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Bêtes noires

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Pour briller dans l'obscurité, les horlogers utilisent des solutions éclatantes. Lumières sur ces pigments luminescents qui offrent de lire l'heure dans le noir.
Revolution #7 - Mars 2010Celine Yap

 

Les phénomènes de luminescence existent depuis des milliers d'années ; on en trouve des mentions dans différentes mythologies et dans la Bible. Les lucioles, les vers luisants, les luminescences des souches d'arbres ou d'autres luminescences naturelles ont toujours attiré la curiosité de l'homme. L'étude théorique de la luminescence a débuté avec la naissance de la physique quantique et a progressé avec le développement de la physique des solides. En horlogerie, difficile d'imaginer une époque antérieure aux aiguilles et index luminescents, tant la technique est aujourd'hui considérée comme acquise. Les scientifiques ont découvert la luminescence en expérimentant la radioactivité.

 

 

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Bell & Ross Instrument BR 01-94 © Revolution

 

 

Au début des années 1900, un composé largement utilisé était constitué de sulfure de zinc, devenu phosphorescent au contact de petites quantités de substances radioactives comme le radium, ou suite à une exposition à la lumière ultra-violet. Le sulfure de zinc, avec des traces de cuivre ou de cobalt, de couleur jaune, émet une lumière jaune-vert. Quelques minutes suffisent pour l'activer, voire un éclair de flash pour certaines applications. Précurseur en la matière, Officine panerai a été l'un des premiers à rendre ses aiguilles et index luminescents.  Au début des années 1900, chargé par la marine royale italienne de créer des montres de plongée qui pourraient être utilisées dans le noir, Guido panerai a expérimenté des matériaux luminescents pour ses montres. En 1910, Officine panerai brevetait Radiomir : à la fois le nom donné aux montres créées spécifiquement pour les commandos italiens mais aussi la référence à un matériau luminescent à base de radium. Ce composé de sulfure de zinc, de bromure de radium et de mésothorium a ensuite été remplacé par le Luminor dès 1949, puis par le tritium, enfin récemment par le Super-LumiNova®, un matériau de la dernière génération qui assure une lisibilité maximale, même dans le noir.

 

 

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Chronoswiss Timemaster Chronograph Date © Revolution

 

 

Car, bien que très fonctionnels, les deux modèles Radiomir et Luminor souffraient d'un inconvénient majeur : leur radioactivité. Ainsi, les chercheurs ont commencé à développer des alternatives plus sûres, comme le LumiNova et le Super-LumiNova. Il est aujourd'hui beaucoup moins fréquent mais toujours possible de trouver des montres avec du tritium.

 

 

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Rolex Sea-Dweller DEEPSEA © Revolution

 

Rolex, par exemple, utilisait le tritium jusqu'à la fin des années 1980 avant d'adopter le LumiNova. Ball Watch Company demeure pour sa part l'une des rares marques leader dans l'utilisation du tritium, qui, grâce à sa patine unique, développée au fil du temps, demeure très populaire auprès des collectionneurs. Le procédé utilisé par Ball Watch est une technologie suisse de pointe consistant à capturer le tritium sous forme de gaz dans des microtubes de verre.

 

 

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Jaeger-LeCoultre AMVOX2 Chronograph © Revolution

 

Lorsque les molécules de tritium viennent frapper la surface interne colorée des capsules, une énergie lumineuse se dégage. Ce phénomène peut se produire pendant plus de 20 ans sans nécessiter de recharge provenant d'une source extérieure. Ainsi, optant pour le “ never dark ”, la grande majorité des manufactures horlogères réalise aujourd'hui de lumineux modèles. Le Super-LumiNova en est une des plus brillantes démonstrations. 

 

 LumiNova et Super-LumiNova.

Dernière génération de pâte lumineuse, disposée sur les aiguilles et les chiffres, emmagasinant la lumière et la restituant dans l'obscurité, le LumiNova a été conçu et breveté par la firme japonaise Nemoto & Co (société japonaise spécialisée dans la fabrication des pigments depuis 1941). Basé sur la chimie d'aluminate d'oxyde de strontium, il s'oppose aux anciens pigments dérivés des radio-isotopes (radium, tritium) ou aux colorants phosphorescents conventionnels qui sont basés sur le sulfure de zinc. Contrairement aux Radiomir, Luminor et tritium, il est activé par la lumière et diffuse une lueur dans des conditions de faible luminosité (il est aussi très sûr et ne présente pas de danger pour l'environnement). Il a enfin pour avantage une grande stabilité dans le temps. 

 

 

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Bell & Ross Intrument BR 02 1000M © Revolution


Le Super-LumiNova, comme son nom l'indique, a éclipsé le LumiNova avec une luminosité 10 fois supérieure. Développé par la société suisse LumiNova AG en collaboration avec Nemoto & Co et RC Tritec Ltd, le Super-LumiNova se recharge à la lumière ambiante (naturelle ou artificielle) et possède la particularité de restituer cette énergie dans la durée et sous forme d'une lumière très brillante : la luminosité décroît progressivement, mais les éléments recouverts de ces peintures peuvent briller plusieurs heures (de 3 à 8 heures selon le produit et la quantité de matière). Beaucoup de peintures conventionnelles sont à base de sulfure de zinc et leur durée d'émission n'est que de quelques minutes – au maximum d'une heure – alors que les nouvelles matières, plus élaborées se rechargent plus rapidement et émettent plus longtemps. 

 

 

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Panerai Radiomir Black Seal © Revolution

 

 

 

 

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