Avec la L.U.C Grand Strike, Chopard réalise l’une des complications horlogères les plus réputées, la grande sonnerie, et l’associe à un tourbillon. Exigeante, la grande sonnerie marie mécanisme horloger de haut vol (sonnerie des heures, quarts et minutes au passage et à la demande – ou mode veille), et musicalité. Cette pièce est présentée près de 30 ans après la fondation de Chopard Manufacture à Fleurier – « à l’époque nous étions en mode start-up ! » se souvient Karl-Friedrich Scheufele, co-président et à l’origine de ce positionnement de Chopard en matière de mécanique horlogère.
Une technologie propriétaire de Chopard
Les timbres de la Grand Strike, sans égal dans l’industrie horlogère, sont le fruit d’une technologie propriétaire de la maison, présentée en 2016. Taillés dans le saphir, ceux-ci sont solidaires de la glace placée sur le cadran. Résultat: un son d’une clarté singulière – et une émotion bien particulière.
Yannick Nardin: Karl-Friedrich Scheufele, la réalisation d’une Grande Sonnerie représente un aboutissement. Mais, au-delà de la prouesse technique, quelle émotion souhaitez-vous communiquer à ceux qui l’écoutent?
Karl-Friedrich Scheufele: Les répétitions minutes et les grandes sonneries sont des montres qui ouvrent une autre dimension – la dimension acoustique du temps. Ce que nous aimerions réussir, c’est faire de cette dimension acoustique une vraie expérience.
YN: Quelle émotion la sonnerie de la Grand Strike vous procure-t-elle, à vous?
KFS: Elle me fait sourire à chaque fois: elle me fait me sentir bien! Et, même si elle rappelle le temps qui passe, je pense qu’il s’agit d’un beau moyen de l’évoquer, d’y faire penser. Mais l’on peut aussi juste apprécier le son lui-même sans davantage de raison.
YN: Après avoir réussi cette complication considérée comme un sommet horloger, avez-vous encore d’autres projets?
KFS: La Grand Strike représente certainement un objectif très élevé que nous avons réussi à atteindre. Mais il y a toujours autre chose à l'horizon à explorer. Donc, non, ce n'est pas la fin du chemin.
Les montres à sonnerie chez Chopard
1996 – Fondation de Chopard Manufacture
Chopard inaugure ses ateliers de Fleurier et produit son premier calibre maison, le L.U.C 96.01-L, posant les bases d’une véritable Manufacture intégrée.
2006 – L.U.C Strike One
Première montre à sonnerie de Chopard: elle frappe automatiquement les heures sur un timbre unique, marquant le début de la maîtrise acoustique chez la Manufacture.
2016 – L.U.C Full Strike
Première répétition minutes dotée de timbres et d’un verre façonnés dans un seul bloc de saphir, pour un son d’une pureté inédite. Couronnée de l’Aiguille d’Or au GPHG 2017.
2022 – L.U.C Full Strike Tourbillon
Première répétition minutes de Chopard intégrant un tourbillon régulateur, associant excellence chronométrique et signature acoustique en saphir monobloc.
2022 – L.U.C Full Strike Sapphire
Version entièrement en saphir transparent, offrant une vue intégrale sur le mouvement et le mécanisme de sonnerie, véritable hommage à la transparence et à la lumière.
2025 – L.U.C Grand Strike
Première Grande Sonnerie jamais réalisée par Chopard, réunissant grande et petite sonnerie, répétition minutes et tourbillon dans un calibre de 686 composants, fruit de trente années d’innovation et de maîtrise horlogère.
Un éclairage technique sur la Grand Strike
YN : Florent Zufferey, vous êtes constructeur BT Mouvements chez Chopard. Cette montre se distingue par la technologie des timbres en saphir – exclusive à Chopard. Comment avez-vous surmonté les défis liés à la fragilité de ce matériau ?
FZ : Depuis de nombreuses années, Chopard travaille avec des composants en saphir dans le mouvement et dans la boîte. On pense par exemple à la montre L.U.C Tourbillon Titane SL sortie en 2007. Cette expertise a permis aux différents acteurs d’anticiper les difficultés liées à la fabrication ainsi qu’à la manipulation de composants en matériau fragile.
En outre, de nombreuses simulations numériques et de nombreux tests pratiques de résistance mécanique ont été effectuées afin de caractériser au mieux les seuils admissibles pour chaque sollicitation en fonctionnement ou lors d’une manipulation accidentelle.
YN : Pourquoi avoir choisi une section carrée pour les timbres, et comment cela change-t-il la perception auditive ?
FZ : La forme de la section des timbres découle des contraintes de fabrication d’une glace à timbres monobloc en saphir mais également des contraintes de rayonnement acoustique.
Le son produit par un timbre de section carrée est un savant mélange entre des modes de vibration radiaux et transversaux. Ce modèle vibratoire complexe engendre une sonnerie vraiment riche, à la fois harmonieuse et nuancée à l'oreille.
YN : Vous collaborez avec l’HEPIA, haute école d’ingénierie à Genève, pour analyser le son si spécial des gongs en saphir. Qu’apporte une telle approche scientifique ?
FZ : L’approche scientifique permet de caractériser le son de nos timbres en saphir à l’aide de descripteurs physiques et psychoacoustiques. Elle nous permet d’analyser finement les modifications et les réglages que nous effectuons sur les éléments participants à la création du son de nos montres. Nous pouvons ainsi confronter nos idées avec celles de spécialistes de l’acoustique. Mais, au final, le véritable «juge de paix», c’est et ce sera toujours l’oreille de Monsieur Karl-Friedrich Scheufele. L’émotion que nous cherchons à transmettre ne pourra jamais se réduire à une liste d’indicateurs. »
YN : La Grand Strike est la grande sonnerie la plus certifiée et testée parmi les montres contemporaines. François de Titta, vous êtes responsables prototypes mouvements chez Chopard. Pourriez-vous nous parler du challenge que représentent la certification COSC, Poinçon de Genève, mais aussi les tests en interne de 62’400 cycles d’activation ?
FT : Le défi consiste à garantir que, quel que soit le mode d’utilisation, la montre affiche et sonne l’heure juste avec une esthétique irréprochable sur le long terme.
Ce défi est plein de contradictions. Pour obtenir la certification COSC facilement, il faut que la montre ait des variations d’amplitude très faibles. Mais avec une grande sonnerie, ces variations d’amplitude sont inévitables. Il faut donc maîtriser finement le réglage pour que le mouvement reste stable et précis, même avec ces écarts. Ensuite, chaque composant doit être décoré selon les critères du Poinçon de Genève, avec le plus grand soin, pour ne pas modifier leur dimension ni nuire à leur bon fonctionnement. Et pour finir, les tests de vieillissement viennent confirmer que toute la conception est solide dans le temps, et que la montre pourra être transmise aux générations futures en conservant toute sa fiabilité.