Le rouge Coca-Cola, la pomme d’Apple, les trois bandes d’Adidas… les exemples abondent dans différents secteurs industriels pour souligner l’importance de posséder une identité graphique forte. Et en horlogerie ? Le défi est d’autant plus complexe du fait des dimensions réduites des montres. Pourtant, certaines marques réussissent l’exercice avec brio. Nombreuses sont les références reconnaissables sans même apercevoir le logo apposé sur le cadran. Les créations signées Bovet en reflètent toute la pertinence. Tourbillon, fuseau horaire, mécanisme rétrograde, les complications emblématiques de la manufacture disposent toujours d’une scénographie singulière des informations temporelles aidée par une harmonie visuelle, souvent lyrique.
On discerne un projet à sa forme. Pour Pascal Raffy, c’est l’expérience qui guide la démarche. Et parfois, créer ex nihilo s’impose. « Cela dépend certainement de la nature de la complication. S'il s'agit de réimaginer une complication ou une combinaison de complications existante, nous pouvons partir d'un garde-temps existant et apporter des modifications à partir de là. Pour d'autres, comme la Recital 28 Prowess 1, nous sommes partis d'une feuille blanche, car le problème de l'heure d'été n'avait jamais été résolu auparavant et était, en fait, considéré comme impossible à réaliser. Après cinq ans de recherche et de développement, nous avons réussi.
Nos autres garde-temps révolutionnaires, comme la Virtuoso VIII, la Virtuoso IX, la Virtuoso X, la Braveheart et toutes les Grandes Complications Récital ont été conçus à partir d'une feuille blanche, dans la cour du château. La façon dont j'aime présenter et organiser les complications vient d'un besoin de logique et de fluidité dans la lecture des informations », précise le CEO de Bovet.
Du bon usage de la forme
Aussi, le célèbre principe de Louis Sullivan établi en 1896, la forme suit la fonction, demeure d’actualité.« Lorsque je travaille à la conception d'un nouveau garde-temps, je commence par les fonctions, en quoi je veux que ce modèle soit différent de ce qui a été fait auparavant, mais en même temps je vois dans mon esprit l'aspect que je veux lui donner, où je veux placer les complications, comment je veux que tout soit lu. Parfois, mon service technique s'y oppose en suggérant une solution plus simple, mais je veux toujours le pousser à en faire plus, à sortir des sentiers battus. N'oubliez pas que je suis un collectionneur et non un horloger, alors, dans mon esprit, je vois ce que veut un collectionneur », souligne encore Pascal Raffy.
Consolider cette identité remarquable
La dernière création de la manufacture réaffirme cette capacité à concevoir un design précis sans renier son ADN artistique. Bien que la Recital 30 semble rompre esthétiquement avec les garde-temps précédents dotés de cadrans ajourés, cette pièce offre à la complication un écrin remarquable. « La Recital 30 a été conçue pour se concentrer uniquement sur le système révolutionnaire de rouleaux d'heure universelle, il fallait donc quelque chose de nouveau. Je voulais combiner l'esthétique vintage avec le système d'heure universelle de pointe. Je voulais un boîtier très agréable à porter et nous avons incorporé le verre saphir bombé pour compléter le look vintage et contemporain. »
Ce qui ressemble à une équation à multiples inconnues, concilier innovation, identité esthétique et intégrité artisanale, reste néanmoins au cœur de la démarche de la manufacture. Dans l’avenir, la marque entend poursuivre cette quête d’équilibre délicat, sans jamais céder aux tendances ni aux concessions industrielles. « Bovet ne pourra jamais être identique aux autres maisons horlogères. Le défi auquel nous sommes confrontés est de continuer à innover tout en conservant l'âme de nos garde-temps et notre éthique du design. Il est important pour moi que les gens, lorsqu'ils voient une Bovet au poignet, sachent qu'il s'agit d'une Bovet ou qu'elle est différente de tout ce qu'ils ont vu auparavant », conclut Pascal Raffy.