On connaît la collection. On connaît moins l’homme. Pourtant, l’une ne va pas sans l’autre. Car il y a tout juste 210 ans naissait Ferdinand Adolphe Lange, fondateur de la manufacture qui porte aujourd’hui son nom et ceux de ses enfants (« & Söhne », en allemand).
L’entrepreneur est un homme de la modernité. Il est né au 19e siècle. En cela, il hérite les travaux des pères fondateurs de la l’horlogerie, dont certains étaient toujours vivants à son époque, comme Breguet ou Lépine. Lange est toutefois éloigné de leur aura immédiate, étendue de Paris au Locle. Lange, lui, est natif de Dresde. À 22 ans, il quitte pourtant son giron pour rejoindre Paris et y retrouver un élève de Breguet, Joseph Thaddeus Winnerl, auteur d’importants travaux sur le chronographe à rattrapante. La proximité linguistique entre Lange et Winnerl, tous deux germanophones, a probablement joué.
Retour en Saxe
Quelques années plus tard, Lange renoue avec sa terre natale en épousant la fille de son premier maître horloger. Ferdinand Adolphe Lange s’unit à Antonia Gutkaes en 1842. Dès lors, l’ancrage de Lange à la Confédération germanique qui, à cette époque, rassemble les États allemands sous la tutelle de l'Autriche, prend un tour définitif. D’abord engagé à développer l’entreprise de son maître et beau-père Gutkaes, Lange entend progressivement créer sa propre activité.
Lange fait alors un choix déterminant : au lieu d’aller rivaliser avec les marchés existants au cœur des grandes métropoles horlogères de l’époque (Paris, Londres, Le Locle), l’homme décide de rester dans la Confédération germanique pour y créer et développer son horlogerie locale. Il choisit pour cela une région bien précise : l’Erzgebirge. Le lieu est réputé depuis le Moyen-Âge pour ses ressources métallifères. Elles seront utiles à Lange pour la construction de ses horloges, pendules et montres.
Une ville, un nom : Glashütte
La naissance des chemins de fer allemands en 1835 va rapprocher ce territoire des centres décisionnels, et valoriser ces ressources métallifères auprès desquelles Lange choisit de s’établir judicieusement. Dans le même temps, comme dans tout pays où le chemin de fer se développe, le besoin de montres de précision l’accompagne. C’est donc armé d’un solide projet entrepreneurial que, Ferdinand Adolphe Lange, tout juste 30 ans en 1845, obtient des autorités un soutien financier pour développer une activité horlogère nouvelle dans une ville pauvre de ce bassin. Son nom : Glashütte.
Esprit d’entreprise
Lange est un entrepreneur avisé et pragmatique. Sa main-d’œuvre originelle, à Glashütte, est peu instruite et peu formée. L’horloger élabore alors des montres plus simples et robustes que les productions raffinées des grands centres horlogers européens. Ainsi naît la platine trois quarts. Tous les pivots des organes réglants de la montre sont ainsi fixés en une seule et unique platine qui recouvre les trois quarts du mouvement, d’où son nom.
Lange introduit aussi les mesures en millimètres, prenant un temps d’avance sur la tradition horlogère qui raisonnait encore en lignes. Enfin, ses horlogers sont associés à une seule tâche, une division du travail qui préfigure l’ère industrielle en vogue depuis la toute fin du 19e siècle (Breguet en avait déjà théorisé les principes pour ses montres de souscription).
Ferdinand Adolphe Lange meurt à 60 ans, en 1875. Ses fils Richard et Emil Lange prendront la relève, deux fois interrompue par deux guerres mondiales, avant que la marque telle que nous la connaissons aujourd’hui ne soit relancée, toujours à Glashütte, par feu Walter Lange en 1990, la libérant ainsi du creuset étatique de la RDA dans lequel l’histoire l’avait placée. La maison ne comporte aujourd’hui plus aucun Lange dans sa direction.