Il s’est imposé avec une telle évidence que l’on ne le questionne plus véritablement. Pourtant, le bracelet Tubogas de Bvlgari n’a pas d’équivalent : ni par son histoire, ni par son design, ni par sa technicité. Et ce dernier point, sa technique de fabrication, est l’un de ceux qui restent dans l’ombre. Sous prétexte que l’on parle essentiellement de haute joaillerie, on se concentre sur les pierres, leur sertissage, leur caratage, sans vraiment interroger la manchette en elle-même ni l’incroyable technicité de son assemblage.
Mais, avant de plonger au cœur de la technique Tubogas, il faut retourner à ses racines, à son histoire. Car c’est en ces lieux mémoriels que l’on trouvera la clé de sa construction. Et celle-ci n’est pas banale. Si certains modèles de l’horlogerie avancent de manière explicite, à visage découvert (comme la Reverso de Jaeger-LeCoultre, la montre qui se retourne sur elle-même, littéralement), on prend peu le soin d’interroger l’origine du mot « Tubogas ». Et pour cause, puisque celle-ci n’a rien à voir avec l’univers joaillier ni horloger : Tubogas est la contraction, en italien, de la locution « conduite de gaz », exprimée en tant que tube (tubo) en italien. Qui n’est pas véritablement, dans l’imaginaire collectif, le symbole de l’élégance ou du savoir-faire artisanal à l’italienne... Et pourtant, c’est là que les esprits créatifs de Bvlgari vont trouver leur inspiration.
Années folles, avant et après
Les années 1920 et 1930 sont celles de libération des mœurs et des esprits, en réaction au corsetage militaire imposé par la Première Guerre mondiale. C’est à cette époque que certains designs les plus osés de l’horlogerie et de la joaillerie naissent. On pense certes à la conduite de gaz de la Tubogas, mais aussi à la Tank de Cartier, inspirée d’un char d’assaut, mais elle fut en réalité précédée et suivi d’autres audaces, comme la Baignoire (1906, explicite), ou la Crash (1967, similaire à une montre accidentée). Une marque comme Corum a poursuivi cet esprit avec la Rolls-Royce en 1976, reprenant les lignes de la calandre de la célèbre berline anglaise.
Cette inspiration « conduite de gaz » a donné la forme de la Tubogas. Encore fallait-il lui donner corps. « Seules vingt personnes dans le monde connaissent ses secrets de fabrication », précisait Bulgari au Figaro en 2024.
La complexité de la Tubogas réside dans ses nécessités : être creuse, souple, et ne rien laisser apparaître de ses procédés de fabrication. Les artisans de la maison travaillent donc avec un morceau de bois, « l’âme » du bijou, autour duquel est enroulé un fil d’or. Un fil, ou plusieurs fils : or jaune, rose ou rouge, peu importe la combinaison à partir du moment où ils peuvent se tenir ensemble, solidairement, sans jour, jusqu’à ce qu’on leur soustraie cette âme, sans laquelle ils doivent pouvoir tenir, car aucune soudure n’est tolérée au sein de la Tubogas.
Une complication horlo-joaillière
La complexe formation de la manchette Tubogas n’en est que la première étape. Car Bvlgari, depuis un siècle, en a enrichi le profil des pierres, et même de mouvements horlogers. Les difficultés sont donc exponentielles puisque, en sus du travail originel de l’or, il faut adjoindre aux délicats fils d’or des pierres - donc des griffes nécessaires à leur sertissage - mais aussi leur offrir des cavités pouvant accueillir un calibre horloger - qui, de surcroît, se doit de rester accessible et opérable pour pouvoir faire l’objet de services réguliers. C’est le savoir-faire de la maison Bvlgari qui s’exprime ici dans toute sa splendeur, la maison étant simultanément joaillière, horlogère, basée à Rome comme en Suisse pour sa partie horlogère. Très peu de maisons possèdent les deux compétences à parts égales. Aucune avec leurs deux ancrages historiques de part et d’autre des Alpes, comme Bvlgari.
La famille s’agrandit
Lors de la LVMH Watch Week, la maison a dévoilé une nouvelle Tubogas Manchette - preuve, s’il en était, que la création révélée durant une watch week a toute sa légitimité dans le champ horloger. La Tubogas Manchette est dotée du mouvement automatique Lady Solotempo BVS100, présenté l’an passé sur la Serpenti Seduttori et la Serpenti Tubogas. Ce calibre, qui indique les heures, les minutes et les secondes, conjugue art horloger et élégance italienne.
D’un diamètre de seulement 19 mm pour une épaisseur de 3,9 mm, 102 composants pour 50 heures de réserve de marche, ce calibre ne pèse que 5 grammes. Il intègre une Tubogas Manchette qui revisite un modèle d’archives de 1974. Elle emprunte la géométrie audacieuse du modèle original, avec un cadran carré et un large bracelet Tubogas à un seul tour. La Maison a imaginé une véritable symphonie chromatique, composée de citrines, rubellites, péridots, améthystes, topazes et spessartites. Près de 12 carats de diamants scintillent sur les spirales. Une démesure horlo-joaillère à la mesure de la folie maîtrisée romaine de Bvlgari.
Le saviez-vous ?
La nouvelle Tubogas Manchette préserve son étreinte iconique tout en adoptant une nouvelle technique : chaque anneau est façonné et poli avant d’être assemblé avec soin sur une lame en titane. Une construction modulaire qui permet au motif d’ondoyer parfaitement sur le bracelet, tout en conservant l’agilité qui caractérise le Tubogas.