Le Matin - 29 avril 2010
Catherine Hurschler
Mercredi matin, au siège de l'horloger Tag Heuer, à La Chaux-de-Fonds. Deux confrères masculins anglais jouent à qui fera le plus beau compliment sur Jenson Button, champion du monde en titre de formule 1 et actuel leader du classement chez les pilotes. «C'est un garçon vraiment charmant», dit l'un. «Non, c'est un homme tout à fait délicieux», rétorque l'autre. A ce point?

A peine le temps de se retourner qu'il est là, chemise blanche et costume sombre, sourire de star. Jenson Button, 30 ans, une allure de gentleman qui en impose. Le pilote de McLaren est l'un des ambassadeurs de l'horloger suisse et il a découvert hier les ateliers de la marque. «C'est la première fois que je découvre comment se fabrique une montre, c'est incroyable», sourit l'Anglais, amoureux des belles tocantes depuis son adolescence. «Il possède au moins dix de nos modèles, dont huit qu'il a acquis avant de travailler avec nous», relève Jean-Christophe Babin, CEO de TAG Heuer. Dans le musée qui regroupe 150 ans d'histoire(s) de la firme, Jenson Button se sent tout chose. Serait-il étourdi par les légendes du sport qui défilent au-dessus de sa tête sur un écran à 360 degrés? Que signifie son silence lorsqu'il s'arrête devant les exploits de Juan Manuel Fangio, quintuple champion du monde? Jenson Button a la modestie trop chevillée au corps pour évoquer à cet instant son propre parcours.
L'instinct de compétition
«Quand on est en course, c'est la vie. Tout ce qu'il y a avant ou après peut attendre.» Ce n'est que devant cette réplique du pilote et acteur Steve McQueen, tirée du film «Le Mans», que Button nous embarque dans son monde. «C'est exactement ça. C'est fou», lâche-t-il à propos de ses émotions au volant. Puis, passant devant les portraits d'Alain Prost et d'Ayrton Senna, Jenson Button s'enflamme encore un peu plus: «Leurs disputes pour la victoire m'ont marqué quand j'étais enfant. Je n'ai réalisé que récemment à quel point Prost et Senna étaient petits au niveau de la taille. J'ai eu l'honneur de pouvoir monter dans une voiture de l'époque et j'étais à l'étroit», raconte le champion qui mesure 1,73 m. Compétitif sur le bitume, Jenson Button le reste aussi à La Chaux-de-Fonds, une montre entre les mains. Il sait bien que l'acteur Leonardo DiCaprio a fait sensation le mois dernier au moment d'assembler un mouvement de chronographe. Ce sera pour lui le moment le plus délicat de la matinée, celui où il faut rester zen sous la pression de tout un atelier. «Vous pensez que j'ai de l'avenir dans les montres, après ma carrière en formule 1 » s'amuse Jenson Button.

La fierté des employés
Pour cela, il faudrait peut-être que le champion anglais installé à Monaco déménage en Suisse et à l'entendre, cela n'est pas pour demain: «Je suis en train de faire construire une maison sur l'île de Guernesey.» Dans l'entreprise, la présence de Jenson Button fait la fierté de tous les employés, qui se pressent pour faire une photo à ses côtés. «Vous savez, le mouvement qu'il a assemblé n'était pas qu'un simple test. On va vérifier que tout est bien en place et les composants techniques vont continuer leur chemin jusqu'à devenir une vraie montre que l'on mettra en vente», raconte le grand patron Jean-Christophe Baubin. Du côté des journalistes anglais, ce n'est pas tant l'habilité de Button à l'établi qui fait causer mais plutôt ses performances sur le terrain. «Il semble confiant pour la suite de la saison», confie l'un d'eux, après une interview avec le champion. Chouette! Si Button continue sur sa lancée, peut-être décrochera-t-il un second titre de champion du monde, condition sine qua non pour venir déposer son casque dans le musée de TAG Heuer. Quelqu'un saurait-il comment accélérer le temps?
