LE TERRAIN CONVOITÉ Au sud, les bâtiments industriels d'Alfred Müller construits il y a une dizaine d'années, et tout au fond la nouvelle usine de l'Américain Kyphon, inaugurée le 16 août dernier. (christian galley)
Si tout va bien, Officine Panerai aura dans deux ans un beau ruban à couper sur les hauts de Neuchâtel: l'entreprise horlogère a en effet trouvé une solution pour regrouper ses activités et assurer sa croissance à long terme.
Richemont, son propriétaire, a l'intention de racheter à l'entrepreneur général Alfred Müller un terrain à Puits-Godet pour y construire un bâtiment de quatre étages dédié à la plus italienne de ses marques. Il y emploiera plus de 200 personnes, contre une centaine aujourd'hui.
Panerai a pris ses quartiers à Neuchâtel en 2002, au bord du lac, dans l'ancienne manufacture d'un autre horloger, Bertolucci. Auparavant, le bâtiment était celui de la Police cantonale. Mais la marque, dans le giron de Richemont depuis 1997, a rapidement été à l'étroit, d'autant qu'elle s'est mise à développer ses propres calibres et qu'elle a repris il y a deux ans la fabrication sous licence des montres Ferrari.
Résultat, une partie des activités a été déplacée à Monruz, où Richemont possède un autre site de production. Mais le CEO de Panerai, Angelo Bonati - qui n'a pas souhaité s'exprimer hier, le contrat de vente n'était pas encore signé - ne cachait pas qu'il cherchait à construire un nouveau bâtiment, si possible en restant à Neuchâtel.
Une solution a été trouvée: Richemont prévoit d'acheter à Alfred Müller la parcelle de 13.000 m2 que l'entreprise générale avait acquise à la Ville en 2005. Car l'entrepreneur, déjà propriétaire de deux grands bâtimens industriels, n'a semble-t-il pas réussi à concrétiser cette nouvelle étape de développement. Il aurait voulu, en effet, construire un troisième bâtiment destiné accueillir des entreprises et une école internationale. «Je ne souhaite pas commenter cette affaire», indique Pierre El Soda, directeur de la filiale neuchâteloise d'Alfred Müller, contacté pour savoir pourquoi ce projet n'avait pas abouti.
C'est donc Richemont International qui devrait racheter le terrain, au prix de 150 fr. le m2. La Ville doit cependant, auparavant, renoncer au droit de préemption dont elle bénéficiait. Le Conseil général de Neuchâtel en sera saisi lundi prochain. Ce sera sans doute une formalité: «C'est l'occasion de voir Panerai, l'un des fleurons de la haute horlogerie de notre ville, consolider sa présence et développer des emplois», argumente la Ville.
Le premier coup de pioche pourrait être donné en automne 2008, pour une entrée en jouissance un an plus tard. Dans un écrin sans doute à la mesure des garde-temps qui y seront fabriqués: Panerai envisage d'organiser un concours d'architecture. A la bonne heure!
Un laboratoire d'idées né à Florence
En Italie Au début du 20e siècle Panerai est un petit bureau d'ingénieur florentin qui travaille exclusivement pour la Marine italienne.
Sous l'eau En 1938, Panerai développe la première montre militaire de plongée de l'histoire, la Radiomir, munie d'un mouvement Rolex.
Dans la jet-set En 1995, la marque, alors confidentielle, réalise une série spéciale limitée sur demande de l'acteur Sylvester Stallone, qui a entendu parler de l'entreprise. Début d'une folie commerciale.
Chez Richemont Le géant du luxe, qui possède aussi Cartier, Piaget, Montblanc et Vacheron Constantin (entre autres), reprend Panerai en 1997. Un coup de génie dû à Franco Cologni, le pilier du pôle horloger de Richemont, qui comprend immédiatement le potentiel que représente la marque.
A Neuchâtel Panerai reprend les locaux de Bertolucci, au bord du lac, et y installe sa manufacture en 2002. La marque est rapidement à l‘étroit. Elle y emploie une centaine de personnes.
En mouvement L'entreprise verticalise sa production et lance ses propres mouvements. Elle reprend également la licence des montres Ferrari. D'où un besoin urgent de trouver de nouveaux locaux.