil, mais plus encore militaire, est devenu depuis – surtout dans ses versions à grand diamètre, noires aux chiffres blancs – un symbole, une image. Mais pas seulement. Les 450 ch et l'accélération de 10 g du Votec 452 attestent cependant que ces montres restent aptes au vol. Aucunes d'elles n'a déclenché le signal d'alerte «Mayday» (qui est, incidemment, la transposition en anglais du français «m'aider»). Revenues sur le tarmac, elles ont continué à produire leur tic-tac. Toute autre hypothèse ne serait pas Swiss Made.

Avec leur fonction «retour en vol» spécifique à l'aviation, les chronographes Breguet attestent une grande maîtrise technique. L'indicateur jour-nuit est utile sur les vols intercontinentaux.
En acier avec cadran noir : dès 11'500 francs.
Nos plus vifs remerciements à Patrick Frischknecht, directeur général de la société d'horlogerie-joaillerie Les Ambassadeurs, qui compte des succursales à Genève, Zurich, Lugano et Saint-Moritz, et qui a fait preuve d'un bel esprit sportif en mettant à notre disposition les montres utilisées dans cette épreuve de force.

Max Vogelsang à bord de son avion d'acrobatie qu'il a
lui-même construit © Dominic Büttner
Pour pilotes casse-cou et pour investisseurs
Le Votec 452 Propjet est un bolide sorti des ateliers de MSW Aviation à Wohlen, en Argovie (www.mswaviation.ch). D'un poids à vide de 620 kg seulement, ce biplace est équipé d'un turbopropulseur Rolls-Royce de 450 ch. L'hélice à cinq pales propulse à plus de 550 km/h ce prototype que le constructeur Max Vogelsang a développé pour un industriel allemand. Le prix de ce jouet pour grandes personnes ? Le seul turbopropulseur vaut 500'000 francs au départ de l'usine. Le monoplace Votec 351 et son moteur à pistons de 350 ch est meilleur marché: l'appareil de voltige coûte entre 350'000 et 400'000 francs. Pour la petite histoire, Susanne et Urs, les enfants de Max Vogelsang, volent sur un Votec 351 dans la catégorie reine d'Aerobatic, Unlimited.
Les Swiss National Aerobatic Championships 2011 auront lieu du 21 au 28 août à l'aérodrome de Bex. Les appareils Votec y sont admis dans la catégorie avions expérimentaux, identifiables grâce au Y qui suit l'immatriculation suisse HB. Le Votec 252 fait partie des appareils normaux de vol et d'entraînement. Les deux sièges côte-à-côte font de cet avion, initialement conçu pour l'entraînement à la voltige, un bolide de l'air confortable et performant. «Avec son parc de machines éprouvées, MSW Aviation est désormais prête à faire monter à son bord des investisseurs», explique Max Vogelsang. Pas besoin de pilotes casse-cou mais de Capital Angels doués d'esprit sportif.
