Transformer l'art en mesure du temps

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La manufacture s'est associée à Jean-Paul Barbier-Mueller
Vacheron Constantin_322305_0Masque Indonésie également en bois polychrome

La manufacture s'est associée à Jean-Paul Barbier-Mueller pour créer une collection exceptionnelle, très remarquée au SIHH.

Quand l'art se fait garde-temps

«Au départ, je n'étais pas très chaud, même effrayé à l'idée que l'on reproduise mes masques. Mais le résultat dépasse tous mes a priori!» Célèbre collectionneur, le Genevois Jean-Paul Barbier-Mueller est un véritable puriste.

Pas étonnant dès lors que le fondateur du musée éponyme - qui fête cette année ses 30 ans à Genève - n'a pas été immédiatement emballé par l'idée de Vacheron Constantin: transposer quatre masques de son incroyable collection dans des montres mécaniques. Présenté à l'édition 2007 du Salon international de la Haute Horlogerie de Genève (SIHH), qui a fermé ses portes samedi, le résultat de ce partenariat a fait forte impression parmi les professionnels de l'industrie.

Il faut dire que l'aventure relève du véritable défi technique. Convaincre Jean-Paul Barbier-Mueller ne semble pas non plus une mince affaire. Mais si le collectionneur s'affiche comme un homme résolu, le patron de la manufacture horlogère genevoise Jean-Claude Torres n'en montre pas moins de persévérance. «Certains partenariats sont d'une telle évidence qu'il paraît surprenant qu'ils ne se concrétisent pas plus tôt. L'art et l'horlogerie, bien souvent, ne font qu'un», lance Jean-Claude Torres.

Des arguments qui font mouche. Séduit par l'idée de transformer l'art primitif en mesure du temps, Jean-Paul Barbier Mueller sélectionne quelques pièces parmi les 800 masques en sa possession. Des visages représentant les quatre continents sont sélectionnés. D'un côté, l'Alaska avec un masque frontal du peuple Tlingit et l'Afrique, représentée par une pièce congolaise de 1939 que l'on a qualifiée longtemps - à tort - de première inspiration de Picasso.

De l'autre, la Chine et son masque funéraire de la dynastie Liao et enfin l'Océanie avec un masque en bois de l'île de Java racheté à la célèbre collection du Professeur Czeschka.

 Masque Alaska en bois polychrome  Masque Congo en bois mi-dur polychrome  Masque en bronze doré de Chine

Complication extrême

Venu spécialement vendredi au SIHH, Jean-Paul Barbier Mueller admire ses masques accrochés aux murs du stand Vacheron Constantin. Les yeux brillants, le collectionneur regorge d'anecdotes sur chaque pièce de sa collection. Laquelle préfère-t-il? «Ne me demandez pas de choisir, ce sont mes enfants», souffle-t-il, avouant toutefois une certaine préférence pour la montre intégrant le masque chinois. «C'est la reproduction la plus fidèle. Elles sont toutes incroyablement réussies. Je suis très fier que ce travail ait été réalisé par une entreprise genevoise», explique-t-il.

Un travail d'une complication extrême. Afin de conserver l'authenticité des masques, chaque pièce a été miniaturisée en trois dimensions. Confectionné en or, le masque est ensuite confié au graveur genevois Olivier Vaucher, qui burine et cisèle minutieusement chaque trait du visage.

Reste ensuite à reproduire sur l'or la couleur originale des masques ainsi que l'usure du temps. Traitements chimiques, galvaniques, dépôts de cuivre, autant de procédés scientifiques qui donnent aux reproductions horlogères un aspect plus vrai que nature. Et qui expliquent le prix des montres: 400 000 francs le coffret des quatre garde-temps. Destinée aux collectionneurs de haute horlogerie, la collection «Les Masques» de Vacheron Constantin est limitée à 25 exemplaires et sera renouvelée pendant trois ans avec quatre nouveaux masques chaque année.

Les salons genevois cartonnent

«Ne demandez pas à un horloger s'il a fait de bonnes affaires au SIHH. Il vous répondra forcément oui sans vous donner de chiffres pour autant», ironisait il y a quelques jours Michel Nieto, patron de Baume & Mercier. Il n'empêche. Conjoncture économique ultra-favorable oblige, les salons horlogers genevois ont à nouveau battu des records cette année.

En témoigne Georges-Henri Meylan, le patron de la manufacture indépendante Audemars-Piguet. «Nous avions pour objectif de réaliser entre 450 et 470 millions de chiffre d'affaires cette année. Avec les commandes que nous avons enregistrées au SIHH, ce chiffre sera largement dépassé», sourit-il.

Même son de cloche chez Jaeger-LeCoultre, Vacheron Constantin ou Piaget. «Notre bilan SIHH est non seulement positif mais aussi très équilibré entre horlogerie et joaillerie, collections hommes et femmes», note le patron de Piaget Philippe Leopold-Metzger, qui cite à titre d'exemple le collier Monte-Carlo qui, au prix de 320'000 francs, a été vendu quatre fois cette semaine.

D'autres marques exposantes ont profité du salon pour créer des contacts. «Nous souhaitons nous faire mieux connaître auprès des détaillants», explique Jean-Marc Jacot, délégué de la Fondation Sandoz, propriétaire de la marque Parmigiani.

Au total, le SIHH a accueilli cette année 13'000 visiteurs professionnels dont 1300 journalistes.

Du côté de Genthod, le WPHH de Franck Muller a lui aussi cartonné. Les 7 marques du groupe ont accueilli en 7 jours plus de 6000 visiteurs dont 550 journalistes, soit plus de 20% par rapport à l'édition 2006.

 

Les partenaires


Jean-Paul Barbier-Mueller, collectionneur. (P. ABENSUR)  
Juan-Carlos Torres, patron de Vacheron Constantin. (KEYSTONE)

 

Tribune de Genève / Florence Noël / www.tdg.ch

 

Marque
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