Icône amoureuse et exercices de style

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 Packshot Poudrier Raymonda © Van Cleef & Arpels
Au GPHG, Van Cleef & Arpels a joué la sécurité. En phase finale, la maison a positionné deux de ses pièces iconiques : la Cadenas, et une nouvelle itération de son automate fétiche, la Lady Arpels Bal des Amoureux. Stratégie payante ?

De l’art de préserver son icône

Le propre d’un bon CEO est de voir toujours clair, même dans le brouillard du marché et des passions. Il y a quelques mois, évoquant les constants remaniements de gamme que chaque nouveau patron impulse lorsqu’il est nommé, Stéphane Waser, CEO de longue date de Maurice Lacroix, soupirait : « C’est pourtant simple. Quand on tient une icône, un best-seller, on n’y touche pas ». 

Van Cleef and Arpels cadenas © Van Cleef & Arpels

L’homme sait de quoi il parle : il a créé l’Aïkon. Même constat pour la Royal Oak, ou la Reverso, qui traversent les décennies en conservant leur ADN. Jean-Christophe Babin abondait récemment dans le même sens : « Selon moi, seules deux véritables icônes horlogères ont émergé au XXIe siècle : la Big Bang d’Hublot et l’Octo Finissimo ». 

Van Cleef & Arpels n’en fait pas moins. Et avec un éclat similaire à l’Octo Finissimo (2014) et à l’Aïkon (2016), puisque la « Pont des Amoureux » originelle est elle aussi une icône jeune (2010). La pièce relève d’un coup de génie créatif et technique. Elle a remis les automates horlogers sur le devant de la scène - qui plus est pour une pièce 100% féminine. Elle a réintroduit de la poésie dans la montre, avec grâce et élégance. Elle a tissé un fil narratif qui, virtuellement, ne se terminera jamais (l’idylle de deux personnages). Le tout en maintenant une certaine rareté, donc de la valeur, à chacune de ses itérations. 

Van Cleef and Arpels Lady Arpels bal des amoureux automate © Van Cleef & Arpels

La magie du Bal

C’est tout cela que le « Bal des Amoureux » résume. D’emblée, la pièce s’impose. Elle donne le sentiment, pourtant contradictoire, d’avoir face à soi une montre nouvelle...dont on est immédiatement familier. C’est la force des Amoureux de Van Cleef & Arpels. Anonymes, mais connus et reconnus. Non identifiables, donc assimilables à toutes et à tous. Reposant sur un élan universel, l’amour, transposable à toutes les cultures. Et, en 15 ans de créations successives, sans rien savoir de ces deux Amoureux, on sait déjà qu’ils vont bouger, se rapprocher, et s’embrasser. Magique ! 

Objet du désir

La Cadenas relève d’une autre logique. La pièce appartient à cette catégorie à part des montres qui s’inspirent d’un objet du quotidien (ou un animal) pour le détourner, et lui donner l’heure. Les cas sont peu nombreux. On pense à la Serpenti de Bvlgari. À la Stirrup de la Ralph Lauren (un étrier). À la Kelly d’Hermès, qui s’inspire elle aussi d’un cadenas. 

Dans ce segment, l’exercice créatif est intéressant, parce que nécessairement contraint par les formes de l’objet choisi. Quoi qu’on en fasse, un cadenas devra toujours avoir une ouverture et une fermeture, voire une chaîne. Impossible d’étirer l’inspiration plus avant, au risque de rompre le fil narratif. Il faut donc faire montre de certaines ressources pour continuer à exploiter la forme, sans se répéter. Ce seul exercice mérite l’attention, car sa voie est bien plus ardue que pour des formes libres. 

Ici, c’est l’art joaillier qui est retenu par Van Cleef & Arpels. On pourra gloser à souhait : ce ne serait qu’un nouveau cadenas, mais serti. Mais la critique serait un peu courte. Car, une fois encore, la forme contraint l’exercice. Et celle du cadenas est d’une complexité rare. Multiples facettes, asymétries, courbes, plans droits et inclinés, éléments mobiles et fixes, etc. : c’est un véritable tour de force joaillier auquel Van Cleef & Arpels se livre ici. Il faut une maîtrise absolue du sertissage pour parvenir à sertir un objet d’une telle géométrie. Une pièce de connaisseurs, pour connaisseurs. 

Van Cleef and Arpels cadenas © Van Cleef & Arpels
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