Automobile: le labo de la nouvelle horlogerie française

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B.R.M Chronographes V6-44-SA Cercolor rouge © Francéclat
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Coup d’œil dans le rétro ou coup d’accélérateur vers le futur? Les marques françaises mettent le turbo et dynamisent deux piliers de l’identité hexagonale: l’horlogerie et l’automobile.
Depancel Autosport Racing Chronograph © Francéclat

Paradoxalement, si la montre mécanique n’a plus grande utilité sur la piste, elle peut interpréter d’autant plus librement les codes du genre. Matières, instruments de bord, ergonomie, design ou fascination de la vitesse incarnée par des pilotes de légende, ces toquantes taillées pour l’asphalte puisent dans tout ce qui fait vibrer l’automobile. Plusieurs marques de montres françaises revisitent l’univers des bolides avec une créativité décomplexée. Parfois au pied de la lettre, parfois dans un registre plus expérimental. 

Lorsque la montre servait à rouler

Mesurer, calculer, lire aisément: aux débuts de l’automobile, l’horlogerie s’attache à répondre aux besoins fondamentaux de la route. Le chronographe réalise différentes mesures: le temps au tour, les intervalles ou la vitesse moyenne. Il s’impose dans les années 1960-70, avec ses cadrans contrastés, ses compteurs panda, ses échelles tachymétriques et ses bracelets perforés comme les gants de conduite. En France, Yema et Lip développent respectivement la Rallygraf et la Rallye. Kelton – dont la maison-mère n’est autre que Timex – conclut un partenariat avec le pilote brésilien Emerson Fittipaldi. Aujourd’hui, Yema reprend ce look imprégné d’adrénaline avec la Rallygraf Alpine, et la RC2 de Kelton réactive avec bonheur l’esprit seventies.

KELTON RC 22 © Francéclat

La nécessité tombe, l’imaginaire reste

Si autrefois la montre automobile était un instrument, le chronographe mécanique n’a plus cette même utilité aujourd’hui. La nécessité ne fait plus loi, le genre se libère et puise à volonté dans l’émotion.

La Kanister de Reservoir transpose l’esthétique du compte-tours au poignet. La référence au tableau de bord devient le prétexte d’une autre lecture de l’heure, grâce à un affichage rétrograde des minutes, une heure sautante dans un guichet à 6 heures, et un indicateur de réserve de marche.

La collection Ride & Drive d’Arpiem joue avec l’inclinaison des cadrans historiques des «driver’s watches». Le principe remonte aux années 1920-30, avec un essor au milieu du XXe siècle. Le cadran, en diagonale, permet la lecture des informations en position de conduite. Ainsi, les cadrans rotatifs de la marque proposent une position «Rest» et une position «Drive» décalée, créant une complication d’usage à partir d’une ergonomie historique.

Avec l’Autosport Racing Chronograph, Depancel multiplie les références à l’âge d’or des chronographes de course. Cet ancrage se lit jusque dans le nom de la marque, contraction de Delage, Panhard et Facel Vega. Si les codes n’ont plus la même utilité sur la route, ils se transforment en signes forts, immédiatement identifiés comme appartenant à l’identité automobile.  

Lorige BL-Evolution Hyperblack avec bracelet vert et Heart of Racing Team Valkyrie N° 009 - © Lorige

De la voiture à la montre: la mécanique expérimentale

Les marques horlogères françaises ne se contentent pas de s’inspirer de la culture automobile, mais récupèrent les différents éléments qui la composent pour de nouvelles propositions. Yema et Kelton réactivent les codes du racing en puisant dans leur propre patrimoine. Reservoir, Arpiem et Depancel détournent l’esthétique et les caractéristiques des instruments de bord et des anciennes montres de pilote. D’autres, comme Lorige et B.R.M Chronographes, vont chercher du côté de la construction mécanique et des matériaux pour réinventer le genre.

Ainsi, Lorige transforme des plaquettes de frein en carbone de voitures ayant réellement couru en boîtiers de montres. Une partie de la voiture devient la montre, un symbole particulièrement puissant. Fin 2025, la marque a présenté la collection BL-Evolution. Les plaquettes de frein utilisées pour ces pièces proviennent de prototypes d’Aston Martin Valkyrie AMR-LMH engagés en compétition d’endurance lors des 12 heures de Sebring en 2025 et sur les 24 Heures de Daytona en 2026.

Montre Arpiem Tribute TSR3 Interlagos bleu orange © Francéclat

B.R.M Chronographes construit sa collection V12 selon une logique de mécanique automobile. Les formes rappellent des pistons ou encore des amortisseurs. Avec le système Shock Absorber, présenté en 2014, le principe de suspension automobile devient une solution horlogère. Par ailleurs, la marque utilise des matériaux high tech issus du monde de la compétition, tels que le titane ou le carbone.

Avec ces montres inspirées, les marques horlogères françaises puisent dans une sorte de «boîte à outils culturelle» du patrimoine industriel hexagonal. Leur créativité décomplexée réactive deux de ses composantes historiques, l’horlogerie et l’automobile, pour mieux les propulser vers le futur.

Yema Rallygraf Alpine Cup Series Meca Quartz © Francéclat

FAQ

Quelles marques horlogères françaises s'inspirent de l'automobile ?

Yema, Lip, Kelton, Reservoir, Arpiem, Depancel, Lorige et B.R.M Chronographes puisent dans l'univers automobile, entre codes historiques du chronographe de course et matériaux issus de la compétition.

Pourquoi les montres automobiles reprennent-elles le style des tableaux de bord ?

Le chronographe automobile des années 1960-70 mesurait temps au tour et vitesse moyenne ; aujourd'hui, ces codes (cadrans contrastés, échelles tachymétriques) deviennent des signes esthétiques plutôt que des outils fonctionnels.

Qu'est-ce que la collection BL-Evolution de Lorige ?

Présentée fin 2025, la BL-Evolution de Lorige transforme en boîtiers de montre des plaquettes de frein en carbone provenant de prototypes Aston Martin Valkyrie AMR-LMH ayant couru à Sebring 2025 et Daytona 2026.

Comment la collection V12 de B.R.M Chronographes s'inspire-t-elle de la mécanique automobile ?

La V12 de B.R.M Chronographes reprend des formes évoquant pistons et amortisseurs, avec son système Shock Absorber (2014) transposant la suspension automobile en solution horlogère, en titane et carbone.