Revolution #6 - Décembre 2009Anne-Marie Belcari
Une nouvelle marque horlogère se révèle au grand jour… Née de la complicité d'Anouk Danthe et Olivier Leu, designers émérites, Révélation compte bien imposer sa vision du temps avec un premier modèle à “ Tourbillon Manège ”, breveté. Et si c'était la révélation de l'année 2010 ?

Anouk Danthe et Olivier Leu, fondateurs de Révélation © Revolution

Esquisses de travail pour le premier garde-temps Révélation Tourbillon Manège © Revolution
Excusez du peu ! Ne restait qu'à concevoir leur propre garde-temps...
Révélation n'est ni une toquade ni une lubie. Le couple peaufine le projet depuis 2005 avec la minutie d'un horloger.
Classique et technologique
En amont, un constat : le marché se partage entre les grandes Maisons et les indépendants férus de high-tech et de design pur. C'est la révélation : “ il y a une place à prendre, les jeunes produits n'ont pas la patine de l'horlogerie traditionnelle ”. L'esprit de la marque sera donc dual. Un second constat : les amateurs de Haute Horlogerie aiment voir le coeur palpitant de leur montre au porté. D'où cette tendance des garde-temps aux cadrans ajourés, transparents, voire inexistants, qui préfèrent les rouages à la lisibilité…
Révélation sera donc une montre portable, traditionnelle et technologique, esthétique et lisible. La barre est haute. Après plusieurs années à faire face aux retards logistiques, aux remises en question et à la déroute conjoncturelle, la première montre est enfin prête. Élégante, subtile - oserait-on dire “ ludique ” ? - elle prend un malin plaisir à se jouer des contraintes techniques.

Esquisses de travail pour le premier garde-temps Révélation Tourbillon Manège © Revolution
Cache-cache
A priori simple affichage des heures-minutes, le garde-temps dissimule une ribambelle d'innovations. Son concept “ deux-en-un ” tout d'abord, qui s'inspire des montres à gousset du 18ème et de celles dites “ à secret ”. Les index et chiffres des heures-minutes sont appliqués sur un capot de verre qu'il faut soulever pour voir le mouvement. En d'autres termes, la montre joue à cache-cache,version ouverte, version fermée. Qui dit montre à savonnette dit étanchéité menacée : Anouk et Olivier y ont travaillé d'arrache-pied en élaborant une boîte technologique de 71 pièces, intrinsèquement liée au mécanisme.
Du tout en un, indivisible, réunissant les exigences du contenant et du contenu sur un principe de synergie concrétisé par le Révélation System®. Ce système breveté situé à 12h fait partie intégrante et de la boîte et du mouvement... et ne se réduit pas à une simple ouverture de capot. Il actionne un dispositif optique mis au point par le Centre Suisse d'Electronique et de Microtechnique (CSEM), composé de deux verres polarisants - l'un mobile, l'autre statique - superposés au-dessus du mouvement.

Etudes et croquis pour la montre Révélation Tourbillon Manège © Revolution
Colin-maillard
Le principe de la polarisation est celui d'un filtre qui conditionne l'orientation des rayons lumineux : selon leur position, les verres permettent ou non à la lumière de les traverser, obscurcissant ou clarifiant le champ de vision. L'ouverture du couvercle provoque le tour de passe-passe : simultanément, le disque mobile pivote sur 90° pour aligner sa surface sur l'autre verre et faire apparaître le mouvement. Le capot refermé, les rouages s'éclipsent comme par magie au profit de l'affichage des heures et minutes. Cet effet Colin-maillard repose sur un mécanisme à différentiel qui parvient à concilier le mouvement vertical du capot et celui, rotatif, du disque. Une gageure. Quant au calibre à remontage manuel, le “ TM01 Tourbillon Manège ”, c'est une autre complication. Et non des moindres.

La montre Révélation Tourbillon Manège allie aisance de la lecture et visibilité du mécanisme, innovation et tradition de Haute Horlogerie. Disponible en quatre versions : titane, ors blanc, jaune et rose. © Revolution
Manège
Ni tout à fait Tourbillon tel que conçu par Abraham-Louis Breguet, ni tout à fait Carrousel, celui de Révélation se compose d'un ensemble mobile breveté. Comme dans un manège, les organes de régulation et de transmission d'énergie - balancier, ancre, roue et pignon d'échappement - sont fixés sur un bras qui tourne autour de l'axe central en une minute (et permet, comme tout tourbillon qui se respecte, de pallier les écarts de marche). À l'opposé du manège, un lingot d'or fait contrepoids et stabilise le mouvement. Techniquement,une innovation qui allie originalité et tradition ; visuellement, un mécanisme “ vivant ”, en constante rotation, avec un balancier à curseurs novateur doté de quatre barillets. Celui-ci bat à 14'400 alternances par heure, soit 2 hertz, une fréquence basse qui optimise l'énergie et n'est pas sans rappeler les montres de poche d'antan. Le mouvement inédit de 300 pièces a été développé par le binôme Révélation avec des ingénieurs et horlogers indépendants de l'arc jurassien.
Les finitions s'inscrivent elles aussi dans l'ADN de la marque : modernes et épurées mais aussi traditionnelles en Côtes de Genève, elles sont faites à la main dans l'esprit de la Haute Horlogerie. Anouk avoue s'être amusée à réunir autour d'une même table des horlogers chevronnés issus de la vieille école et des concepteurs de la nouvelle génération, histoire d'abolir les frontières et de créer une synergie humaine constructive... Quand on vous dit que Révélation est duale !