Révolution #1 - Septembre 2008Textes Jack Forster
Adaptation Michel Jeannot

L'Overseas Dual Time © Vacheron Constantin
Classe affaires : la montre de luxe à double fuseau horaire
Pour tous ceux qui se laissent guider dans les airs, c'est probablement Patek Philippe qui livre la version la plus raffinée de la montre à double fuseau horaire, dont le dernier modèle du genre, la Réf. 5134 Travel Time, s'inspire de la forme classique du boîtier de la Calatrava. Se déclinant en or blanc, jaune et rose ainsi qu'en platine, la Travel Time, à remontage manuel, est, à sa façon, aussi représentative du genre que peut l'être la GMT-Master. Son boîtier est d'une simplicité que ne renierait pas Brancusi, et son cadran réunit distinctement tous les éléments utiles aux hommes d'affaires, sans rien céder de l'élégance sobre de la ligne Calatrava, et des montres Patek Philippe en général.

Dans l'esprit de beaucoup, et particulièrement depuis quelques années, les grands classiques d'Audemars Piguet sont submergés par la puissance sportive et marine des Royal Oak Offshore. C'est oublier que dans un registre légèrement plus discret, la Royal Oak fait elle aussi une place à la complication double fuseau. Un choix logique si l'on songe que ce modèle a une personnalité plus modulable qui conviendra mieux à l'homme d'affaires préférant au cachet traditionnaliste de la Patek Réf. 5134 une note plus accrocheuse, mais restant dans le ton sobre du monde des affaires. La Royal Oak Dual Time s'inscrit dans la descendance directe de la Royal Oak Time Zone et ajoute à son cadran un indicateur jour/nuit 24 heures, en plus d'un quantième.

Pour ceux qui souhaitent explorer un registre plus flamboyant mais néanmoins raffiné, le choix est fait. Il se portera sur les montres Bovet 1822 ou leurs petites soeurs Dimier. Leur style inspiré des montres à gousset, leurs cadrans ouvragés à la main par des artisans et leur production en éditions limitées en font la montre de choix pour les connaisseurs qui apprécient les garde-temps marquant leur différence sans se départir d'un certain classicisme. Bovet a fait son entrée dans l'univers du double fuseau ou du GMT avec une montre plus compliquée que la Royal Oak ou la Calatrava. Comme son nom l'indique, la Quantième Perpétuel Rétrograde GMT cumule fonction GMT (ou double fuseau horaire) et calendrier perpétuel muni d'un quantième à fonction rétrograde (qui revient automatiquement en position de départ à chaque début de mois).

Quelles informations se révèlent vraiment indispensables à l'homme d'affaires en déplacement ? L'inévitable double fuseau horaire, qui donne à la fois l'heure de la destination et du lieu de départ ; l'indication des 24 heures, qui se matérialise, selon les maisons horlogères, par une graduation 24 heures ou par un indicateur jour/nuit, comme sur la Royal Oak ; et le quantième, qui représente lui aussi un atout indéniable. Ainsi, en conjuguant le double fuseau horaire au calendrier perpétuel, Bovet a créé un modèle Dimier qui est à la fois élégant et pratique.

La collection Overseas de Vacheron Constantin a repensé l'allure formelle de ses débuts en 1996 pour évoluer vers des formes et des dimensions très intuitives, exécutées avec toute la finesse et la subtilité reconnue de cette maison. L'Overseas Dual Time est la montre de voyage idéale. Son boîtier est robuste, son cadran, immédiatement lisible, est orné d'index luminescents et les informations essentielles apparaissent instantanément. Autant d'éléments qui font de l'Overseas Dual Time un compagnon indispensable de voyage.

Connue pour ses modèles architecturaux inspirés des bijoux gréco-romains, Bulgari a créé en 2006 la montre Assioma Complications munie d'un tourbillon, d'un calendrier perpétuel et d'un indicateur de second fuseau horaire. Mais c'est dans la lignée des Diagono que s'inscrit son tout dernier modèle à double fuseau horaire. La Diagono Professional Aria GMT dégage ce caractère et cette audace stylistique propres à Bulgari ; son aiguille 24 heures indépendante et son quantième donnent au voyageur l'essentiel des informations, sans rompre l'harmonie épurée du design d'ensemble.

De son côté, de Grisogono a pris un parti plus radical. La FG One, dans son boîtier massif et ses larges rainures verticales, rompt l'unité du cadran et opte pour un affichage éclaté des secondes et des minutes, sur le mode rétrograde (la seconde rétrograde apparaît sous l'affichage principal, dans un guichet en demi-cercle, qui contient également un indicateur jour/nuit). Les heures s'égrènent quant à elles via un mécanisme sautant. Comme sur la Spitfire UTC d'IWC, l'affichage du second fuseau horaire n'est plus analogique mais numérique, dans un second guichet en arc de cercle. La FG One joue du contraste entre l'exubérance cinétique de cet éclatement et un design d'ensemble d'une solidité imposante, où la technique, d'une impassible sérénité, se coule dans des formes géométriques épurées, où l'esthétique devient une fin en soi.
Un autre modèle mérite tout autant d'attention : la Too Much GMT, de Roger Dubuis, produite en édition limitée à 28 exemplaires comme l'essentiel des modèles de la marque. Son cadran a une structure éclatée ; les deux fuseaux horaires s'affichent séparément et les minutes s'écoulent dans un guichet central plus large, de forme carrée. Malgré l'audace de son format et le dialogue orchestré entre l'acier bleui et la nacre, cette montre affiche à certains égards une surprenante austérité. Les indications fonctionnelles se réduisent ainsi au strict minimum et font même l'économie de l'affichage des secondes. Le résultat est aussi harmonieux que spectaculaire.

À l'instar de la montre à Quantième Perpétuel Rétrograde avec GMT signée Bovet, la Big Ben GMT de Franck Muller joint au double fuseau horaire une seconde complication : l'alarme, qui s'avère d'une grande utilité. Outre l'indication horaire classique, le second fuseau horaire et l'alarme sont complétés d'un quantième. La Sonata Cathedral Dual Time d'Ulysse Nardin est, elle aussi, équipée d'une alarme mais, ajoutant une complication de plus à son arc, elle met mécaniquement en musique des fonctions qu'on ne trouve habituellement que sur les montres à quartz ! Ce modèle réussit en effet un impressionnant cumul. On y trouve l'heure, un second fuseau horaire sur 24 heures, une alarme, un quantième ainsi qu'un compte à rebours pour le chronométrage des temps. Le timbre extrêmement clair de la Sonata est légendaire et la lisibilité de cette montre particulièrement compliquée demeure intacte du fait de ses aiguilles ajourées.

Ulysse Nardin a décliné la complication GMT dans de nombreuses versions. La plus remarquable est peut-être la célèbre Perpetual Ludwig, l'une des montres à quantième perpétuel les plus pratiques au monde.
Elle conjugue un quantième perpétuel synchronisé à une fonction GMT que l'on peut faire avancer ou reculer aisément à l'aide d'un large poussoir situé sur le boîtier. Facile à manier, il évite de devoir tirer et manipuler la couronne. La Perpetual Ludwig modifie automatiquement le quantième dans la bonne direction, selon que l'aiguille des heures franchit dans un sens ou dans l'autre la limite de minuit.
La gamme GMT d'Ulysse Nardin forme quasiment une collection à elle seule. Le double fuseau horaire se retrouve en effet sur la Michelangelo UTC Dual Time, la Quadrato Dual Time Perpetual, la GMT± Big Date, la Dual Time Ladies et la Dual Time 42 mm.
Girard-Perregaux et Jean Richard, les poulains du Groupe Sowind, comptent toux deux des GMT dans leurs collections.

Chez Girard-Perregaux, le Chronographe King Size GMT, qui se présente dans un boîtier Vintage 1945, en impose tout en finesse. La “ 2TimeZones ” de Jean Richard est animée par un mouvement JR1000 et affiche son second fuseau dans un guichet à douze heures. Un indicateur de ville et d'alternance jour/nuit complète le tableau. Chacun de ces deux modèles est équipé d'un système indépendant de mise à l'heure du second fuseau, que commande un poussoir situé sur le boîtier. Mais la “ 2TimesZones ” se distingue par un poussoir supplémentaire, qui permet d'avancer ou de reculer facilement l'aiguille des heures.
Une autre montre à double fuseau se distingue par sa beauté et sa fonctionnalité : la Kalpa Tonda “ 42 H emispheres ” de Parmigiani Fleurier. L'heure s'y égrène sur douze graduations dans chacun des fuseaux et est assortie d'un indicateur jour/nuit ; un quantième défile dans un guichet à neuf heures et les courbes du boîtier offrent un contrepoint gracieux aux compteurs placés asymétriquement. La Kalpa, enfin, fait appel à des procédés de coloration uniques et est montée sur des bracelets Hermès. Rien que pour le plaisir de l'utiliser, son détenteur pourrait facilement contracter le virus du voyage.

Master World Geographic © Jaeger-LeCoultre
La RM 003V2 de Richard Mille (cette “ version deux ” se singularise par sa platine en nanofibres de carbone) s'apparente par la forme à la Tonda “ 42 H emispheres ”. Mais la RM 003V2, dotée d'un tourbillon et d'un mouvement à remontage manuel, si elle intègre elle aussi un second fuseau horaire, entraîne l'horlogerie dans une direction entièrement nouvelle. Si la fonction GMT est bien la complication la plus emblématique de la conquête de l'air, la RM 003V2, par son recours à des matériaux et des procédés de pointe, en est peut-être la plus puissante expression.