GMT - Automne-hiver 2009Christophe Persoz
Pionnier d'une architecture horlogère novatrice empreinte de technicité, Richard Mille a rapidement été imité avec plus ou moins de légitimité et de réussite. Plutôt que de polémiquer sur la créativité ou la bonne foi de ses concurrents, relevons simplement que si ceux qui lui ont emboîté le pas sont nombreux, c'est que l'idée originale a suscité un large engouement auprès de tous.
L'habillage
L'une des visions que Richard Mille a apportée à l'horlogerie contemporaine est de ne plus considérer le mouvement et l'habillage comme deux éléments distincts, mais bien de fusionner ceux-ci en une entité unique dès la conception de chacun des modèles de la marque. Afin de préserver le protocole des tests de notre banc d'essai, nous avons pris le parti de dissocier «traditionnellement» les différents composants de la RM 023.

La boîte, en or gris 750, impressionne par son orientation volontairement technique autant que par la fluidité de ses courbes et son irréprochable ergonomie. La difficulté d'obtenir un bon équilibre des proportions dans une boîte de forme tonneau est ici parfaitement maîtrisée. Quant à l'intégration du mouvement entre le galbe confortable du fond et celui très prononcé de la lunette… mission parfaitement remplie, sans sacrifice à une épaisseur disgracieuse.
La douceur des courbes laisse croire à tort à un boîtier facile à réaliser. En y regardant de plus près, les enchaînements successifs de différents rayons de courbure, les colonnes de passage de vis reliant fond et lunette, la visserie spécifique ou les différentes finitions (polissage, satinage doux ou plus marqué) révèlent l'extrême complexité de cet ensemble sans même penser au coût de production d'une telle construction.
Le cadran en saphir transparent est constitué d'une minuterie suivant finement le pourtour du cran de glace sur lequel sont attachés des index de luminova ainsi que des chiffres romains asymétriques. L'entier du mouvement est donc visible dans un habile jeu de transparence de rhodiage et de PVD noir.
A noter encore une couronne surdimensionnée cerclée d'Alcryn permettant une manipulation sensible et facile ainsi qu'un fermoir déployant doté d'une lame de ressort qui maintient celle-ci constamment en position fermée, ce dernier dispositif est aussi simple qu'efficace… votre serviteur a simplement adoré.
Le mouvement
Il s'agit du calibre RM 005-S, le «S» de sa dénomination indiquant le squelettage de celui-ci. Mû par un double barillet garant d'un développement de force constant, il permet une autonomie de 55h.

Ce mouvement dispose de la caractéristique spécifique aux mouvements automatiques de la marque, la fameuse masse oscillante à géométrie variable. L'inertie de la masse oscillante peut ainsi être réglée en ajustant les ailettes mobiles dans l'une des 6 positions et s'adapter dès lors au plus juste à l'activité du porteur. Outre l'emploi de matériaux tels que l'or, le tungstène ou le titane pour les ponts et la platine, relevons encore le disque de quantième en saphir laissant apparaître la date dans un guichet à fond blanc à 7h ainsi que l'emploi systématique de la visserie «maison» en étoile à cinq branches.
Les tests
Les aiguilles se mélangeant harmonieusement aux chiffres romains n'offrent pas la meilleure lisibilité souhaitable mais il s'agissait là clairement d'un choix esthétique (indiscutable et réussi). Le système automatique (réglé dans notre cas en position médiane) s'est révélé d'une efficacité exemplaire, l'emploi de roulements en céramique et le choix d'un armage unidirectionnel y étant certainement pour beaucoup.
Deux réserves de marche complètes ont fait l'objet de ces tests. Chacune d'entre elles mesurées légèrement au-delà des 55h données par le constructeur. Les marches en plein armage étaient toutes comprises entre +2sec/j et +8sec/j. Une position et un delta chronométriques pour des amplitudes situées entre 283° (verticales) et 308°. Dans les deux batteries de tests, les marches mesurées après 24h de fonctionnement affichaient un delta supérieur d'une seconde seulement alors que les amplitudes avaient diminué au maximum de 15 degrés seulement. Seule petite ombre au tableau, le repère était décalé de 0.2mm, comme cette mesurée s'est révélée quasi constante, nous mettrons cela sur le compte d'un envoi chahuté.
Au porté, la RM 023 se ferait vite oublier tant elle est confortable, heureusement
ne laissant personne indifférent elle se rappelle fréquemment à notre bon souvenir.
En conclusion
Bien loin de la surenchère à la complication, la RM 023 est une montre automatique, trois aiguilles et quantième. Elle incarne cependant pour moi la notion même –trop souvent oubliée hélas– du luxe. Qu'il s'agisse de la conception, des matériaux, de la finition, chaque détail aussi insignifiant soit-il a fait l'objet des plus grands soins. Il est manifeste qu'aucune économie n'a été faite, les seules priorités étant axées sur les qualités techniques et esthétiques.
A l'heure où les crises économiques et horlogères se conjuguent, gageons que ce sont les marques telles que RichardMille qui font figure –une fois n'est pas coutume– de visionnaires. Certains que l'avenir appartient à ceux qui seront capables de faire simple (la vocation première d'une montre étant d'indiquer l'heure) en soignant au plus proche de la perfection les moindres détails. Le luxe est là et il a un prix. Celui des montres de Richard Mille semble, contrairement à une pensée commune, être calculé de manière beaucoup plus juste que celui de nombreuses marques.
