Depuis son invention en 1816 par l’horloger/astronome Louis Moinet, le chronographe a connu une constante évolution en termes à la fois d’usage et de design. Le début du 20ème siècle l’a façonné comme un outil purement tactique, stimulé par le monde de l’aviation car les pilotes avaient besoin d’instruments fiables, cruciaux pour la navigation. Après la Deuxième guerre mondiale, le chronographe a connu un changement de cap spectaculaire, passant de la montre instrument à l’élégante montre en or habillée et devenant l’accessoire ultime du gentleman. Mais à la fin des années 1960 et au début des années 1970, tout cela allait encore une fois changer.
Repousser les limites
1969 : l’année de l’alunissage d’Apollo 11, du premier vol test du Concorde et du premier festival de musique de Woodstock. Les possibilités étaient illimitées. Le groove remplaçait le classique, l’acier remplaçait l’or, et la fonctionnalité remplaçait le style. Les astronautes exploraient l’univers, les pilotes de course automobile battaient des records de vitesse, et des vols commerciaux plus accessibles et abordables ouvraient le monde aux masses. L’horlogerie n’a pas échappé à cette époque révolutionnaire, et surtout pas le chronographe, qui a été la complication la plus populaire de la décennie.
Des formes de boîtiers stylées
Avant 1970, la grande majorité des montres avaient un boîtier rond, mais après 1970 tout était permis avec des boîtiers de forme carrée, tonneau et coussin. Parmi les chronographes carrés, il y avait le Heuer Monaco, le Breitling Chrono-Matic et le Zenith El Primero A385, tandis que l’Omega Seamaster Chronostop, le Heuer Autavia et le Hamilton Fontainebleau adoptaient le style tonneau/coussin.
Audacieux designs de cadrans
Au niveau des designs des cadrans, les choses changeaient également car les aiguilles et les index commençaient à devenir plus carrés et plus épais pour satisfaire le besoin de peinture luminescente. Les chiffres se trouvaient à l’extérieur, les index à l’intérieur. Les cadrans blancs étaient supplantés par des cadrans noirs (pour une meilleure lisibilité avec la luminescence) et l’architecture des trois sous-cadrans a gagné du terrain par rapport au format des deux sous-cadrans. Le style futuriste et audacieux avait la cote tandis que les horlogers brisaient les anciennes conventions et réinventaient la montre bracelet.
Les progrès du mouvement
Le design n’était cependant pas le seul à progresser, car la technologie avançait aussi à pas de géant. Les mouvements de chronographes automatiques ont été plus largement adoptés que leurs pendants manuels, car plus commodes et plus pratiques. Les mouvements à haute fréquence à 36'000 vph sont également devenus plus populaires, car le taux de fréquence supérieur garantissait une plus grande précision et un mouvement de balayage plus régulier de l’aiguille des secondes. C’est aussi à cette époque que les mouvements de chronographes intégrés ont commencé à remplacer la formule précédente : mouvement de base + module de chronographe.
Couleurs, plongée et bracelets intégrés
Les années 1970 ont également vu l’arrivée des couleurs vives. N’oubliez pas que c’était l’ère du disco ! Les montres de plongée sont aussi devenues de plus en plus populaires tandis que le sport se développait et que de nouvelles frontières s’ouvraient dans l’exploration du monde sous-marin. Cette décennie a aussi accueilli le bracelet intégré qui connaît un énorme regain de succès aujourd’hui.
Les années 1970 ont jeté les bases de nombreux chronographes que nous voyons maintenant. Cela explique notre passion pour les chronographes vintage, notre prédilection actuelle pour les couleurs et les concepts un peu fous, et cela réveille notre désir de chronométrer des choses à nouveau…ou à tout le moins de disposer de la technologie pour le faire si le besoin s’en fait sentir !