Malgré la progression de son chiffre d'affaires, le groupe de luxe a vécu une journée difficile en Bourse.
Tribune de Genève - 20 mai 2011
Roland Rossier
Victime de son succès, l'industrie horlogère cherche activement des bras et des têtes. Après Swatch Group, qui a confirmé chercher 500 à 700 collaborateurs pour son futur site de Boncourt (JU), c'est au tour de son concurrent Richemont d'annoncer la création de 800 emplois sur la vingtaine de sites industriels qu'il possède en Suisse. «Nous espérons pouvoir recruter ces 800 nouveaux employés d'ici à fin mars 2012», a encore précisé le groupe genevois, qui occupe 21 600 salariés dont 6600 en Suisse.

C'est pour pallier une demande très soutenue que l'industriel doit dénicher de nouveaux collaborateurs. Une demande qui, cela n'étonne plus personne, provient en particulier d'Asie. Ce grand marché représente désormais 37% des ventes du groupe. Et c'est la région qui a le plus progressé, avant les Amériques et l'Europe. Pourtant, le titre Richemont a perdu jusqu'à 5% en cours de séance, avant de clôturer à 55,15 (–1,5%). Pourquoi ce creux? Explications de Yasmina Barin, analyste auprès de la Banque Syz & Co SA: «L'évolution du chiffre d'affaires est en ligne avec les attentes. L'élément qui a pu décevoir le marché, c'est la rentabilité du groupe, qui s'est affaiblie au second semestre de son exercice annuel. Ce qui pèse notamment sur cette rentabilité, c'est le repositionnement de la marque Baume & Mercier. En la comparant à d'autres marques, on peut constater que ce positionnement intermédiaire pose problème. En revanche, les affaires se déroulent beaucoup mieux pour les montres ou les bijoux de prestige (Cartier, Van Cleef & Arpels ou IWC), dont la clientèle chinoise ou moyen-orientale reste friande.»
Analyste en charge des biens de consommation et de la distribu tion chez Bordier & Cie, Christophe Laborde abonde dans son sens: «Ce qui a déçu le marché, c'est une baisse de la marge opérationnelle au second semestre de leur exercice, à relier aux coûts de redimensionnement de Baume & Mercier et de la marque NET-A-PORTER.» «Autre élément expliquant cette baisse momentanée plus importante: la cherté du franc qui est à prendre aussi en compte dans le cas d'un groupe qui fabrique en Suisse et exporte pratiquement toute sa production», ajoute Yasmina Barin. Enfin, Christophe Laborde glisse que «le niveau du dividende est également un objet de déception».
Six sites industriels à Genève
Le groupe Richemont se frotte les mains. Pour son exercice annuel, qui s'achève le 31 mars 2011, le leader de l'horlogerie de luxe affiche une nette hausse de son chiffre d'affaires, de 33%, à 6,892 milliards d'euros (environ 8,7 milliards de francs). Le résultat d'exploitation, pour sa part, bondit de 63%, à 1,355 milliard d'euros (1,7 milliard de francs). Mis à part le Japon (+1%), tous les marchés ont fortement progressé (en change constant): 36% pour la région Asie-Pacifique, 30% pour les Amériques, 20% pour l'Europe. Les affaires du pôle joaillier, surtout représenté par la marque Cartier, se sont appréciées de 29%, à 3,4 milliards d'euros, et le pôle horloger de 31%, à 1,7 milliard d'euros.
Le groupe Richemont est éclaté sur 22 sites en Suisse. Il possède notamment six fabriques à Genève: Cartier, Roger Dubuis et Stern Créations à Meyrin, Piaget et Vacheron Constantin à Plan-les-Ouates, Van Cleef & Arpels à Carouge. Le siège international est à Bellevue.
L'industriel est aussi notamment implanté dans l'arc jurassien, et dans les cantons de Vaud et de Fribourg.
