WORLDTEMPUS – 15 avril 2011
Richard Etienne
«20% des cadres intéressés par nos offres ne viennent pas travailler chez nous pour des questions géographiques.» C'est ce qu'affirme Florence Richardin, responsable des ressources humaines de la marque TAG Heuer, à la Chaux-de-Fonds. «Cet handicap, on le ressent chaque jour.» Se déplacer ou s'établir dans le bastion des manufactures horlogères - de la Vallée de Joux à la Chaux-de-Fonds -, un inconvénient de taille pour les managers originaires de Genève ou d'autres villes européennes? Les avis sont contrastés. Audrey Barlet, en charge des recrutements chez Audemars Piguet, au Brassus, constate qu'alors que le secteur horloger recrute toujours davantage, les profils recherchés sont plus tentés de refuser des offres «en fonction du lieu par exemple». Une employée de TAG Heuer renchérit: «Au début, je me disais: pas plus d'un an dans ce coin perdu!»

Conditions attractives
La jeune femme entame pourtant sa quatrième année consécutive dans la région. C'est que les conditions sont intéressantes - les salaires attractifs, l'expérience acquise auprès des grandes marques également. «Les activités sportives et culturelles de la sous-région se développent», estiment des recruteurs, à L'Abbaye. La vallée devient accueillante. Et les compensations, entre appartements de fonction, prime d'installation et prise en charge du déménagement, sont importantes. Certaines maisons vont jusqu'à fournir un logement pendant six mois. D'autres agrandissent leur parking. Béatrice Howald, porte-parole du Swatch Group à Bienne: «De nombreux employés sont des frontaliers, allemands ou français, ou habitent Neuchâtel, la Côte, Lausanne ou Yverdon. Ils viennent en voiture. Rares sont ceux qui déménagent.» Et d'autres embaucheurs de poursuivre: «Les trajets ne sont pas longs, pas plus que de traverser Genève en voiture.»

Impossible de changer de coeur
La direction de l'entreprise Blancpain a déménagé ses bureaux à Paudex sur les bords du lac Léman il y a une dizaine d'années. D'autres, comme TAG Heuer, ont préféré remonter leurs activités de Marin à la Chaux-de-Fonds. L'emplacement n'est pas toujours perçu comme un obstacle. Isabelle Gervais, directrice des relations publiques chez Jaeger-LeCoultre se réjouit du contraire: «Nous venons d'agrandir la manufacture de 9000 m2. Nous y avons maintenant un magnifique restaurant d'entreprise et un cadre de travail idéal.» Avant de rappeler: «Nous avons près de 180 ans d'histoire dans un même lieu, il est inenvisageable pour la marque de changer de «cœur».» La plupart des établissements contactés au téléphone s'accordent: «Quitter le centre historique? Impensable, les problèmes de recrutement ne sont pas importants à ce point.»

D'autres murmurent sous couvert d'anonymat: «Délocaliser les manufactures serait très mal accueilli par la plupart des producteurs. Ils habitent la région.» Et leur main-d'œuvre est prisée: «Nous avons plus de 500 postes à pourvoir, conclut Béatrice Howald, des cadres mais surtout du personnel qualifié pour la production.»
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