Qui ne connaît pas le paradoxe de l’œuf et de la poule ? À la question « qui est apparu le premier », aucune solution n’est acceptable. À la découverte d’une nouvelle montre, dévoiler les coulisses de sa conception aborde un sujet sensiblement équivalent. Le calibre a-t-il été pensé avant le boîtier ? Ou bien l’inverse ?
Pourtant, rien d’énigmatique ici ! Les scénarios sont pluriels. Chez Richard Mille, modèle après modèle, la réponse demeure identique. « Dès le démarrage d'un projet, tous les corps de métier sont convoqués. Nous opérons une importante réflexion avec les équipes, avec beaucoup d'échanges, pour savoir quelle direction prendre. Il ne suffit pas de faire compliqué, il faut une cohérence et également une certaine sobriété », confiait Salvador Arbona, directeur technique de la marque, tout en précisant que pour chaque montre « nous voulons mettre sans cesse la technique en avant ».
En toute transparence
Ce postulat prend tout son sens avec la RM 75-01 Tourbillon Volant Saphir. La pièce combine l’extrême exigence mécanique de la marque à la transparence absolue d’un boîtier intégralement usiné dans le saphir. La technique n’est pas que mise en avant. Elle devient un spectacle saisissant. Le tourbillon volant évolue au sein d’une structure cristalline qui abolit les frontières. La lumière circule en toute liberté pour mettre en exergue l’ensemble des composants aux finitions exclusives du calibre RM75-01, notamment le barillet également volant, le pont de minuterie dans sa position centrale et bien sûr l’organe réglant.
Les différentes pièces qui composent l’emblématique boîtier de forme tonneau en saphir sont le fruit d’un partenariat étroit avec Stettler AG. Cette entreprise helvétique maîtrise le procédé Kyriopoulos, une variation du procédé de Czochralski, une technique de croissance de cristaux monocristallins mise au point au début du XXe siècle par le chimiste polonais éponyme. Cette technique consiste à faire croître un cristal de saphir à partir d’un petit « germe » placé au contact d’un matériau, l’oxyde d’aluminium, porté à haute température, entre 2000 et 2050 °C. En se solidifiant progressivement autour de ce germe, le cristal se développe couche après couche en conservant une structure parfaitement uniforme. La croissance lente, de quelques jours à plusieurs semaines, favorise la constitution d’un monocristal de qualité optique de plusieurs kilos.
Passage à la couleur
Toutefois, si la technique est maîtrisée, la volonté de produire du saphir coloré complexifie l’exercice. Là encore, la rigueur impose son tempo. L’ajout de pigments ou d’oxydes métalliques dans le matériau de base doit être dosé avec précision pour garantir une teinte homogène et régulière, sans compromettre la pureté ni la solidité du cristal.
Car, outre sa grande capacité à diffuser la lumière, le saphir obtenu se distingue par sa dureté, proche de celle du diamant, qui le rend résistant aux chocs et aux rayures. En corollaire, les façonner aux dimensions requises impose une patience à toute épreuve. Après plus de 1000 heures de travail, dont 350 heures de polissage, le boîtier tripartite tout en courbe prend forme. La carrure, la lunette et le fond de l’écrin de la RM 75-01 se déclinent dans des teintes subtiles de rose ou de bleu selon les versions. La haute horlogerie trouve alors une expression singulière où la transparence n’a pas qu’un rôle esthétique, mais est le résultat d’une prouesse technique. L’alliance du saphir et du tourbillon volant révèle une pièce majeure qui associe sophistication mécanique extrême et légèreté visuelle. Un paradoxe ailleurs, une réalité pour Richard Mille.