Tribune de Genève - 24 mars 2011
Roland Rossier
Les limousines noires glissent silencieusement dans les rues. Hôteliers et chauffeurs de taxi sont aux anges. Vous cherchez une chambre à Bâle? A part un lit dans un dortoir au prix de 48 francs, n'y comptez pas! La ville rhénane affiche complet. Il faut se rendre à Mulhouse ou Soleure pour s'héberger. Car Bâle s'est mise à l'heure de la foire, auréolée aujourd'hui par la présence du conseiller fédéral Didier Burkhalter.
Baselworld ouvre ses portes au moment où la branche ne cesse d'annoncer des bons chiffres, presque jusqu'à l'extase: les exportations se sont accrues en 2010 de 22%, à 16,2 milliards de francs, et la cuvée actuelle s'annonce tout aussi prometteuse.
Alors, les marques n'ont pas hésité à construire des stands qui s'apparentent, pour les plus prestigieux, à de véritables palais. Des monuments édifiés par plus de 30 000 personnes, l'équivalent de la population d'Yverdon ou de Vernier. Autres chiffres, livrés par Sylvie Ritter, directrice générale de Baselworld: 5200 tonnes de fer, 58 000 mètres carrés de tapis ou 7500 camions pour livrer tout cela.
Il suffit de parcourir les allées de la foire pour se rendre compte de l'importance des montants investis par les marques.

Style cubain colonial
Chez Ulysse Nardin, une manufacture neuchâteloise occupant 300 personnes, le coût du seul entreposage annuel de son superbe stand qui rappelle un navire s'élève, précise la responsable du marketing Susanne Hurni, à 300 000 francs. En y ajoutant plus de 200 000 francs pour le montage et le démontage, et environ autant pour la location durant les dix jours de la foire, le coût dépasse aisément 800 000 francs. «Mais notre décor reste classique et les montants dépensés raisonnables», précise encore la Neuchâteloise. Quelques pas plus loin, Marzio Villa, président de Cuervo y Sobrinos, une étonnante marque tessinoise s'inspirant notamment de la Cuba coloniale, indique que son stand aux couleurs vives, qui ressemble à une hacienda, «lui a coûté un million de francs». Jean-Claude Biver, patron de Hublot, précise que sa marque se situe dans les mêmes sphères: «Environ un million de francs.»

Un stand à 5 millions
Montons encore d'un cran: imposant et élégant à la fois, celui du fabricant TAG Heuer a coûté environ 5 millions de francs, indique Françoise Bezzola, vice-présidente de ce groupe qui occupe mille collaborateurs, dont 450 en Suisse. «Pour une marque de volume comme la nôtre, explique la responsable du groupe, notre stand représente une véritable plate-forme de communication. Une tribune. Nous entendons mettre en avant, à Bâle, le côté artisanal et helvétique de notre marque, qui est notamment apprécié par les détaillants asiatiques. Tout en restant ancré à l'international.» Et l'une de ses icônes est donc l'acteur Leonardo DiCaprio.

Bâle est-il un lieu où se nouent les affaires? Pas vraiment. «Entre 10 et 20% des commandes se font au cours du salon», indique Françoise Bezzola. L'essentiel des transactions se déroule logiquement tout au long de l'année. Mais la foire est incontournable.
Baselworld grandit
Des grands fabricants dépensent-ils encore plus? Certaines marques se refusent à articuler le moindre montant. C'est notamment le cas de Rolex, dont le stand est véritablement imposant, ou encore de Blancpain, l'une des marques de prestige de Swatch Group.
Nous ne saurons donc pas quelle marque a dépensé, selon une rumeur courant d'un stand à l'autre, 12 millions – ou même 15 millions de francs… Ce qui est sûr, en revanche, c'est que Baselworld ne cesse de grandir. Des investissements à hauteur de 430 millions de francs sont prévus, notamment dans le cadre d'une extension de la halle 1. Les marques bénéficieront donc de davantage de place pour construire leurs nouveaux palais.
