Les détaillants - un mal nécessaire?

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Dans un monde horloger en mutation à cause de la crise, les détaillants doivent évoluer pour survivre.

Gold'Or - Janvier-février 2010

Fabrice Eschmann

La crise que subit l'industrie horlogère depuis maintenant seize mois oblige tous les acteurs du secteur à une mutation au pas de charge. Parmi eux, les détaillants commencent à entrevoir les changements qui les attendent. Ces dernières semaines ont en effet montré à quel point ce métier, s'il veut survivre, doit évoluer.

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Successivement courtisés et brocardés par les marques, les détaillants ont toujours eu une relation ambivalente avec elles. Une ambiguïté qui s'est encore exacerbée avec l'atonie économique, tantôt accusés d'être à l'origine de la chute des ventes – par leur démarche jugée trop commerciale (multiplication des marques en vitrines, discount) – tantôt réputés indispensables – pour mettre en avant le produit dans un contexte de concurrence tendue.

A la recherche de solutions de sortie de crise, les sociétés horlogères n'ont pas attendu que leur réseau de vente s'adapte. Aujourd'hui, les marques n'hésitent plus à se séparer abruptement de certains de leurs détaillants pour manque de résultats. L'amère expérience de Jean-Pierre Morthier, horloger-bijoutier à Lausanne, est éloquente (lire page …)

Parallèlement, les initiatives de ventes directes, les fameuses ventes « Family & Friends » à prix bradés, se sont ainsi multipliées ces dernières semaines. Sur Internet ou à l'usine, le phénomène a pris en fin d'année 2009 une ampleur jamais connue. Pour vider les stocks importants charriés par le marasme économique, rares sont les marques à ne pas s'y être adonnées. Certaines ont même opté pour des outlet stores, sortes de boutiques, le luxe en moins. TAG Heuer, par exemple, en a 7 ou 8 dans le monde, et même si elle n'envisage pas d'en ouvrir en Suisse pour l'instant, elle ne l'exclut pas totalement.

Mais la vente directe va au-delà de la liquidation des invendus. Les marques cherchent en effet de plus en plus à atteindre leurs clients sans intermédiaires, pour leur proposer leurs derniers modèles. Bell & Ross vient ainsi de lancer sa boutique online, une première dans l'horlogerie haut de gamme (lire page …) ; Black Belt, la nouvelle marque d'Yvan Arpa (ex-Romain Jerome), repose sur un concept de distribution totalement inédit : la montre est réservée aux détenteurs de ceinture noire d'arts martiaux, et donc vendue uniquement à travers les clubs dans le monde ; enfin Greubel Forsey – comme d'autres – souhaite profiter de la  visite de clients pour réaliser des ventes à l'usine, tout en précisant que la marge sera redistribuée (lire page …).

Jusqu'il y a peu, le système de distribution du produit horloger était bien cloisonné : les marques fabriquaient, les détaillants vendaient. A chacun son territoire et ses prérogatives, jalousement défendus. Mais les cloisons ont volé en éclats. La velléité des marques à mieux connaître la clientèle finale, pour mieux l'atteindre directement, remet en question tout l'édifice. Pour survivre, les détaillants n'ont d'autre choix que l'ouverture.

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