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La guerre des fréquences

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A l'image de ces dictatures vieillissantes qui s'effondrent en série, de vieux concepts horlogers sont malmenés ces derniers mois. Les hautes fréquences donnent de la voix et ouvrent des horizons nouveaux. Guerre des annonces prévue pour Baselworld.

WORLDTEMPUS - 28 Février 2011

Michel Jeannot


Chronique


L'horlogerie serait-elle en passe de tourner définitivement la page des fréquences basses pour ouvrir un chapitre nouveau de son histoire ? Si le changement de paradigmes prendra nécessairement du temps et que les standards actuels ne vont pas être abandonnés dans les mois à venir, la révolution semble bel et bien en marche et Baselworld s'en fera l'écho.

Alors que la quasi totalité des mouvements mécaniques de série pour montres-bracelets bat aujourd'hui à des fréquences de 21'600 (3 Hz) ou de 28'800 alternances/heure  (4 Hz) – et que seul le Zenith El Primero affichait depuis 1969 un rythme plus rapide à 36'000 a/h (5 Hz), il est désormais question d'avancées spectaculaires en la matière. Et qui dit fréquences plus élevées dit réglage plus aisé et précision plus grande. Et ce qui ne semblait pas envisageable jusqu'ici le devient par l'utilisation – notamment – de nouveaux matériaux qui permettent de régler la problématique de la lubrification.

 

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Longues recherches

Audemars Piguet, en se contentant pourtant de matériaux traditionnels, a ouvert la brèche avec son nouvel échappement  à impulsion semi-directe battant à 43'200 a/h (6 Hz). Breguet a fait un pas important l'an dernier avec son chronographe Type XXII et son mouvement à 72'000 a/h (10 Hz). Chopard, de son côté, s'apprête à finaliser de longues recherches qui devraient lui permettre d'équiper à terme pratiquement tous ses mouvements L.U.C – y compris les calibres existants – d'échappements à hautes fréquences, probablement à 72'000 a/h (10 Hz).

Or ce mouvement vers les hautes fréquences est en train de s'accélérer puisque Zenith (groupe LVMH) tirera le premier feu d'artifice de Baselworld dans trois semaines en présentant un chronographe mécanique affichant… 360'000 a/h, soit 50 Hz ! Dix fois plus rapide que le El Primero actuel, autant dire qu'il s'agira d'une petite bombe. Pour crédibiliser davantage cette annonce, Jean-Frédéric Dufour, CEO de Zenith, explique que cinquante chronographes de ce type – affichant une réserve de marche proche de 40 heures  - devraient être livrés cette année déjà.

Options rapides

Chez TAG Heuer (également en mains de LVMH), on répond à cette annonce avec une joie contenue. La marque de La Chaux-de-Fonds – qui aime à répéter à l'envi qu'elle a été pionnière dans l'histoire de la mesure des temps courts - a en effet occupé le devant de la scène en début d'année en présentant à Genève en parallèle au SIHH son chronographe Heuer Carrera Mikrograph au 1/100ème de seconde. Au cœur de ce chronographe qui affiche le centième de seconde par la trotteuse centrale – laquelle fait un tour par seconde – un mouvement intégrant deux roues de balancier comportant chacune leur propre système de transmission et d'échappement. L'un pour le chronographe à 360'000 alternances par heure (soit 50 Hz) avec 90 minutes de réserve de marche, l'autre pour l'heure à 28'800 a/h (4 Hz) avec 42 heures de réserve de marche. Le fait de déconnecter les fonctions horaires et chronographes permet d'éviter que l'enclenchement du chronographe ne vienne influer sur la marche de la montre. A contrario, l'inconvénient réside dans le fait que l'heure bat à une fréquence « ordinaire » et ne bénéficie donc pas des avantages de la haute fréquence. Egalement consciente de l'intérêt de la haute fréquence pour des mouvements non nécessairement chronographe, TAG Heuer travaille sur diverses options de calibres à 43'200 a/h (6 Hz) qui pourraient tirer le meilleur de ses concepts Pendulum (absence de spiral) et V4 (utilisation de courroies). Au surplus, la marque de La Chaux-de-Fonds réserve également « sa » surprise hautes fréquences aux visiteurs de Baselworld.

Rejouer l'histoire

L'histoire étant un éternel recommencement, cette guerre des fréquences et des annonces n'est pas sans rappeler la guerre des communiqués qui opposait déjà les mêmes marques en 1969 lors de l'arrivée des premiers chronographes automatiques. Zenith avait alors devancé ses concurrents – dont Heuer – en annonçant dès le début d'année le lancement du El Primero.