Tribune des Arts - Mai 2011
Marco Cattaneo
On a pourtant l'impression que ton histoire ne s'arrêtera jamais, que de chapitre en chapitre, de rebondissement en rebondissement, de nouvelles aventures sans cesse se présenteront, t'entraînant de Genève à Cuba, des Abruzzes à Miami, te projetant tour à tour dans les cuisines d'un restaurant ou dans les salons feutrés des ventes aux enchères. Tu étais passionnément journaliste, c'était pour toi plus qu'un métier, c'était un titre, une distinction que tu promenais avec fierté dans les allées du monde. Tu arrachais les secrets de tes interlocuteurs avec le sourire, leur promettant à chaque fois que tu n'en dirais rien à personne, sauf à tes lecteurs.

Tu abordais tout avec cet enthousiasme chaotique et indomptable, tu vantais la qualité où qu'elle se trouve, débusquais avec un flair toujours égal les nouveaux talents, qu'il s'agisse de peinture, d'ébénisterie, de cuisine ou d'horlogerie.
Le clavier de tes passions couvrait bien des octaves, et cette édition de Tribune des Arts en donne une fois encore un aperçu. On y retrouve ta plume présentant un relieur-doreur, un confiseur ou une nouvelle laine particulièrement douce, nous révélant les secrets de l'escalope de dinde, nous emmenant à Barcelone dans la boutique de Rabat, le célèbre détaillant catalan, et bien sûr en ouverture du dossier consacré à Jaeger-LeCoultre et aux 80 ans de la Reverso.
Personne ne pourra te remplacer, – qui oserait seulement y songer? – mais toute l'équipe de la Tribune des Arts, qui t'accompagne depuis si longtemps, poursuivra par contre ton travail. Pour que ce magazine unique que tu as créé il y a plus de trente ans vive et se développe encore, comme tu l'as toujours souhaité.
Ciao Gabriel, et garde-nous une place au paradis!
