Créations, charmer la clientèle

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Métaux nobles, clientèle aristocratique.

A côté de la devise 'Luxe et précision', on en trouve une seconde dans un catalogue de 1957 : 'Piaget, the watch of the international élite', qui éclaire la lucidité et le talent pour la communication avec lesquels Piaget poursuivait son but, celui de devenir précisément l'horloger-joaillier de l'élite internationale, ce qui n'était pas encore démontré en 1957. Il annonçait toutefois qu'il voulait le devenir, grâce au langage le plus approprié.Il est tout d'abord évident que le slogan n'est plus en français mais en anglais, la langue internationale par excellence, même s'il contient un mot français utilisé universellement : élite.Ensuite, en 1957 également, Piaget déclara, urbi et orbi, sa décision de produire exclusivement des montres en métaux nobles : or ou platine et rien d'autre. Si l'on considère qu'en 1966, moins de dix ans après, Piaget atteint le but de 10.000 pièces vendues, on peut comprendre que ce défi, accueilli au départ avec ironie, finit par stupéfier la concurrence aguerrie et aristocratique. Des maisons comme Patek Philippe, Vacheron Constantin, Rolex, Audemars Piguet (pour ne citer que les plus fameuses) ne dédaignaient en effet pas l'acier, même pour des pièces très importantes comme les chronographes ou les calendriers astronomiques. Alors que, en même temps, Piaget, le dernier arrivé, annonçait à haute voix, au monde entier, à sa clientèle comme à la concurrence, sa vocation de joaillier de l'horlogerie.

Le charme subtil d'un mouvement

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Trois ans seulement après le calibre 9P, l'infatigable Valentin met au point un autre mouvement révolutionnaire. Présenté à la Foire de Bâle de 1960, le calibre 12P, le mouvement automatique le plus plat du monde, attire une foule de curieux autour du petit stand Piaget. Parmi ceux-ci, il y a surtout les experts des maisons concurrentes, ce qui constitue l'éloge le plus flatteur que puisse recevoir une marque qui vient d'entrer dans le fleuron de l'horlogerie helvétique. Certains, un peu par envie et beaucoup à cause d'une incrédulité sincère, en viennent même à mettre en doute qu'un mouvement, de 2,3 millimètres d'épaisseur, puisse être réellement automatique. Moins sceptique et tout simplement ébloui, l'influent Journal de Genève écrivit, à l'époque, que la création du calibre 12P constitue 'un événement destiné à faire époque dans l'histoire de l'horlogerie'. Cette prévision se révélera tout à fait juste.

La fantaisie au poignet

Les années soixante furent la décennie la plus folle, la plus créatrice, la plus origi-nale et la plus anticonformiste du siècle. Dans le secteur de l'horlogerie, Piaget sut interpréter, mieux qu'aucun autre, l'esprit plein de fantaisie et rebelle du temps.Les deux calibres ultra-plats constituent des prodiges de la technique mais la vraie révolution est la liberté esthétique qu'ils ont rendue possible.Comme l'avait déjà prouvé l'étonnant élargissement des cadrans des montres pour femme, plus plat signifie plus léger et, par conséquent, plus grand. Ainsi le diamètre des boîtiers et des cadrans s'élargit d'une manière que l'on aurait jamais osé imaginer quelques années auparavant. Sur ces surfaces nouvelles, la fantaisie des dessinateurs de Piaget se déchaîne sans bornes : lunettes et bracelets commencent à étinceler de diamants et de saphirs, de rubis et d'émeraudes; la montre se mue toujours plus en joyau, exauçant ainsi le vieux rêve de Piaget. Pourtant l'instrument de sa transformation est une invention technique, par définition fonctionnelle.La réputation de Piaget et sa vocation d'horloger-joaillier sont désormais assurées. A tel point que tous les plus prestigieux joailliers du monde, de Garrard et Asprey à Londres, Tiffany à New York, en passant même par Cartier à Paris, accueillent les montres Piaget parmi leurs bijoux. En peu de temps, grâce à son caractère précieux et à son incomparable esthétique novatrice (le 'Piaget look'), Piaget devient la montre préférée de la jet-set mais aussi de la haute bourgeoise, ainsi que celle de ces personnalités qui, par leur notoriété, créent les succès et dictent les goûts de leurs contemporains. Vedettes du cinéma, écrivains, chanteurs et chanteuses de renommée internationale, en deux mots, les stars. Il suffit de feuilleter les hebdomadaires d'actualité ou les revues féminines du début des années soixante pour s'en faire une idée : tant des actrices célèbres comme Sophia Loren ou Gina Lollobridgida que des vedettes du music-hall comme Maurice Chevalier, ou des chanteuses romantiques comme Mireille Mathieu, arborent au poignet une montre Piaget, qu'ils arpentent les plages de la Côte d'Azur ou les neiges de Gstaad. Même la reine du mambo et du Cha-cha-cha, Abbe Lane, en porte une lors de ses promenades sur la Via Veneto qui font la joie des paparazzi.

La couleur fait irruption

Piaget ne s'arrête pas là. Faisant preuve d'une vitalité inépuisable, il lance, en 1964, l'idée la plus géniale, la plus novatrice et surprenante de toutes : les montres avec cadrans en pierres dures ou semi-précieuses. C'est le triomphe de la couleur qui était si à la mode, si désirée et recherchée dans ces jeunes années soixante si bigarrées : corail, lapis-lazuli, jade, malachite, opale, onyx, turquoise, oeil-de-tigre. La variété est presque infinie et le catalogue Piaget ira même jusqu'à répertorier trente pierres différentes.Dans l'histoire de l'horlogerie on n'avait jamais rien vu de pareil. Sur les grandes surfaces des cadrans, l'extraordinaire liberté des nuances produisait des effets inattendus, étonnants. En outre, confirmant ainsi sa vocation de joaillier, Piaget créait ainsi des montres uniques, chacune devenant du même coup un exemplaire de collection. En effet, les pierres dures, avec leurs teintes toujours légèrement différentes, avec leurs stries inégales, avec leurs petites insertions et discordances, rendaient impossible l'existence de deux montres identiques.

 

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