La beauté, et l'efficience désormais

Image
Question de confiance - Poinçon de Genève
5 minutes read
Vieux de 125 ans, le prestigieux poinçon n'avait connu que de légères adaptations. Dès le 1er juin 2012, il certifiera aussi la fiabilité, la marche, l'étanchéité et les fonctions de la montre. De quoi en faire un label parmi les plus intéressants du marché.



Toujours en quête de distinctions, les marques horlogères suisses disposent de plusieurs certifications validant de la bienfacture d'une pièce à sa précision en passant par sa résistance aux chocs par exemple. Pourtant, et pour ne citer que quelques cas, ils s'avèrent soient trop exigeants – Poinçon qualité Fleurier – et sont donc rarement utilisés, soit dépendent d'entreprises privées – Certification Chronofiable –, soit leurs critères datent de plusieurs dizaines d'années et leurs exigences ne correspondent plus à ce que l'on pourrait attendre d'une montre de qualité aujourd'hui – COSC -, ou alors ils peuvent être contournés et perdre de leur valeur – Swiss Made. Dans ce contexte, la refonte des critères d'attribution du Poinçon de Genève, dévoilés ce mercredi soir à Genève, osait présager d'une actualisation des exigences dont certaines remontaient à la création du poinçon il y a 125 ans. Le résultat va au delà.Poinçon de Genève_331377_0

Tout en conservant l'essentiel des critères historiques (particulièrement ceux liés aux finitions et à l'esthétique du mouvement), le comité composé de 7 membres a introduit une série de mesures à effectuer par des instruments certifiés. Désormais, outre le mouvement, la montre finie devra répondre à des exigences en termes de chronométrie, d'étanchéité, de réserve de marche et de fiabilité des fonctions additionnelles. En effet, après 7 jours de test à hauteur de cycles journaliers de 14heures passées sur un robot faisant perpétuellement tourner la montre sur elle-même et dans toutes les positions, et 10 heures dans une position immobile, le cadran de la montre est photographié. Un logiciel spécialement développé détecte ensuite la différence de temps avec le début du test. L'étanchéité est mesurée selon les données livrées par le fabricant. Les répétitions minutes ne pouvant être garantie étanches, et annoncées comme telles, elles ne subiront par exemple pas ce test. Sinon, les tolérances sont fixées à 3 bars de pression et 0,5 bar de dépression. La durée de la réserve de marche doit être égale ou dépasser celle déclarée et toutes les fonctions sont aussi individuellement testées dans les conditions les plus exigeantes. Dans le cas d'un calendrier perpétuel par exemple, la date sera placée sur le 28 février d'une année bissextile.Poinçon de Genève_331377_1

Responsabilité d'Etat

Créé en 1886, le Poinçon de Genève est l'expression d'une loi de l'Etat de Genève destinée à lutter contre la contrefaçon, mais aussi à certifier l'origine géographique de la montre, une façon aussi de préserver des emplois dans la région. Placé sous la responsabilité de l'Ecole d'horlogerie de Genève pour sa mise en application, son attrait a pourtant décliné au fil du temps à l'exception de quelques marques importantes, dont Patek Philippe en particulier, qui y a encore longtemps recouru. Néanmoins, la manufacture de Plan-les-Ouates a développé son propre label en 2009 et ses montres n'arborent plus le poinçon. D'ailleurs, son opinion sur cette innovation sera intéressante car dans sa nouvelle version, le Poinçon de Genève apporte un fort crédit aux montres produites dans le canton. Chopard, Vacheron Constantin, Roger Dubuis ou encore Cartier, plus récemment, ont utilisé et continue de recourir au Poinçon de Genève.Poinçon de Genève_331377_2

Tests et surveillance

Une grande faiblesse de l'ancien label tenait dans les moyens à disposition pour contrôler l'application des critères. Le protocole voulait qu'un mouvement modèle soit envoyé à l'Ecole d'horlogerie de Genève pour analyse, validation, et qui était ensuite conservé à titre de témoin. En fonction de ses moyens à disposition, l'école envoyait parfois des délégués assermentés vérifier dans les entreprises la bonne mise en application des critères. Mais les moyens faisaient défaut pour opérer un contrôle régulier.
La nouvelle loi de 2008 a transféré ces compétences à Timelab, un bureau dépendant d'un conseil de fondation où siègent en particulier des représentants de l'horlogerie et de l'Etat. Outre les critères, le protocole de contrôle a aussi été adapté. Les marques continueront de soumettre un calibre-témoin qu'elles devront désormais coupler avec un dossier technique. Pour des questions logistiques, d'assurances et de production, les tests se feront au sein même des ateliers et sur des instruments de mesure et selon des méthodes validées par Timelab. Les inspecteurs viendront alors visiter ces ateliers selon un plan de surveillance. Une surveillance que les CEO de marques comme Juan-Carlos Torres à la tête de Vacheron Constantin ou Karl-Friedrich Scheufele, co-président de Chopard, entendent rendre la plus facile possible; «ils auront leurs propres badges pour accéder aux ateliers, c'est aussi là une question de confiance», dira Monsieur Torres.Poinçon de Genève_331377_3

Renforcer la confiance

De facto limité aux entreprises assemblant, réglant et emboîtant leurs calibres à Genève, le nouveau Poinçon de Genève aurait tout intérêt à trouver des équivalences dans les autres régions horlogères de Suisse. «Historiquement, le Poinçon de Genève n'a pas su évoluer avec son temps ce qui le rendait particulièrement contraignant, note Jean-Marc Wiederrecht, fondateur de la maison de construction de modules Agenhor, et membre de la commission technique. Mais dans sa nouvelle version, il est vecteur d'un grand changement à savoir que des tests s'appliquent désormais à la montre terminée. Il valide donc un produit fini et répondant à des exigences fonctionnelles qui n'étaient pas demandées auparavant.»
Une garantie qui vise aussi à renforcer la confiance du client final dans les montres genevoises. «Ce nouveau protocole respecte les particularités de chaque marque tout en donnant un cadre général contraignant, souligne Patrick Jaton, Directeur de Timelab. De plus tous les résultats devront être conservés au moins dix ans par les marques. Une série d'initiatives appelées aussi à renforcer la confiance de la clientèle dans les montres arborant le sigle.»
Respectant son héritage mais intégrant des éléments actuels, le nouveau Poinçon de Genève représente une solution équilibrée de ce qui peut être attendu et fait au sein d'une marque horlogère. Reste donc à créer au sein du bureau une équipe spécialement dédiée pour que le 1er juin 2012, les premiers tests puissent débuter. Le budget de ces postes sera soumis sous peu au Conseil de fondation.

Poinçon de Genève_331377_4