Les intentions hostiles envers Hermès ont été démenties par Johann Rupert. Dans un secteur en surchauffe sur le marché actions.
L'Agefi - 23 novembre 2010
Philippe Rey
Johann Rupert, président exécutif et directeur général de Richemont, a présenté son groupe comme un ami d'Hermès dans une lettre adressée à Bernard Arnault, président de LVMH. Johann Rupert a, en effet, démenti toute intention inamicale à l'encontre d'Hermès, selon Le Figaro et Le Monde. Contrairement aux allégations de gens proches de Bernard Arnault, spécialement Pierre Godé, vice président de LVMH, que Johann Rupert demande de faire cesser.

Richemont n'a jamais fait d'offre hostile d'aucune sorte. Ce n'est pas son style. Richemont ne détient pas de position substantielle dans Hermès et affirme posséder moins de 500 actions Hermès. Compagnie Financière Richemont, dont l'action a progressé de plus de 55% en 2010, affiche une capitalisation boursière de 31 milliards de francs actuellement.
C'est davantage que Hermès (15 milliards d'euros environ, soit approximativement 20 milliards de francs au taux de change actuel). LVMH est valorisé à près de 59 milliards d'euros et détient 17% du capital d'Hermès. La valorisation actuellement élevée de Hermès International rendrait difficile, voire impossible, toute offre publique d'acquisition (OPA). Sans oublier naturellement le statut en commandite de cette société et le contrôle d'une majorité des actions par les familles actionnaires.
Quoi qu'il en soit, il serait difficile de s'afficher en prédateur pour Richemont vu ces éléments. En dehors d'une fusion plus qu'aléatoire, seule une prise de participation minoritaire, avec l'adoubement des familles héritières, serait possible dans Hermès. A fin septembre, soit à la fin du premier semestre de l'exercice 2010-11, Richemont disposait d'une trésorerie nette proche de 1,9 milliard d'euros (soit 2,6 milliards de francs au taux de change actuel).
Richemont, à l'instar de LVMH, Swatch Group, LVMH ou Hermès, demeure une fantastique machine à générer des liquidités. Son taux d'autofinancement avoisinait 70% à la fin du premier semestre. Ce qui montre justement une forte aptitude à engendrer des flux de fonds d'exploitation, nets, qui augmentent dans la durée. Le cash reste une forteresse et un avantage compétitif pour le groupe Richemont. Au deuxième semestre de l'année fiscale en cours, des taux de change moins favorables et une base de comparaison plus élevée se traduiront vraisemblablement par un ralentissement de la croissance des ventes de Richemont. Ce dernier n'a pas besoin d'Hermès pour prospérer. De par leur positionnement exclusif et leur créativité exceptionnelle, les maisons du groupe, dont Cartier, Van Cleef & Arpels, Jaeger-LeCoultre, Vacheron Constantin et Mont Blanc, sont idéalement placées pour bénéficier du pouvoir d'attraction universel qu'exercent les produits haut de gamme européens dans le monde, selon Johann Rupert.
Dans cette perspective, elles adaptent leurs réseaux de distribution et leurs capacités de fabrication à la demande croissante de leur clientèle sur les marchés traditionnels comme sur les nouveaux marchés.
A des prix records
A peine deux ans après la chute de Lehman Brothers, les actions de différentes sociétés de l'industrie du luxe se trouvent aujourd'hui à un nouveau record historique. Les dernières semaines se traduisent par une accélération de la hausse pour les actions de Compagnie Financière Richemont, LVMH ou Swatch Group, par exemple. L'évolution récente s'apparente à une surchauffe. Une baisse des cours par rapport aux prix actuels est donc inévitable, à un moment ou un autre, sans que cela remette en question la tendance haussière à long terme de ces titres.Toutefois, les anticipations d'une reprise de la demande et le positionnement toujours plus fort de ces groupes, qui possèdent un avantage compétitif durable, attisent le momentum investing, c'est-à-dire des participants, qui tablent à court terme sur une poursuite de la hausse. Un tel jeu est dangereux, car il peut conduire à surpayer une société. En revanche, les véritables investisseurs à long terme doivent conserver les titres de ces entreprises. La plupart ont d'ailleurs payé un prix sensiblement plus bas que le cours actuel pour leurs actions. (PR)
