Bilan - 19 janvier 2011
Michel Jeannot
Pour sa 21e édition, le Salon international de la haute horlogerie (SIHH) fait toujours davantage rêver. Pas uniquement les clients par les produits dévoilés cette semaine à Genève, mais également les marques concurrentes qui lorgnent avec envie sur ce saint des saints de la haute horlogerie. Ou à tout le moins sur les clients professionnels qui y sont conviés. D'où une inflation de salons et de présentations parallèles qui, tous, entendent profiter de la présence dans la Cité de Calvin de la crème de la distribution horlogère ainsi que de la presse – soit 12 500 personnes conviées à Genève tous frais payés par le SIHH – pour lui arracher une part du gâteau.

Dernière initiative en date, Geneva Time Exhibition (GTE) qui, pour sa deuxième édition, réunit près de 60 petites sociétés. Sa force: le nombre de marques représentées. Sa faiblesse: la trop grande diversité des exposants et l'intérêt plus que relatif de la majorité d'entre eux. Par ailleurs, l'ensemble des exposants à la GTE ne représente rien sur l'échelle économique de l'industrie horlogère. Il est donc globalement considéré par le SIHH comme un salon «off» pas nécessairement malvenu. De nombreuses autres petites sociétés ont fait le choix de continuer à faire cavalier seul et de recevoir clientèle et presse dans les palaces genevois ou résidences privées.
Parmi les autres présences visibles cette semaine à Genève, si le groupe Franck Muller – qui multiplie les salons, dont un cette semaine à Genthod – ne semble plus inquiéter personne, il en va autrement de LVMH et de ses marques horlogères, toujours davantage opportunistes. Hublot et Zenith s'étaient déjà installées l'an dernier dans des hôtels genevois durant la semaine du SIHH pour recevoir clients et journalistes, c'est désormais aussi TAG Heuer – quatrième marque horlogère suisse – qui s'invite à la table de la haute horlogerie en occupant l'Espace Sécheron. Et la marque de La Chaux-de-Fonds a choisi de ne pas y faire uniquement de la figuration et de la récupération puisque la société y dévoile également une nouveauté majeure, alors même qu'elle sera présente à Bâle dans deux mois.
Cette attractivité de Genève ne laisse évidemment pas sans réaction les 19 marques exposant au SIHH. Alors que l'an dernier deux nouvelles ont été acceptées (Richard Mille et Greubel Forsey), cette politique d'ouverture ne semble plus d'actualité. «Nous ne souhaitons plus ouvrir la porte à nos concurrents», entend-on souvent cette année dans les allées du salon genevois.
L'idée de «mini-SIHH» décentralisés
Un changement de fond semble se dessiner. Alors que le SIHH est réservé depuis sa première édition en 1991 aux professionnels – propriétaires et gérants de magasins ainsi qu'aux journalistes – toujours davantage de voix semblent opter pour une plus grande ouverture, aux collectionneurs notamment. Moins commercial, plus culturel ou davantage promotionnel, telle est la tendance. Cartier, la marque la plus puissante du SIHH, donne le ton cette année: moins d'invités et des bureaux de vente sacrifiés au profit d'un espace d'exposition. Le signal est fort. Le client final – collectionneurs en premier lieu – devient l'objet de toutes les attentions. Dans le même élan, de nombreux salons horlogers ouverts au public se sont créés ces dernières années ou sont sur le point de voir le jour en Allemagne, Autriche, Angleterre, Suisse, France et au Mexique notamment. Cela, souvent à l'initiative de magazines horlogers en recherche d'une nouvelle légitimité.
Jusqu'ici le SIHH a laissé faire. Mais il paraît évident que la manifestation genevoise ne peut s'éviter une réflexion sur ces nouvelles réalités. Et l'idée de «mini-SIHH» décentralisés en Chine, aux Etats-Unis ou encore en Russie – en complément à la manifestation genevoise – pourrait faire sens.
