En 2019, Vacheron Constantin avait eu l’élégance de ne pas appeler cela une « révolution ». Bien d’autres ne se seraient pas encombrés d’une telle précaution. Mais, de fait, le concept Twin Beat a constitué une avancée fondamentale dans la quête d’une plus grande réserve de marche.
L’idée de la Twin Beat est d’une simplicité désarmante. Lorsque la montre est portée, elle bat à une fréquence élevée relativement courante en horlogerie, 5 Hz. Elle garantit une excellente précision mais, comme tout moteur qui tourne à haut régime, elle a le défaut de consommer beaucoup d’énergie, d’où une réserve de marche conventionnelle de quatre jours.
L’idée géniale de Vacheron Constantin est d’offrir au propriétaire la possibilité d’abaisser la fréquence de sa montre lorsqu’elle n’est pas portée. Son échappement décélère au point le plus bas qui lui permet de préserver sa précision - un peu comme un moteur à son point de ralenti minimal, juste avant de caler. Cette fréquence est de 1,2 Hz. À si bas régime, la réserve de marche atteignait déjà des sommets : 65 jours à l’époque. Aujourd’hui, la Twin Beat QP « optimisée » atteint 70 jours.
Mais la deuxième idée épatante de la Twin Beat est de coupler cette « bi-fréquence » à une complication telle que le calendrier perpétuel. Pourquoi ? Parce que le précieux « QP » n’est par définition « perpétuel » que lorsqu’il n’est pas interrompu. En effet, tout QP à l’arrêt doit être remonté et intégralement réglé (jour, date, mois, années, phases de Lune), ce qui, outre le fait d’être fastidieux, retire son intérêt à une complication dont l’essence est d’être exempte de toute intervention manuelle jusqu’en 2100.
Deux approches des principaux défis horlogers
Conceptuellement, l’approche est brillante. En effet, les défis de l’horlogerie contemporaine peuvent être divisés en deux groupes. Le premier : lutter contre tous les effets néfastes extérieurs qui perturbent la montre. Il s’agit principalement d’offrir une « meilleure résistance à » : aux champs magnétiques, à l’eau, aux chocs, aux variations de température, etc. À cet égard, le spiral en silicium conçu il y a 25 ans représente, de loin, l’invention la plus significative pour doter la montre moderne de l’échappement le mieux armé contre les attaques du monde extérieur.
Le second groupe de défis s’attelle aux performances intrinsèques de la montre : affichages plus clairs, complications plus utiles, réglages optimisés. Et, donc, amélioration de la réserve de marche. Dans ce domaine, les progrès des décennies passées ont été insignifiants. On trouve encore des mouvements avec 42 heures d’autonomie, soit peu ou prou ce dont on disposait déjà à la fin des années 60 ! Le Swatch Group et LVMH ont réagi les premiers en offrant respectivement chez Hamilton, Tissot et TAG Heuer des calibres avec 80 heures de réserve de marche, nommés Powermatic 80 et CH80. Ronda finalise actuellement le sien (80 heures également). Mais ces mouvements sont loin d’être généralisés.
Les échecs de la R&D contemporaine sur la réserve de marche
Les travaux sur de grandes réserves de marche ont pour la plupart échoué - on pense notamment à l’échappement Genequand, un temps étudié par Parmigiani Fleurier, mais qui n’a pas abouti. Greubel Forsey travaille sur le sujet grâce à sa R&D « Nano ». En parallèle, les horlogers qui ont entrepris de réduire leur fréquence au maximum sont très loin des sommets de Vacheron Constantin (Antoine Martin en 2013 avec 92 heures, Dominique Renaud actuellement avec 96 heures). Surtout que la manufacture genevoise, qui offrait 65 jours en 2019, a encore franchi un nouveau palier : la nouvelle Traditionnelle Twin Beat Quantième Perpétuel atteint 70 jours d’autonomie lorsqu’elle est cadencée à 1,2 Hz.
Pour y parvenir, la maison a conservé ses trois différentiels. Le premier assure la transition entre les deux trains de rouage (celui à 5 Hz et celui à 1,2 Hz). Le deuxième divise l'énergie des ressorts des barillets. Le dernier sert à l’indication des réserves de marche.
Par ailleurs, Vacheron Constantin s’est concentré sur les informations du calendrier perpétuel réalisées en mode sautant. Ce type d’affichage est énergivore. Il n’est donc pas sans incidence sur l’amplitude du balancier, synonyme de perte de précision. Pour y remédier, Vacheron Constantin a perfectionné un système économe en énergie. Il nécessite quatre fois moins de couple que les mécanismes à saut instantané conventionnels, rendant le passage de date beaucoup moins énergivore. Enfin, le balancier du mode Veille, reconnaissable à son plus grand diamètre, est équipé d’un spiral adapté à son tempo. Spécialement développé pour ce mouvement, il offre une épaisseur infime de 0,015 mm, très inférieure à celle d’un cheveu humain.
La version initiale de la Traditionnelle Twin Beat Quantième Perpétuel, en 2019, était une pièce concept éditée à seulement quelques exemplaires. La version 2026, en boîte platine de 42 mm, toujours avec son poussoir additionnel à 8h pour basculer de 5 Hz à 1,2 Hz, sera également éditée à seulement quelques exemplaires.