C’était il y a 25 ans. En horlogerie, face à des maisons qui affichent deux siècles d’ancienneté, ce serait insignifiant. Pourtant, en mode, rester 25 ans en collection est un exploit. Mais la J12 de Chanel, née en 2000, est-elle encore une montre accessoire de mode ? L’extension au poignet de l’univers Haute Couture de Chanel ? La question peut se poser, tant la pièce évolue de plus en plus vers un registre horloger de haute facture.
En cela, le travail engagé par Arnaud Chastaingt, directeur du studio de création horlogerie de Chanel, est intéressant. L’homme affine peu à peu sa J12. Par petites touches, d’un univers mode conçu en 2000, il en fait un garde-temps au statut horloger assumé. Les deux dernières nouveautés J12 33 mm propulsées au dernier salon Watches and Wonders en témoignent.
Siamoises
Comme très souvent chez Chanel, les deux modèles se répondent. La maison de la rue Cambon aime les contrastes forts, les sœurs siamoises. Elle joue de ses deux couleurs fétiches, le noir et le blanc. C’est une singularité Chanel. De ces deux tons les plus communs du monde, Chanel a fait sa signature. Plus important encore : alors que les marques actuelles se déchirent pour composer la nouvelle nuance à la mode (saumon ? Bleu glacier ? Vert malachite ?), Chanel ne dévie pas d’un iota et jure fidélité à sa bichromie emblématique.
Les deux nouvelles J12 en soulignent la majesté par une touche d’or. Elle est présente sur le maillon central du bracelet. C’est une première pour Chanel. Jusqu’à présent, jamais la marque n’avait utilisé d’or dans ses bracelets de J12. Sans être un tour de force, on apprécie la parfaite juxtaposition de la céramique iconique de Chanel sur les maillons extérieurs, couplés à l’or jaune 18 carats au centre. Les surfaces sont sensiblement les mêmes, mais le contact est différent, le reflet aussi. La montre est un peu plus lourde. Le jeu de nuances est subtil. Il se décline avec la même finesse sur le modèle blanc que sur le modèle noir. L’ensemble est ponctué de 12 diamants baguette sur la ronde des heures.
Au cœur de la montre, la composition est similaire, avec minuterie en or sur cadran noir ou blanc. L’exercice est mené jusqu’au bout, avec la pointe de l’aiguille des secondes elle aussi travaillée en noir ou en blanc selon modèle.
Autre détail peu commun : la lunette cerclée d’or est emplie de verre saphir taillé comme des diamants baguette. On trouve ainsi 46 parallélépipèdes facettés puis vernis de noir ou de blanc. L’idée est judicieuse. Bien qu’il ne s’agisse « que » de verre saphir, l’imaginaire joaillier joue à plein. Il perçoit malgré lui la valeur ajoutée de ce qui est traditionnellement, à cet endroit, du diamant. Tailler du verre saphir comme du diamant est malicieux, inventif. On retrouve une certaine forme d’espièglerie chère à Chanel.
Nouveau mouvement 12.2
Le ramage de ces J12 est à la mesure de leur nouveau plumage. L’horlogerie Chanel affûte sa technique. Les deux pièces de 33 mm sont animées par le Calibre 12.2. C’est un mouvement automatique manufacture. Il est réalisé par Kenissi, entité de production externe dont Chanel est entré au capital en 2018. Kenissi, fondée en 2016 et qui réside au Locle depuis 2021, relève à l’origine d’une initiative de Tudor. La manufacture se spécialise depuis le début sur les mouvements automatiques de haute performance, le plus souvent certifiés COSC. Outre Tudor, Kenissi alimente aussi Breitling et, donc, Chanel.
Le Calibre 12.2 est un pur produit Kenissi. Certifié chronomètre par le COSC, Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres, il dispose d’une réserve de marche d’environ 50 heures. Miniaturisé, il se glisse aujourd’hui en boîte de 33 mm. Dotée d’un fond saphir, on peut en apercevoir la singulière masse oscillante, spécificité Chanel coiffée d’un cercle parfait.
Le Calibre 12.2 prend la suite du 12.1, dérivé en son temps du mouvement Tudor MT5600, déjà certifié COSC et en son temps doté de 70 heures de marche. La « perte », entre le 12.1 et le 12.2, de 20 heures de réserve de marche, est due à la miniaturisation du second par rapport au premier : le Calibre 12.1, était ajusté à l’époque pour une boîte de 38 mm. Il était donc plus imposant (barillet compris) que le 12.2 qui, lui, est conçu pour une boîte de 33 mm.