Brice Lechevalier, rédacteur en chef de GMT
Chronique
Au-delà des 40 montres joaillières présentées par Cartier parmi ses 113 nouveautés révélées lors du très feutré SIHH, l'envol de l'offre Lady a également caractérisé les exposants des non moins feutrés palaces lémaniques et du boisé GTE. Cette vague de séduction envers la gente féminine se matérialise en privilégiant pour certaines les formes, pour d'autres le classicisme ou le sport, et plus réjouissant encore pour les plus audacieuses, le mouvement.
Montres de forme
Surprise du SIHH, la plus ancienne marque horlogère sans interruption d'activité a cette année présenté à la presse uniquement des nouveautés féminines. Manufacture essentiellement appréciée des hommes pour ses garde-temps mécaniques, le plus souvent estampillés du très prestigieux Poinçon de Genève, Vacheron Constantin a décliné trois grandes familles de modèles pour dames. Centenaire, la collection Malte, l'une des premières à adopter la forme tonneau, s'enrichit donc de trois références aux mensurations réduites et au sertissage généreux. Plus habituée des modèles pour femmes, la manufacture Piaget vient d'ajouter à sa ligne Limelight une création originale dont les cornes asymétriques glissant d'un côté du bracelet la rendent immédiatement identifiable. La Limelight Gala varie les plaisirs de l'or et des diamants en six références (à quartz comme Vacheron Constantin).

Montres classiques
Toujours chez Vacheron Constantin, l'ultra-classique ligne culte Patrimony met son Poinçon de Genève à l'heure féminine à travers trois déclinaisons comptant chacune deux références : Patrimony Contemporaine automatique avec bracelet en or, Patrimony Traditionnelle Haute Joaillerie, et Patrimony Traditionnelle Dame Manuel en or blanc ou rose. Classique au recto, lunette inévitablement sertie, haute horlogerie au verso visible à travers le fond saphir. Approche similaire chez l'une des dernières grandes marques encore familiales, Audemars Piguet va combler les femmes en quête de pièces mécaniques ultraplates. Pour la première fois, la collection Jules Audemars voit son diamètre se concentrer sur 41mm et sa lunette briller de 95 diamants. L'esthète sensible à l'élégance technique devrait tomber sous le charme de la masse oscillante en or sculpté animant le calibre manufacture de 212 composants épais de seulement 2,45mm. Jouant aussi sur la finesse, mais plus tout à fait classique avec ses deux petites complications, l'Heritage Ultra Fine Lady Moonphase de Zenith se distingue doublement. Cette pièce automatique en or rose est vendue dans les boutiques Zenith, qui la proposent aux couples avec la Captain Moon Phase pour hommes.

Montres sport
Traditionnellement présentes sur le segment nautique depuis des décennies, Audemars Piguet et TAG Heuer continuent à exploiter légitimement ce créneau porteur. Ainsi la ligne Royal Oak Offshore met le cap sur deux séries limitées Ladycat, du nom du catamaran high-tech de Dona Bertarelli. Dans sa version acier (150 exemplaires), le chronographe automatique est serti de 64 diamants, alors qu'il en compte 323 dans sa version or gris (10 exemplaires). Quant à TAG Heuer, la marque étoffe sa ligne Aquaracer Lady qui compte dorénavant 17 références en deux tailles, différentes couleurs de cadrans et niveaux de sertissage.

Montres tout en mouvement
Catégorie sans doute la plus innovante, elle reflète l'imagination et l'intérêt croissants des horlogers pour les femmes en quête d'un contenu technique pointu évoluant en symbiose avec son enveloppe esthétique. L'appellation 12e art prend alors tout son sens.
Alphabétiquement, Bovet place la barre très haut avec son premier garde-temps de forme ovale. Le contenu horloger de sa Récital 9 Tourbillon Miss Alexandra est proportionnel à son extraordinaire rendu esthétique. Une réserve de marche de 7 jours est indiquée en croissant de lune au-dessus des phases de lune superposées à leur cartographie, un diamant marque les secondes sur la cage du tourbillon, les aiguilles des heures et des minutes forment un cœur lorsqu'elles se superposent. Cartier fait rêver avec sa Montre Envol d'un Phoenix, dont le rotor inversé en or gris rhodié et serti tournoie autour du cadran en nacre violette à motif plumes. Avec son regard d'émeraude, l'oiseau de feu adresse un clin d'œil à sa maîtresse en déployant ses ailes le long du réhaut étincelant de diamants. Les Montres Précieuses de Chaumet révèlent les fruits de la nouvelle équipe en place depuis l'an passé de manière surprenante et très créative, la maison parisienne invitant à sa table les complications typiquement helvétiques. Pour cette première montre à complication créative, Chaumet offre aux femmes une lecture inédite de l'heure, sans aiguille, dans un spectaculaire décor en relief de nacre et diamants formant une toile d'araignée. L'araignée en or rose indique les heures, l'abeille endiamantée les minutes, toutes deux sont montées sur des rails excentrés et suivent des trajectoires distinctes, se frôlant une fois par heure grâce au calibre automatique exclusif. Les deux actrices fétiches de Chaumet ne comptent plus le temps mais le content.

Les marques typiquement féminines auraient-elles du souci à se faire ? Pas si elles gardent leur identité et la longueur d'avance acquise au fil des décennies. A suivre fin avril dans les allées pharaoniques d'un Baselworld « mégamorphosé ».