L'édito de la semaine: Tapis rouge

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H. Moser & Cie. est la plus récente Maison à succomber à la tendance des cadrans rouges. Il n’est désormais plus question de déterminer si le rouge — en cadran ou en détail — figure parmi les grandes orientations de 2026. La véritable interrogation porte plutôt sur l’ampleur que prendra ce phénomène.

Chez H. Moser & Cie., à Schaffhouse, l’enthousiasme est palpable à l’occasion du lancement, ce 18 février, de la Streamliner Tourbillon Concept Ceramic. C’est la première fois que la marque propose un modèle en céramique, introduisant ainsi ce matériau résistant aux rayures au sein de la collection Streamliner. Tout cela mérite l’attention, certes, mais ce qui m’a véritablement donné envie d’écrire sur cette montre, c’est le choix d’y déployer l’expertise maison du cadran fumé dans un rouge puissant, quelque part entre le rouge Coca-Cola et l’esprit de Noël, qui se fond progressivement dans le noir à la périphérie.

En 2026, le rouge s’est déjà imposé sur les podiums parisiens et new-yorkais. Nous l’avons aussi vu s’afficher chez Vacheron Constantin, Jaeger-LeCoultre, Alpina, IWC, Montblanc ou encore Chanel. À mon sens, ces créations illustrent parfaitement l’évolution profonde de l’industrie horlogère depuis que Nicolas Hayek Sr. (1928–2010) déclarait : « tout se passe en Suisse, mais dix ans plus tard ». Bien qu’il parlait alors de son souhait de mourir en Suisse, cette formule s’applique volontiers à un secteur longtemps resté relativement hermétique aux influences rapides de la mode.

Des détails rouges — comme un 12 ou un XII écarlate — apparaissaient déjà sur les cadrans au début du XXe siècle, et des cadrans entièrement rouges existaient dans les années 1960 et 1970. On pense notamment aux célèbres cadrans Stella de Rolex, mais le phénomène demeurait alors confidentiel. En 2026, en revanche, le rouge s’impose enfin comme une tendance grand public. Cette évolution intervient après quelques années marquées par des précurseurs tels que Jaeger-LeCoultre, Rado ou Breitling.

Il n’est peut-être pas étonnant que le rouge s’affirme aujourd’hui : issue à l’origine de l’ocre rouge, cette couleur fut l’un des premiers pigments naturels utilisés par les humains préhistoriques. L’usage de ce pigment à base d’oxyde de fer remonte à 250 000 ans. Plus récemment, le rouge a été associé à des émotions contradictoires, voire paradoxales : l’amour et la guerre, la passion et la colère, la vitalité et le danger — des sentiments que nous connaissons tous. Et s’il y a bien une chose que notre époque illustre, c’est que l’amour des uns devient souvent la guerre des autres. Par ailleurs, en période d’incertitude, il est naturel de revenir à ses racines, à ce que l’on maîtrise le mieux.

Autre élément à considérer : en Chine, le rouge est perçu comme une couleur porte-bonheur. Certains des cadrans rouges que nous voyons aujourd’hui ont d’ailleurs été créés pour célébrer le Nouvel An chinois et l’Année du Cheval, qui a débuté hier, le 17 février.

À deux mois de Watches & Wonders, je suis très curieux de découvrir l’ampleur que prendra la tendance des cadrans rouges lors du prochain salon. Une chose est sûre toutefois : je suis convaincu à cent pour cent qu’en 2026, nombre d’amateurs de montres afficheront un rouge éclatant au poignet.

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