Horlogers étrangers en hausse

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Main d'œuvre. Un quart des horlogers qui fabriquent les montres suisses vient de l'étranger, France et Allemagne en tête. Une tendance qui s'accroît

Ouvert il y a à peine trois mois, le site www.timeup.ch, affilié à Job Up, connaît un succès inespéré. Spécialisé dans les recherches d'emplois dans le secteur horloger, il comptabilise des milliers de visites et inscriptions. «Il s'agit des recherches et visites du site de Job Up, qui en compte près de 20 000 par jour, et dont une partie considérable est redirigée sur notre page; nous attendons la Foire de Bâle pour avoir des chiffres précis, mais le succès semble assuré», se réjouit Olivier Coubès, responsable de Time Up. Le site n'a pourtant quasi-pas fait de publicité jusqu'ici, et il doit une grande partie de sa fréquentation au bouche à oreille.

Ce portail confirme surtout un phénomène constaté cette année, à savoir l'augmentation régulière de postulants étrangers. Principalement de France voisine, «mais aussi de pays plus inattendus, comme l'Algérie, par exemple.» L'entrée en vigueur de l'Accord sur la libre circulation des personnes, le 1er juin 2004, joue sans nul doute un rôle considérable. Sur la home page, quatre marques horlogères sont affichées en tant que partenaires, Chopard, de Grisogono, Frédéric Piguet et Piaget.

Mais le manque de main-d'oeuvre qualifiée en Suisse se fait sentir partout. Ainsi, Chez Girard-Perregaux, un cadre qui souhaite garder l'anonymat constate que «beaucoup de postes qui auraient pu être attribués à des Suisses l'ont été à des étrangers; non seulement en ce qui concerne les ouvriers spécialisés, mais aussi au niveau des cadres: du marketing à la manufacture, 5 départements sur 8 sont tenus par des Français, y compris le nouveau directeur opérationnel du groupe, qui vient de chez Richemond».

En ce qui concerne les personnels techniques, la Suisse a pris du retard dans la formation à l'interne. Chez Ulysse Nardin, au Locle (NE), «une structure de formation a été mise en place il y a trois ans», explique le responsable des ressources humaines, Ludovic Meier. Elle ne forme actuellement que deux apprentis. Pour pallier ce manque, des cours modulaires du soir sont dispensés au Centre intercommunal de formation des Montagnes neuchâteloises (Cifom), au Locle. De quoi décrocher un CFC au bout de... six ans.

Une relève au compte-gouttes qui explique l'afflux d'horlogers de France voisine, où le Centre de formation de Morteau s'avère très performant. Les frontaliers sont attirés par le salaire, mais surtout ils «sont plus mobiles que les Suisses, et restent moins attachés à une ville et à une entreprise en particulier», observe Ludovic Meier. A noter, ajoute-t-il, que «beaucoup de Finlandais qualifiés viennent travailler en Suisse, car ils n'ont pas assez de débouchés dans leur pays». Au total, un quart des quelque 200 employés d'Ulysse Nardin viennent de France.

Secrétaire de la Convention patronale de l'industrie horlogère (CPIH), François Matile confirme que «le nombre d'horlogers étrangers est passé en dix ans de 20 à 25%». «On le constate en Ajoie, dans la vallée de Joux, mais aussi à Schaffhouse ou au Tessin, régions où les ouvriers spécialisés allemands ou italiens sont nombreux.» Il relativise toutefois en soulignant que «70 à 80% d'entre eux sont des résidents». Il ne craint pas, en revanche, une déperdition à terme du savoir-faire helvétique: «Il ne faut pas céder au syndrome de l'horloger qui viendrait acquérir un savoir-faire ici pour repartir dans sa Bretagne natale».

IVAN RADJA
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