Le Matin Dimanche - 29 mai 2011
Ivan Radja
Ivan Radja: Vous venez de remettre, à Genève, les Prix Piaget des meilleurs apprentis et étudiants en design et joaillerie. Les jeunes sont-ils de nouveau attirés par ces professions?
Philippe Léopold-Metzger: Nous avons remis ces récompenses pour la sixième année consécutive, et nous y sommes très attachés. La formation, c'est la clef! Il est vrai qu'après la crise des années 1970 due à l'arrivée du quartz, il y a eu une grande désaffection vis-à-vis des professions liées à l'horlogerie. Aujourd'hui, le challenge est de trouver du personnel qualifié. La joaillerie est un métier très important pour nous, qui avons trois secteurs, les montres mécaniques, les montres joaillières et la joaillerie pure. Nos ateliers sont partagés entre La Côte-aux-Fées (assemblage des montres, au Val-de-Travers, ndlr ), et Genève, pour la partie design et joaillerie, où nous employons des sertisseurs, polisseurs, ajusteurs, monteurs, etc. Ce sont des métiers d'art et de créativité qu'il convient de promouvoir auprès des jeunes.
Le groupe Richemont, auquel vous appartenez, annonce la création de 800 emplois. Combien pour Piaget?
Nous employons aujourd'hui 1000 personnes en tout, et nous allons en engager 75 dans différents secteurs.
Essentiellement dans la joaillerie et le design?
Non, nous avons aussi besoin d'horlogers. D'une part parce que nous avons besoin de spécialistes dans nos boutiques, en Suisse comme à l'étranger. Sur ce point, le groupe Richemont a un réseau d'écoles pour former des gens sur place. Car un Chinois qui veut faire réparer une montre ne va pas attendre qu'elle revienne de Genève, de La Chaux-de-Fonds ou de Bienne. Il la veut le plus rapidement possible. D'autre part, nous allons augmenter notre production, qui est actuellement de 22 000 pièces par année. Je pense que nous allons doubler notre chiffre d'affaires dans les cinq ans à venir.

La question des travailleurs frontaliers est très sensible. Jouez-vous sur ces bas salaires?
Nous recherchons les meilleurs profils, d'où qu'ils viennent. Nous en avons besoin car nous fabriquons notre propre tourbillon, notre propre chronographe, notre propre quantième perpétuel. Nous n'avons pas d'a priori si la qualité est là. Mais sans pratiquer de dumping salarial.
Vous avez traversé la crise avec une légère croissance. Le secret?
Nous n'avons pas de génie particulier, mais nous avons eu de la chance. Nos principaux marchés étant l'Amérique du Sud, le Moyen-Orient et l'Asie, nous avons bénéficié du très fort développement des pays émergents. Si nous avions été en tête aux Etats-Unis ou au Japon, le scénario aurait été différent… Notre business model est la montre exclusive, chère, et en or, à l'exception d'un modèle spécial en titane. Et le marché asiatique est le plus ouvert. Clairement.
Combien y a-t-il de boutiques Piaget dans le monde?
Nous en comptons aujourd'hui 73. Le développement de notre réseau de boutiques a pris de l'ampleur dès 1992, ce qui coïncidait avec le développement des bijoux. C'est un réseau de distribution supplémentaire au réseau de détaillants. Puis cela a suivi un rythme soutenu, surtout en Asie. Nous avons été très innovants sur ce point, et la machine s'est vraiment emballée il y a quatre ou cinq ans. Aujourd'hui, nous réalisons 50% de nos ventes en boutiques.
Et l'Europe?
Nous ne l'oublions pas. Nous en avons inauguré une à Londres en 2010. Et la deuxième boutique en Suisse ouvrira ses portes à la fin de l'année, à Zurich. Nous sommes déterminés à investir ici aussi. Yves Piaget (ex-président, à la retraite depuis 2003, ndlr ) est un ambassadeur formidable, qui nous ramène aussi à nos racines.
Piaget a beaucoup usé du quartz, par le passé. Et aujourd'hui?
Nous fabriquons deux tiers de montres mécaniques et un tiers avec mouvement à quartz. Il y a dix ans encore, le quartz dominait à 70%.
Avec la collection Altiplano, on a l'impression d'une course à la montre la plus plate…
En 2010, nous avons sorti la montre de joaillerie la plus plate du monde, c'est juste. Encore une fois, c'est une démonstration de l'alliance entre l'élégance et la plus haute technicité. Mais nous ne sommes pas attirés par le record pur. La prouesse technique rend possible un design affiné.
Horlogerie, joaillerie: laquelle de ces branches prédomine?
Notre légitimité est double, pour les mouvements depuis la création de la maison en 1874, et pour la sculpture de l'or depuis les années 1940. Piaget n'est pas un assembleur, mais un fabricant. Nous faisons tout nous-mêmes, les mouvements, les bracelets, les boîtes, les bijoux, etc. Toutes les pièces de moyenne et haute joaillerie se font à l'interne. Nous n'achetons rien, hormis des spiraux, des cadrans, des échappements, mais le mouvement est fabriqué à l'interne. Cette verticalité est notre atout. La tension entre la tradition des mouvements, à La Côte-aux-Fées, et la modernité de la joaillerie et du design, à Genève, fait la force de Piaget. Nous avons par exemple des montres hommes très techniques, mais très élégantes. Beaucoup de sociétés n'ont pas cette production intégrée. Dès lors, il est facile d'investir davantage dans la pub si l'on ne le fait pas dans une manufacture.
Vous bénéficiez de l'image de vos ambassadrices, naguère Maggie Cheung pour le marché asiatique, aujourd'hui Jessica Alba pour les bijoux. Piaget a besoin de stars?
La vraie star est le produit. Mais la marque doit aussi être sexy. Nous sommes aussi partenaires du Festival Spirit Awards à Santa Monica, en Californie, et du Hongkong Film Festival. Voir nos produits portés par des stars crée le buzz. Quelle que soit la sophistication de nos clients, ils aiment que leurs montres ou leurs bijoux soient arborés par des célébrités.
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En dates
1954: Naissance à New York.
1979: Premiers pas. Après un MBA de la Kellogg School of Business de Chicago, débute comme chef de projet chez American Cyanamid.
1981: Luxe. Il entre chez Cartier, à Paris, comme chef de produit.
1992 : Piaget. Il débute comme numéro 2 de la maison, chargé des ventes, du développement et du marketing. Il met en place les premières boutiques.
1996 : Asie. Directeur général de Cartier-Asie Pacifique.
1999 : CEO. Retour chez Piaget, dont il devient l'administrateur- délégué, puis le directeur général.
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Philippe Léopold-Metzger intime
Anton Bruckner
Je possède l'intégrale des symphonies de Bruckner par le Staatskapelle de Dresde, sous la direction d'Eugen Jochum (photo). Je conseillerais à ceux qui ne les connaissent pas de commencer par la symphonie N° 7. Il y a une grande complexité dans une symphonie, il faut beaucoup de gens qui œuvrent ensemble et si quelqu'un ne suit pas la partition, l'ensemble s'écroule. Comme dans l'horlogerie. D'ailleurs, lors d'une formation de nos cadres, nous avons beaucoup travaillé avec un orchestre de chambre.
Le golf
J'utilise un putter «Taylor Made», un modèle Rossa. J'aime la maîtrise de soi qu'apporte ce sport. Je suis assez bon joueur, mais pour être honnête je joue depuis beaucoup trop longtemps en regard de mes performances… Mais je garde espoir.
Une Piaget
Il s'agit de l'Altiplano automatique 43?mm lancée en 2010 au Salon international de la haute horlogerie. Ces dernières années, tout le monde s'était habitué aux grandes montres, ce que j'appelle les coffre-forts, mais je vois que les gens se laissent à nouveau séduire par les extraplates. En costard, notamment, elles coulissent avec plus d'élégance sous la manche.
