Louis Nardin

Tous deux partagent de nombreux points communs et une façon d'être sans doute un peu ambivalente. le sagittaire se révèle aussi sportif, instinctif et aventurier que courtois, charmant et croqueur de chic. Paradoxalement élitiste et populaire à la fois, le polo est édifié sur la tradition, le respect des valeurs et la quête constante de perfectionnement. Les marques horlogères ne s'y sont pas trompées. Des terrains pour les marchands du temple

La Reverso Squadra World Chronograph Polo Fields de Jaeger-LeCoultre, en céramique et titane ou céramique et or, reprend le même principe du boîtier réversible de la première Reverso de 1931.
Le néophyte n'y a vu que du feu. Perchés sur leurs montures soigneusement bichonnées, les joueurs de polo se ruent sur la balle en mouvement. Les chevaux s'entrechoquent flanc contre flanc, les experts assurent qu'ils prennent ça comme un jeu, une qualité indispensable. Les maillets en bambou fendent l'air haut dessus les bombes et viennent s'abattre à quelques centimètres du sol. Déjà, la petite sphère fuse sur l'herbe et c'est une course à bride abattue qui commence. Ça crie, ça jure, et ça repart déjà dans l'autre sens. Goal ! Inventé en Perse 600 ans avant J.-C. pour entraîner les unités de cavaliers, le polo apparaît sous sa forme actuelle en 1834 dans l'Himalaya. Dans la ville de Silchar in Assam, les colons anglais s'initient à ce sport qu'ils s'approprient et baptisent “Polo” en référence à “pulu” signifiant balle en tibétain. Très vite le polo se diffuse dans le Commonwealth amenant même Winston Churchill à déclarer qu'“un handicap en polo équivaut à un passeport pour le monde.” En 1931, René-Alfred Chauvot, meilleur styliste de l'époque, répond aux exigences sportives des officiers britanniques de l'armée des Indes: trouver une montre qui résiste aux chocs durant les matchs de polo. Ce boîtier exceptionnel, capable de protéger en toutes circonstances les précieux rouages d'une mécanique horlogère, signe la naissance d'une légende qui se perpétuera à travers les générations: la Reverso. Véritable succès auprès des joueurs, la montre scellera l'entrée de la marque dans ce sport.
Sport passion
Noblesse, vitesse, contact, précision, ces notions inspirent depuis toujours les règles du polo. La patiente préparation des chevaux et des hommes, la fusion dans le jeu de ces deux êtres, l'essence du polo vient justement du fait que chacun des deux éléments est exalté par la complicité de l'autre. L'ambiance qui règne sur les places de concours en fait tout à la fois une discipline sportive mais aussi un évènement mondain où l'on croise des gens motivés par la même passion. Piaget, Rolex, Cartier, Jaeger-LeCoultre ou encore Hublot, le fan de polo doit s'attendre à croiser à coup sûr l'un de ces noms lors d'une rencontre. Pourquoi un tel succès d'un sport somme toute confidentiel ? “Le polo véhicule des valeurs essentielles telles l'endurance, la précision, la passion et la performance, explique-t-on chez Rolex. Par ailleurs, son caractère prestigieux rassemble la clientèle haut-de-gamme que nous visons.” Ce deuxième argument, souvent confessé à demi-mot par d'autres marques, oriente pourtant de nombreuses stratégies marketing vers ce sport. D'autres éléments renforcent encore son attractivité. “C'est un sport passion, explique Isabelle Gervais, Directrice des Relations Publiques Internationales chez Jaeger-LeCoultre. Même directement lié à l'univers du luxe, il véhicule une idée de simplicité. Certains joueurs ne manquent pas de moyens et pourtant ils s'occupent eux-mêmes de leurs chevaux.” Cette union étroite entre l'homme et l'animal ressort comme un point central dans l'intérêt du polo. “On assiste à une symbiose donnant une noblesse particulière à ce sport”, note Dominique Tadion, Responsable des Relations Presse chez Rolex.
Sport image
Arrivé depuis peu dans cet univers, Hublot soutient déjà un événement et un joueur. “En fait, nous suivons notre clientèle, explique Jean-Claude Biver, CEO de la marque, pour justifier sa stratégie. S'il a pu être relativement sectaire par le passé, le sport, en général, s'est démocratisé. Les règles tacites qui liaient une discipline à un public se sont estompées. En s'impliquant dans le polo, Hublot agit comme la concurrence : rester le plus proche possible d'acheteurs potentiels qui, aujourd'hui, suivent un match de foot avant d'assister à un tournoi de golf le lendemain.” Depuis quelques d'années, le polo semble devenir un enjeu de plus en plus central dans la stratégie des marques, avec des partenariats sportifs soutenus dans de nombreux pays et des accords passés avec les meilleurs joueurs du monde. Dernier exemple en date avec piaget. La marque s'est associée en septembre dernier à la formation pilara piaget, du nom d'un club des environs de Buenos Aires. Cette équipe a participé à la “Triple Couronne”, une compétition réputée pour être l'une des plus importantes du circuit mondial. Le polo deviendrait-il donc une corde nécessaire à l'arc de toute marque ? Cela constituerait en tout cas un autre point commun avec cet archer légendaire qu'incarne le sagittaire.
Règles du polo
Exigeant, entre autres, de la précision et une bonne condition physique, le polo met en concurrence deux équipes éventuellement mixtes comptant quatre joueurs. Le but : envoyer une balle dure d'une centaine de grammes entre deux poteaux. Les parties se déroulent en périodes appelées “chukkers” de 7 minutes trente se répétant huit fois au maximum. Habituellement disputées sur herbe, il existe aussi des compétitions hivernales à l'instar de la polo Cup de Gstaad en suisse. Comme pour le golf, un système de handicap note la qualité des joueurs. Certaines variantes étonneront le quidam. En effet, le cheval est parfois remplacé par un chameau, un éléphant ou encore un vélo.

#2 - Décembre 2008
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